L' art: revue hebdomadaire illustrée — 11.1885 (Teil 2)

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Ex-voto de te m pli-:
Masques en couleur

LA CARICATURE AU JAPON

i

DU CARACTÈRE JAPONAIS

Saint François-Xavier,
dans ses lettres à Ignace de
Loyola, fait grand éloge du
caractère et de l'intelligence
des Japonais. « Je ne saurais
finir, dit-il, lorsque je parle
des Japonais; ils sont véri-
tablement les délices de mon
cœur. » Sans aller aussi loin
dans des marques sympathi-
Gras, ques un peu melliflues qui

d'apros Hokou-Soï. sentent le prêtre, il est cer-

tain que le Japonais est faci-
lement accueilli en Europe, grâce à son air ouvert, sa
bonne humeur et sa vive compréhension de toutes
choses.

De taille médiocre, jaune comme s'il avait été conservé
dans une boîte à cigares, souvent grêlé et assez profondé-
ment, le Japonais fait oublier ces défauts de physionomie
par des yeux vifs, interrogateurs et qui préviennent en sa
faveur. Il rit facilement, se met sans contrainte au ton de
son interlocuteur, répond vivement; aussi l'a-t-on appelé
le Français de l'extrême Orient.

Sans entrer plus qu'il ne convient ici dans l'étude de
la religion, des lois, du sol que les voyageurs ont appro-
fondie dans divers ouvrages, on doit indiquer comme
ayant exercé une action sur la race japonaise le petit Code
appelé Gokaï ou les cinq Lois, basées sur ces préceptes
moraux :

Sé-Séo, ne rien tuer ;

Tsou-to, ne rien dérober;

Siain, ne pas manquer à la chasteté;

Mago, ne pas mentir;

Onsioti, s'abstenir de liqueurs fortes.

Il est certain que tout homme qui obéit à ces sages
préceptes peut aspirer au mens sana in corpore sano des
Latins. Je n'affirmerai pas pourtant que tous les Japonais
obéissent strictement à des préceptes si moraux ; en ce
sens l'appréciation d'une race et d'un peuple est toujours
délicate. On peut toutefois, en marge du Gokaï, mettre à
l'actif du Japonais une sorte de philosophie populaire dont
le dicton populaire suivant me semble empreint :

Buvons, chantons; à un pied devant nous est la nuit noire,
[.es (leurs tombées ne retournent pas à leurs branches.

De cette philosophie découlent un contentement dans
le travail, une gaieté particulière sur laquelle tous les
voyageurs sont d'accord; mais je ne l'ai vue nulle part
plus vivement exprimée que par le baron de Hubner dans
son remarquable Voyage autour du monde :

Tout rit dans ce pays, le ciel, la végétation, les hommes. Voyez
les pauvres gens qui vous portent! Ils ne cessent de rire, de bavarder.
La sueur perle cependant tout le long de leur corps bronzé. Toutes
les deux ou trois minutes, ils changent d'épaule; c'est l'affaire d'une
seconde. Nous avons chacun quatre koulis qui se relaient. Dans les
montées, ceux qui sont libres aident leurs camarades en appuyant
les mains contre le dos des porteurs. De dix en dix minutes, ils se
relèvent, jamais sans s'être préalablement livrés à un combat de
politesse :

—• Vos Grandeurs doivent être fatiguées.' — Du tout, Votre
Grandeur se trompe.

Et de nouveaux rires et de nouvelles protestations.

Heureuses natures qui font penser à la philosophique
résignation de notre ancien bonhomme Misère, sans les
tourmentes et les agitations modernes du peuple en Eu-
rope.

C'est qu'il faut le dire, chez les nations où la civilisa-
tion occidentale ne fait que pénétrer, le plus mince salaire
suffit à l'homme ; rendant ses services pour quelque mon-
naie, il regarde comme un devoir de se prêter au travail
aussi courageusement que possible; ses droits, qu'il ne
connaît heureusement pas, ne fournissent aucun prétexte
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