L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,1.1903

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L'ART DÉCORATIF


D'où nulle entente. Mais le statuaire était
un brave homme, à aucun moment envieux
du talent des autres et qui laissa à son
enfant, sa petite hile de treize ans, le choix
de son maitre. Choix fort anodin qui ne
laissa aucune trace, n'ayant exercé aucune
influence.

La petite élève, le sculptent* d'aujour-
d'hui, sentait désespérément le vide d'un
pareil enseignement, faisait peu de progrès
jusqu'au jour où, poussée enfin au désir de
voir ce que serait une oeuvre née de ses
mains et de son cerveau, elle se mit en secret
à faire le buste d'une de ses petites soeurs.
Ce furent six mois d'un travail opiniâtre

pendant lequel cette petite fille, cette enfant
connut le triomphe, car son buste presque
sans défauts lui valut les louanges des siens
et lui créa parmi eux des droits à affirmer
ses tendances d'artiste. Mais au lendemain
de ce triomphe la vie prit cette enfant et
subitement en ht une femme par le travail.
L'année sanglante qui
changea les destinées de la
France marque dans la vie
de M'*e Dubrav une étape
douloureuse. Son père bien
qu'âgé avait encore toute
l'ardeur de la jeunesse et,
avec la même passion qu'il
mettait à ébaucherune statue
dans son atelier, il ht son
devoir aux remparts. Tous
ceux qui ont traversé cette
époque, passé par cette vie
étrange qui fut faite aux
Parisiens d'alors, presque du
jour au lendemain, savent
quel trouble elle jeta dans
pins d'une famille. Pour
celle qui nous occupe ce
fut un désastre. La femme
du statuaire dut partir pour
l'Italie hâtivement, comme
en une fuite, et laisser der-
rière elle affections, travaux,
espoirs chèrement caressés
des belles études à venir.
Mais alors commença pour
la hile de Dubray la véri-
table éducation de la femme.
Dans cet exil elle devint
l'aînée de ses sœurs, puisque
la plus âgée de toutes était
restée à Paris auprès de son
mari, soldat aussi. La jeune
hile sut alors, devançant
Làge des responsabilités,
soutenir la grande détresse
morale de sa mère et s'affir-
mer pour des êtres si chers
en véritable chef de famille. A Florence
elle trouva des portraits à faire, et si ces
travaux furent sans profit pour son art, ce
contact prématuré avec les difficultés maté-
rielles de la vie, en développant les res-
sources précieuses de son cœur et de son
esprit, posa dans son âme recueillie le trésor
inestimable d'une grande force morale.

Aofre-D(277te dM d?072 dAj3077* (Chapeüe de l'Hospice Cazin-Perrochaud, à Berck)

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