L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,2.1903

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E. DE MARTILLY

Co/û'er

X

LE BIJOU MODERNE

r^EPiis les époques de style, le bijou
1 y d'art, la pièce d'orfèvrerie, chei-d'œuvre
de maître orfèvre, avait subi une véritable
éclipse, était tombé aux seules mains d'ou-
vriers, — habiles il est vrai, mais d'une ex-
clusive habileté de faire, — aux orfèvres mar-
chands, occupés de mettre en valeur les
pierres précieuses, de les encadrer le plus
avantageusement possible. Et la recherche
d'art dans le bijou avait disparu, on pou-
vait le craindre, pour toujours. Quelques
velléités de bijou, imitation d'ancien ou de
pays étranger, après le dernier essai du
néo-grec de l'Empire; et aux époques de la
crinoline et du châle, on s'était fait aux
lourdes montures d'émail sombre heurtant
les diamants limpides.limpides surtout
par le contraste. Voilà quelque vingt ans,
Sarah Bernhardt avait essayé de rénover
l'art du bijou, avait commandé à un spé-
cialiste célèbre un collier de Heurs des
champs d'un goût très simple, exquis. Le
collier avait fait grand bruit dans les jour-
naux, mais, hâtons-nous de le dire, surtout

à cause de son prix, et, malheureusement,
était resté sans imitateurs.
On en revenait aux choses massives, dis-
gracieuses, utiles. Le bijou à transformations,
formant aussi avantageusement broche,
diadème ou bracelet, chacun de ces objets
également informe, — continuait sa vogue (il
la garde même encore à présent), lorsqu'un
jour Lalique vint bouleverser les règles les
plus admises, renversant tout, rénovant
tout, appliquant avec son génie le grand art
à la confection du bijou féminin. D'abord
connu d'une seule élite, sa vogue gagna du
terrain, puis, autour de lui et à sa suite,
d'autres artistes ne craignirent plus de con-
sacrer énormément de goût et beaucoup de
talent à faire de l'orfèvrerie, de la ciselure,
des montages de pierres quelquefois à peine
précieuses.
Tout fut rénové, les matières dites pré-
cieuses n'eurent plus seules l'apanage du
bijou. Des matières jusqu'alors inconnues
presque, d'autres considérées comme si vul-
gaires qu'on n'en pouvait faire que des
objets d'utilité, furent employées
à décorer des bijoux, à former
même quelquefois toutes seules un
bijou, joli au point de rivaliser
avec de sérieux pavés de gemmes
cotées. L'ivoire, la corne, les pâtes
de verre appliquées par Lalique
ou Gaillard, la nacre par Man-
geant et Boutet de Monvel, don-
nèrent des choses charmantes. Mais
aussi au prix de quels efforts, de
combien de recherches, de quelle
dose de science. Gallé pour ses
pâtes de verre, — car lui aussi,
lui surtout, pourrait-on dire, a


L. GAILLARD
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