L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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NUMÉRO EXCEPTIONNEL

30 AVRIL 1891

L'ART FRANÇAIS

AU

SALON DE 1891

( Champs - Élysées)

SOMMAIRE :

TEXTE. _ Armand Silvestre : La Pleureuse (.Henner).— Paul Arène : Jules Breton (le ‘Pardon à Kergoal).— Henry d’Erville; Avant la messe.— Charles Frémine : Faiguière (Diane).—

Georges d’Esparbès: Rochegrossc ( Le 'Rêve de l'Histoire). — Firmin Javel : De Vuillejroy; — Pointelin.— Gérard de Beauregard : ‘Rouffet.— Albert Tournier; Louis XVI
à l’Hotel-de- Ville. — Henri Brémontier : Bonnat et l'atelier Bonnat. — Raoul Gineste : Fantin-Latour (Danses).

ILLUSTRATIONS. FaRuière : Diane. Dupain : Jeunesse et Chimère. — Henner: Pleureuse. — Dantan : Atelier de moulage. — Bouguercau : Premiers bijoux. — Brispot :

lAvant la Messe Jules Breton : Le Pardon à Kergoat. — llochegrosse : La mort de Babylone. — Moreau de Tours: La mort du polytechnicien Vaneau (29 juillet

/A’3o>. De Vuillefroy : Vaches dans les chardons.— Rouflet : La Jin de l’épopée. — M110 Houssay: Le Modèle. — J.-P. Laurens ; La Voûte d'acier. — Bonnat ; Jeunesse

de Sanison. Fantin-Latour : Danses. Pointelin : A l'orée d'un bo:s. — Debat-Ponsan : Jeunes bœufs. — Georges Cain : ‘Présentation de lord Byron à la comtesse Gniccioli.

LA ‘PLEUREUSE

HENNER

Femme, qui pleures-tu ? Jésus ou bien Thésée ?
Es-tu la Magdeleine ou l’Ariadne en pleurs ?

Et ce sanglot profond dont ta gorge est brisée,
Vient-il d’un mal profane ou de saintes douleurs ?

Couchée à terre, ainsi qu'au vent la vigne mûre,
Sous l’or de tes cheveux pesants et loin du jour,
Qu’importe le doux nom que ta bouche murmure,
Toi qui pleures un Dieu si tu pleures l’Amour !

Le seul Dieu qui, du Temps ayant brisé les armes,
Debout sur l’avenir comme sur le passé.

Mérite notre encens et mérite nos larmes,

El de nous torturer ne se soit pas lassé.

L’immortelle [Beauté t’avait faite sa proie,

Femme dont le flanc saigne et fut, par lui, couché
Sous le baiser qui brûle et l’ctreinte qui broie,
Comme à la flamme un lys par l’orage arraché ;

Oui, le cœur déchiré d’une lente brulûre,

Te roules sous le pied des Destins impuissants,
Epanchant, sur tes reins, l’eau de ta chevelure,
Comme un Lèlhè mortel où s’endorment les sens f

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Tu demandes à l’ombre un oubli sacrilège,

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Femme ! C’est le devoir d’aimer et de souffrir.

Au soleil de l’Amour tu dois ton corps de neige,

Dût ton cœur, à ses feux, comme un fruit mûr, s’ouvrir

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Et répandre à tes pieds tout le sang de tes veines !

Ne laisse plus ton front dans l’herbe s’abîmer.

Toutes choses, vois tu, hors l’Amour, étant vaines,

Fc 11 une, relève toi ! Car il est temps d’aimer !

Car un nouvel amant, Jésus ou bien Thésée,
Magdeleine, Ariadne, un homme ou bien un TA eu.
T’attend dans le bois sombre et boira la rosée
Dont tes yeux sont mouillés, de ses lèvres de feu !

ARMAND SILVESTRE.

18 Avril 1891 (jour de ma naissance).
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