La caricature: revue morale, judiciaire, littéraire, artistique, fashionable et scénique — 1830 (Nr. 1-9)

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67 -— LA CARICATURE.-88

Salle Saint-François, n° 3^, « C’est ici, dit madame de C... en
s’arrêtant devant un lit. — C’est vous, Madame, grommela une voix
entrecoupée; je n’osais plus espérer vous voir aujourd’hui... Je vous
ai bien attendue. » Et une tête livide et décharnée sortit de dessous la
couverture.

«Et(bien, mon bon Michel, comment cela va-t-il aujourd’hui?
— Bien doucement, madame. — Où souffrez-vous? qu’avez-vous ? —
Je n’ai pas bien entendu le médecin tantôt à la visite ; mais je crois
bien que c’est des rhumatismes; ça me fait mal comme ça dans les
reins... et puis partout... Ça n’est pas étonnant, la loge est si humide,
si malsaine... Madame m’avait promis, il y a deux ans... quand on a
rarangé l’hôtel... •—• C’est vrai, c’est vrai. Eh bien, sois tranquille,
j’en parlerai à mon mari ; et l’année prochaine, s’il fait refaire son
escalier, certainement je penserai à toi... Mais comment te trouves-tu
ici... bien, n’est-ce pas?... La nourriture... — Ah dame, Madame ,
il est vrai de dire que le bouillon n’est pas plus fort qu’il ne faut. —
C’est bien, je le connais; j’en ai goûté le jour où le roi Charles X...
Pour les malades, le bouillon doit être un peu faible... De sorte que
tu n’as besoin de rien ?... — Si c’était un effet de votre part de me
donner de quoi avoir du tabac?— Du tabac, du tabac; c’est un,e
mauvaise habitude; ça ne te vaut rien dans ton état... et puis c’estfâe

l’argent dépensé inutilement.'Je ne devrais pas.— Tenez,

brave homme, dis-je, en lui glissant une pièce de monnaie. — C’est la
dernière fois au moins, ajouta madame de C... » En disant ces mots,
elle s’éloigna. Le vieillard renfonça une larme, et nous sortîmes.

« C’est, me dit madame de C..., après être remontés en voiture ,
un vieux serviteur de ma famille ; je l’ai pris à mon service comme
concierge à l’époque de mon mariage, je regarde comme un devoir
de ne pas l’abandonner, car j’ai été élevée sur ses genoux en quelque
sorte ; aussi je m’estime heureuse d’avoir pu, en ma qualité de dame
de charité, lui procurer un asile dans cet hôpital pour y terminer en
paix sa carrière. »

Les chevaux s’arrêtèrent sur le boulevard du Mont-Parnasse. « Quoi,
dis-je à ma compagne, votre bienfaisance vient chercher si loin des
infortunes à secourir. *— Ici, oh non... je viens voir Casca. — Qui
donc, Casca? je ne connais pas. — Comment, vous ne voyez pas sur
cette porte en lettres d’or : Établissement pour les chiens malades.
Casca, c’est mon chien ; vous savez bien, ce joli carlin marqué de feu,
qui saute si bien sur vous. — Ah ! ah ! c’est différent. »

La maison était d’assez gracieuse apparence. Une femme vint à
notre rencontre, et nous fit entrer dans un joli petit salon, en atten-
dant le maître du logis qui était allé donner des consultations en ville.
J’eus le loisir d’examiner les nombreux bocaux remplis de médicamens
divers qui ornaient la pièce où nous nous trouvions, et la terrasse
garnie de fleurs sur laquelle humaient les rayons du soleil déclinant
les convalescens à quatre pattes de toutes les espèces. Là un carlin en
bonnet de laine, ici un caniche en camisole de tricot, plus loin une
levrette ayant des éclisses à la jambe, puis un gros dogue portant une
mentonnière.

L’Esculape ne tarda pas long-temps ; il entra tenant entre ses bras
l’objet de notre visite philanthropique. Casca! s’écria dès qu’elle l’aper-
çut madame deC...

L’animal engourdi n’y fit pas attention.

« Casca... Il ne me reconnaît seulement pas, ajouta-t-elle avec
un accent tout-à-fait dramatique.

Et les larmes lui vinrent presqu’aux yeux.

« Il va mieux cependant, dit le docteur ; mais l’air delà campagne
lui est encore nécessaire pour dissiper cet assoupissement... Il faut
qu’il reste encore quelque temps avec nous,

— Surtout ne lui épargnez rien, reprit la maîtresse... Je veux qu’il
ne manque de rien absolument, entendez-vous, monsieur, dit-elle
en posant une pièce d’or sur la table; puis tirant de son sac , que jus-
que-là j’avais cru farci d’Heures et d’Eucologes, force biscuits, gim-
blettes et macarons, elle se mit à en régaler Casca, qui eut retrouvé

en un instant toute la voracité et toute l’importunité des individus de
son espèce.

Là, comme chez la marchande de modes, je fus obligé d’avertir
madame de C... qu’il était près de cinq heures.

« Impossible, s’écria-t-elle, et moi qui ai encore trois malades à
visiter, trois misérables qui ont à peine de la paille pour se coucher,
et peut-être pas de pain... Enfin, ce sera pour la semaine prochaine. .
Mais rentrons-vite, mou cher maître ; je reçois aujourd’hui M. le curé,
et il est impossible à son estomac de passer cinq heures... Dieu! qu’on
a de devoirs à remplir quand on est dame de charité ! ! »

J‘rtlUüi$tc0.

UNE INCONSÉQUENCE.

(Aventure de l’hiver dernier.)

— Te soùviens-tu , mon petit Charles, combien de fois dans nos
caresses furtives tu m’as répété avec le soupir du regret : — Oh !
pourquoi faut-il que ta destinée soit enchaînée à celle d’un autre!....

— Oui, mon Amélie, je m’en souviens, et je le pense encore.

— Eh bien, je ne suis plus enchaînée, mon petit Charles; je suis

veuve et j’accours pour que tu m’épouses_

— Quoi ! il serait vrai ? dit Charles d’un air aussi altéré que si tout
un plafond lui tombait sur la tête.

— Oui, monsieur, cela est vrai, répondit Amélie en faisant'une de
ces charmantes petites moues qui compliquent tant la gentillesse des
femmes, mais est-ce que par hasard vous ne seriez plus dans l’inten-
tion de m’épouser, monsieur?

— Oh! mon dieu si! toujours.— La réponse de l’artiste, non-

chalament prononcée, renfermait cette pensée anti-chaleureuse : Il

faut bien faire une fin. Il le sentit, et ajouta aussitôt avec gaîté :

Tout de suite même, si tu veux.

La saillie produisit son effet. Amélie prit de la philosophie pour de
l’amour, c’est tout ce que demandait la petite brune aux yeux noirs ;
elle sauta de joie d’abord, et puis après : —Non pas tout de suite, mon
petit Charles, car la convenance m’interdit pour long-temps d’habi-
ter avec toi, le même monde qu’on m’a vu forcément jusqu’ici fré-
quenter avec celui que je ne pus jamais souffrir; mais nous allons fuir
ensemble, nous retirèr dans quelque coin bien solitaire, et là nous
nous marierons pour ne nous plus quitter jamais : nous rirons, nous
causerons, nous dessinerons, nous jouerons ensemble, nous cour-
rons l’un après l’autre, nous nous caresserons, et puis nous nous bat-
terons, enfin nous nous amuserons bien, vas, mon petit Charles.

— Eh bien!.... allons, dit l’artiste en prenant son chapeau —
comme s’il partait pour les Frères Provençaux ; — car la descrip-
tion de ce bonheur pittoresque n’était pas sans charmes pour lui

Un mois de cette solitude à deux, dans une retraite effrayante de
calme et de monotonie, lassa le caractère blasé de l’artiste. Aussi, un
soir, après avoir tout un quart d’heure tisonné le feu pendant que sa
nouvelle épouse faisait de la tapisserie, Charles rompit le silence par

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Serientitel
La caricature: revue morale, judiciaire, littéraire, artistique, fashionable et scénique
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Grafik

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Aufbewahrungsort/Standort (GND)
Universitätsbibliothek Heidelberg
Inv. Nr./Signatur
H 531-1 Folio RES

Objektbeschreibung

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Auflage/Druckzustand

Werktitel/Werkverzeichnis

Herstellung/Entstehung

Entstehungsort (GND)
Paris

Auftrag

Publikation

Fund/Ausgrabung

Provenienz

Restaurierung

Sammlung Eingang

Ausstellung

Bearbeitung/Umgestaltung

Thema/Bildinhalt

Thema/Bildinhalt (GND)
Schmetterlinge <Motiv>
Frankreich
Blume <Motiv>
Karikatur
Satirische Zeitschrift

Literaturangabe

Rechte am Objekt

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Künstler/Urheber (GND)
Universitätsbibliothek Heidelberg
Reproduktionstyp
Digitales Bild
Rechtsstatus
Public Domain Mark 1.0
Creditline
La caricature, 1-9.1830, S. 67 Universitätsbibliothek Heidelberg
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