Le charivari — 49.1880

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QUARANTE-NEUVIÈME ANNÉE ®rix dti Numéro » 2b centimoü

LUNDI 29 NOVEMBRE 1880

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LE CHARIVARI

LA SEMAINE DE LA BOURSE

Du boulevard des Italiens
Dimancùe 28 novembre 1880.

Mousieur le rédacteur,

Pendant les deux premiers jours de la semaine,
on se serait cru à samedi dernier. La situation est
la même.

On cause un peu de tout, excepté d'affaires. Un
de mes amis, qui arrive du Midi, où il a eQteudu
Mmo Carvalho, me parle du succès d’enthousiasme
qu’eile obtient dans sa tournée artistique.

Mercredi on se réveille, et le marché se raffermit.

La journée de jeudi se passe à commenter le bilan
de la Banque, qui accuse encore une soitte d’or.

Gela cômmeuuc a

Zo a. Qu'est-ce que cela peut nous faire après tout
qu’il sorte uu peu d’or, si le laux de 1 escompte n a
été augmenté ni à Paris, ni à Londres?

Au contraire, sur cette dernière place, le prix cle
l’argent s’est abaissé d’une manière très sensible, à
tel point qu’on peut à perne en trouver le place-
ment à 2 0/0. 11 en sera de même chez nous uu jour
ou l’autre. Mais Alpaga et ses acolytes les baissiers
soutiennent que si l’escompte n a pai été augmenté
cette semaine il ne peut manquer de l’être la se-
maine prochaine et que la liquidation sera labo-
rieuse. C’est leur grand cheval de bataille qu’ils
mettent toujours eu avant pour faire baisser nos
Fonds, et malheureusement ils y réussissent sou-
vent.

Choses et autres.

L’Emprunt a donc encore baissé vendredi, et, il
faut le reconnaître, il a de la peine à se relever. Il
est délaissé par la spéculation, qui aime mieux
jouer sur d’autres valeurs plus mouvementées.

La semaine dernière, c’était XOmnibus; l’autre
jour, c’était le Gaz Parisien qui montait de 100
francs dans une Bourse.

Vous connaissez les motifs de la hausse des Om-
nibus, que nous avons laissés hier à 1,575 après avoir
fait 1,750 au plus haut. Voici maintenant pourquoi
le Gaz moule.

On assur e que celte Compagnie est entrée en né-
gociation avec la Ville pour une prolongation de la
durée de son privilège, et que, de son côté, elle
consentirait à une réduction de tarif. Ces conces-
sions réciproques feront nécessairement aboutir les
négociatious. Ou disait, en outre, que la Compagnie
du Gaz aurait effectué une vente des terrains qu’elle
possède dans Paiis à de très bonnes conditions.
Mais cette nouvelle mérite confirmation. Au sur-
plus ces deux valeurs, le Gaz et les Omnibus, ayant
été poussées trop haut et trop vite, ont subi une
forte réaction, ce qui arrive toujours eu pareil cas.

A propos de Gaz, disons que la Société du Gaz
'pour la France et L'étranger a monté de 70 francs
dans une seule Bourse, ce qui la met à 650.

Les Petites-Voitures, ne voulant pas rester en
arrière, sont montées aussi.

Constatons en passant le succès de la souscrip-
tion aux Obligations du Chemin de fer des Asturies.

On assure que les souscripteurs seront réduits d’en-
viron 8 0/0. Il fallait s’attendre à un pareil résultat.

La semaine, en somme, n’est ni bonne, ni mau-
vaise pour nos fonds.

Emprunt, 1 19 20;

3 0/0, 85 65 ;

Amortissable, 87 35 ;

Italien, 87 60.

Les valeurs.

Les Institutions de crédit n’ont pas varié, mais la
tendance n’est pas mauvaise; il en est de même
des actions de Chemins de fer.

Ou voit de la hausse très prochaine sur les Tran-
satlantiques. 11 est ceitaiu que la situation de celte
Compaguie est excellente. Elle a récemment ob-
tenu du gouvernement de nouvelles concessions*
elle a développé encore ses services, et ses recel tes

rmt aiii.montA liane dp O’r'ariAoa ni*nnn,.fjflpa C’e-tCe

qui aurait déterminé, dit-on, le conseil ù'âdmuns-
traliou à distribuer à ses actionnaires, le 1er janvier
prochain, uu acompte de 20 francs, c’ert-à- dire
5 francs de plus que les aunées précédentes. Le di-
vidende de l’exercice 1880 serait alors plus élevé
que celui des autres années.

Le Suez est très terme au-dessus de 1,300, et le
Crédit Foncier est très bien tenu aux environs
de 1,350.

La spéculation semble s’être donné le mot pour
s’occuper sur le marché en banque des valeurs in-
ternationales.

Aussi grande activité sur les Fonds égyptiens, qui
sont recherchés tant a Londres qu’à Paris. IXUni-
fiée, que nous laissions samedi aux environs de 330,
a liai hier à 337.

L’occupation de Dulcigno par les Turcs a fait
monter les valeurs ottomanes, la Banque Ottomane
a 546 et le 5 0/0 turc a 12 10. il s’est fuimé uu syu-
dicat pour prendre en main les intérêts des porteurs
de tonds turcs, et fou a coutiauce eu lui. ü’est
pourquoi il y a des gens qui achètent. Je crois
qu’lis n’ont pas tort.

Les trois tonds Hongrois, Russe et Florin ne
bougent guere. Par contre, les fouis espagnols sont
assez recherchés.

Parlons maintenant de ia grande affaire du jour.

Le PANAMA.

Dans ma précédente lettre,je vous ai fait, connaître
les conditions de l’émission du Canal de Panama et
du rôle considérable que jouent dans cette atlaire les
institutions de crédit et le syndicat des banquiers
qui lui piêtent leur concours. Je vais maintenant
expliquer à mes clients qui ne demandent qu’a
prendre place parmi les souscripteurs ce que leur
rapportera l’argent qu’ils vont mettre dans ies ac-
tions et dans les paris de fondateurs du Panama.

Vous souvient-il, leur dirai je d’abord, de la cam-
pagne que je Iis en faveur du Canal de Suez, au mo-
ment où celle grande entreprise lut lancée parM. de
Lesseps, et de celle que j’ai faite tout récemment en
laveur de ses actions? Aucun de vous n’hésita à s . -
vre mes conseils, et vous y avez tous gagné pas mal
d’argent. Eh bien ! il en sera de même, et beaucoup
\ mieux encore, si vous m’écoutez de nouveau, main-

tenant qu’il s’agit de faire tomber, par le percement
de l’isthme de Panama, la dernière barrière qui sé-
pare les deux océans Atlantique et Pacifique.

Suivez bien mon raisonnement, qui n’a rien de
fantaisiste, je vous prie de le croire.

L’action du Panama rapportera dès la première
année d’exploitation, c’est-à-dire en 1886, selon tou-
tes les probabilités, uu dividende de 105 francs, et
capitalisée comme le Suez à 4 0/0, elle vaudra alors
2,625 fr.

Ne croyez pas que ce dividende soit établi d’après
un calcul arbitraire. Il a pour base un trafic, ou, sj
vous l’aimez mieux, uu transit annuel de 7,249,000
tonnes à travers le canal. C’eat M. Levasseur, de
1 Institut de France, qui a fixé ce chiffre dans le
rapport sur le futur tonnage du canal, qui lui a élé
demandé par le Congrès du Panama, U-nu à Paris
en 1878. Encore l’illustre savant a t il annoncé que
ses prévisions ètaiezit des plus modèrèex.

sont livrées au même calcul, et, de toutes ces éva-
luations réunies, il résulte que le transit annuel du
canal pourra bien être, non pas de sept millions,
mais de dix millions de tonnes et assurer aux
actions 158 francs de dividende.

Les Anglais et les Américains ne sont pas le3
seuls qui commencent à s’outiller pour l’exploita-
tion de cette nouvelle voie commerciale. Les Chi-
nois eux-mêmes, que le percement de l’isthme va
rapprocher considérablement de l’Europe, se met-
tent en mouvement et s’occupent de construire des
bâtiments à vapeur de la dernière perfection, une
véritable flotte, pour leurs immenses transports
de thé, de riz, de coton, etc.

En vérité, j’hésite à dire quels dividendes pour-
ront échoir aux actionnaires du Panama dans un jour
duuné, mais je suis convaincu que tous les chiffres
mis en avant, même les 105 et 158 francs dont il est
question plus haut, resteront infiniment au-dessous
de laréalué. Oùdonc irouver un placement plusavan-
tageux? D’ailleurs le passé du Suez est là pour ne
laisser aucun doute dans les esprits. II faut faire
remarquer aux souscripteurs que, pour attendre
cette belle peispective, ils toucheront 5 0/0 de leur
argent pendant la durée des travaux.

Je vais, par une image frappante, vous montrer la
prospérité prodigieuse qui attend le canal de Pa-
nama. Supposez qu’une montagne immense coupe
l’Europe en deux, entre Anvers et Marseille, une
montagne infranchissable, de sorte que les mar-
chandises, au lieu d’aller directement par la voie de
terre, soient obligées de subir les frais et les lon-
gueurs d’un transport par mer. Quel coup de for-
luue pour le commerce que le percement de cette
montagne, et quelle source de bénéfices pour les
actionnaires de l'entreprise ! Eh bien 1 voilà juste-
ment ce qu’on va faire à Panama. L’amas de terre
n’est pas entre Anvers et Marseille, il est entre deux
océans, l’Atlantique et le Pacifique ; et, eu le dé-
blayant, on va ouvrir le passage à un trafic inter-
national énorme, sans concurrence possible.

De nombreuses lettres que j ai reçues de mes
clients me prouvent qu’ils sont, tout prêts pour
l’ouverture de la souscription ; mais ce ne sont pas
seulement mes clients, ce sont tous les peuples qui
attendent celte heure mémorable, le nouveau
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