Daly, César [Editor]
L' architecture privée au XIXe siècle: nouvelles maisons de Paris et de ses environs (Sér. 1,1): Hotels privés — Paris: Ducher, 1870

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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS.

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Par celle initiative, dont on ne peut que louer les
résultats, — utilité pratique et splendeur attrayante, —
Paris est devenu pour la province un exemple si élo-
quent et si persuasif, qu’en réalisant le vœu du chef de
la dynastie napoléonienne par rapport à Paris, dont il
voulait faire « la capitale de l’univers 1 », l’adminis-
tration et le gouvernement auront beaucoup fait aussi
pour l’accomplissement de celui qu’il formulait, à la
même occasion, par rapport à la France entière, dont il
aurait voulu faire un « véritable roman ». De fait, depuis
quelques années, le Parisien vit dans une féerie d’ar-
chitecture : l’Europe s’émerveille, et nos grandes villes,
enflammées d’une louable émulation, imitent à l’envi
l’exemple de la capitale. En présence de cette admira-
tion unanime, l’opposition née à Paris même s’effacera
bientôt; les intérêts les plus aveugles, les esprits les plus
rétifs au progrès que vous réalisez, ne peuvent tarder
longtemps à voir et à comprendre.
— Je vous avoue cependant, Monsieur le Préfet, que
la pensée de vous dédier mon ouvrage sur XArchitecture
privée de Paris- et des Environs, etc., ne s’est présentée
à moi qu’au moment de le terminer : c’est en compa-
rant la rénovation actuelle de Paris avec des entreprises
analogues exécutées en d’autres temps et dans d’autres
pays, que cette idée m’est venue. C’est que ces heureuses
transformations des vieilles et importantes cités du
monde, quelles se soient accomplies en France ou en
Angleterre, au Nord ou au Midi, sur le continent euro-
péen ou dans les colonies d’Amérique, offrent toutes
dans leur histoire un trait identique : leurs auteurs ont
été invariablement l’objet, parfois les victimes, d’agres-
sions passionnées et injustes. Vous n’avez pu échapper
entièrement, Monsieur le Préfet, à la triste fatalité qui
a pesé sur vos devanciers. L’étonnant panorama du nou-
veau Paris émergeant graduellement, aux yeux de tous,
comme d’un brouillard, tandis qu’y rentrent successive-
ment et à jamais toutes les parties physiquement et mo-
ralement malsaines de l’ancienne ville, ce beau tableau
est bien propre, assurément, à pénétrer le spectateur du
sentiment profond du bien accompli, ainsi que de l’in-
telligence et de la volonté nécessaires à son exécution.
Cependant, les récriminations de la passion et de l’erreur
ont troublé plus d’une fois l’attention que méritait ce
vaste et beau spectacle, et c’est en réfléchissant à l’injus-
tice et à la folie de ces attaques, que ma pensée s’est
portée fréquemment,, dans ces derniers temps, vers ces
grands édiles qui apparaissent de loin en loin, apportant
dans leurs mains la régénération des cités et les condi-
tions qui leur assurent dè plus hautes destinées. Il semble
qu’une loi mystérieuse et cruelle les condamne partout
et toujours aux douleurs du génie incompris et entravé.
Nous les voyons tour à tour épuisant contre les résis-

tances et l’ingratitude des contemporains l’ardeur et les
efforts de leur patriotisme, niés, calomniés, expiant par
leur souffrance personnelle le bien qu’ils réalisent au
profit général, et n’arrivant qu’à travers mille obstacles
à doter le pays d’un bienfait qui ne doit être reconnu
que par les générations suivantes :
Chez les Espagnols, le général Tacon, disgracié par
son gouvernement, vaincu par ces nobles Havanais dont
les fils ne savent plus comment glorifier assez la vic-
time de leurs pères, unanimement considérée aujourd’hui
comme le bienfaiteur de Cuba;
En Angleterre, Wren, transformant les cendres encore
chaudes du vieux Londres, jusqu’alors un foyer de peste
périodique, en une cité qui, il y a dix ans à peine, était
encore sans rivale, tout ensemble pour la beauté et le
nombre de ses parcs et de ses squares, la largeur de ses
rues, la facilité de sa circulation, l’abondance de ses eaux
et le réseau de ses égouts; et qui n’est aujourd’hui la
seconde ville du monde que parce que Paris en est
devenu — et pour longtemps sans doute, — la pre-
mière. Wren, dis-je, dont la vie a été un combat per-
pétuel contre les ennemis de son œuvre gigantesque;
En France, Arnoul, soutenu par le seul Colbert, et
luttant en faveur des intérêts de Marseille contre ses
plus puissants habitants;
Plus tard, M. de Tourny, le créateur de Bordeaux
moderne, rencontrant à chaque pas la formidable oppo-
sition des jurais, de l’autorité militaire, de la juridiction
ecclésiastique, succombant enfin, à moitié route, sous
les arrêts du Parlement et les décisions du Conseil d’Etat;
vous nous l’avez montré vous-même mourant du cha-
grin qu’il en avait ressenti *.
A quoi bon multiplier ces désolants exemples? Devan-
cer l’opinion a toujours été, hélas! un crime aux yeux
des gens attardés dans leur siècle; aussi, parfois, la
postérité seule décerne -1 - elle aux initiateurs le tribut
légitime de la reconnaissance publique; trop souvent ce
n’est qu’une tombe qui reçoit les hommages refusés au
vivant.
Tel a été le sort des hommes illustres que j’ai cités
plus haut. Le souvenir de leurs infortunes ne vous a
point découragé. Vous saviez, et vous l’avez exprimé en
termes éloquents dans l’enceinte du Sénat, vous saviez
toute la gravité et tous les périls de la tâche qui vous
était assignée. Vous ne vous faisiez illusion ni sur les
difficultés de l’œuvre en elle-même, ni sur les injustices
qu’il vous faudrait subir de la part de l’opinion. Vous
avez prévu que c’en était fait de votre repos jusqu’au
moment où il vous serait donné de mettre la dernière
main à l’immense entreprise, et qu’en définitive tant de
zèle et de fatigue ne recueilleraient peut-être qu’un fruit
amer. Cependant vous n’avez pas reculé; vous êtes entré
noblement dans l’arène en athlète résolu à vaincre, sen-

1. Paroles de Napoléon Ier, du 5 mars 1816.

1. Discours au Sénat. Moniteur du 7 juin 1861, passim.
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