Daly, César [Editor]
L' architecture privée au XIXe siècle: nouvelles maisons de Paris et de ses environs (Sér. 1,1): Hotels privés — Paris: Ducher, 1870

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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS.

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Au point de vue du confort, la villa ne diffère dé
l’hôtel que par un certain laisser-aller, qui doit aussi
aboutir à un plus grand confort. En ville, toujours côte
à côte, en présence ou sous les regards les uns des
autres, on est contraint, dans l’intérêt de la dignité des
relations sociales, à un respect assez sérieux des règles
de l’étiquette, ce qui est un asservissement nécessaire,
indispensable assurément, mais un asservissement ce-
pendant, une restriction parfois même assez pesante. Et
cette étiquette qui s’impose aux hommes s’impose aussi
forcément, et par voie de conséquence, aux choses.
Les habitations urbaines sont plus disciplinées de carac-
tère et de style que les maisons des champs.
La villa est à l’hôtel à peu près ce qu’est la veste élé-
gante à l’habit noir. Elle a plus de variété de formes,
plus d’inattendu, plus de fantaisie personnelle, du style
à sa façon et tout l’éclat qu’on voudra.
A l’idée d’une existence champêtre s’associe naturel-
lement l’idée de tous les plaisirs de la campagne, la
chasse, la pêche, les réunions d’amis, les promenades
dans les parcs, dans les prairies et les grands bois, les
parties en bateau sur les rivières et les étangs, etc. La
campagne nous attire par les promesses de la santé, du
bon appétit, de l’abondance et de la délicatesse de la
table, en un mot, par la perspective d’un régime un peu
sensuel, accompagné d’une honnête paresse d’esprit.
« La vie de château, » comme on disait naguère, « la vie
à la campagne, » comme on dit plus modestement aujour-
d’hui, c’est, il faut bien l’avouer, une existence plutôt
de jouissance matérielle et de détente de l’âme, que de
discipline et d’effort intellectuel.
Si bien que, sans le contre-poids de l’influence fémi-
nine, les rapports sociaux et tout l’ensemble delà vie ru-
rale risqueraient de trop pencher du côté du sans-façon.
Heureusement, l’autorité de la maîtresse de maison n’est
reconnue nulle part avec plus d’empressement qu’à la
campagne; nulle part, non plus, elle ne s’exerce avec
plus de charme que dans cette atmosphère détendue où
la bonté et la finesse natives de la femme trouvent à tout
moment l’occasion de se révéler. Aucune branche d’ar-
chitecture ne se ressent au même degré que celle des
villas de l’influence féminine; aussi la villa, par sa na-
ture, est-elle la forme d’édifice la plus aimable, la plus
coquette. C’est à l’architecte à rendre sensibles ces qua-
lités.
La villa n’étant pas soumise non plus aux sévères
règlements d’édilité qui gouvernent les constructions
urbaines, l’architecte possède une latitude de composi-
tion qu’il devra mettre à profit pour marquer à la fois
et faciliter la liberté de la vie rurale.
La liberté dans le confort, le loisir avec la dignité;
Votium cum dignitate des anciens, nuancé d’un certain
sentiment d’élégance et de délicatesse tout moderne,
voilà ce qu’il faut savoir caractériser dans la villa.
Toutes les habitations rurales ne sont pas cependant
égales entre elles en présence des deux principes de
l’ordre et de la liberté.
Les palais et les grandes résidences héréditaires ré-
clament, même à la campagne, quelque chose de la
hauteur de style propre à marquer la distinction sociale

de ceux qui les habitent; et ce style, au lieu d’arrêter son
action à là limite des constructions, doit étendre son
influence au delà, sur la nature elle-même, dans un cer-
tain rayon autour de l’habitation, marquant d’un signe
de volonté humaine le groupement majestueux des grands
arbres et la disposition des massifs d’arbustes, détermi-
nant l’emplacement des bassins, le contour des étangs,
la direction des cours d’eau, la forme des pelouses et
des plates-bandes, et distribuant avec ordre les chemins
et les avenues, et avec plus d’abandon les sentiers et les
allées. Mais l’étude des grands châteaux et des palais
n’entre pas dans le cadre de ce livre. Par suite de l’uni-
formité croissante des mœurs des classes aisées, les châ-
teaux ordinaires se rapprochent, il est vrai, chaque jour
de la nature des villas, et les villas tendent de plus en
plus à substituer leur confort, leur liberté et leurs grâces
à la gravité hautaine et à la dignité plus accentuée des
châteaux. C’est cependant des villas seules que nous nous
occupons ici. A voir la plupart de nos villas, il semble-
rait que le milieu est difficile à rencontrer entre un sys-
tème d’architecture rurale symétrique à l’excès, et un
système abandonné aux plus étranges dérèglements de
la fantaisie.
Il y a quarante ou cinquante ans, le goût classique,
qui régissait à peu près sans contrôle toutes les compo-
sitions architecturales, contribuait à donner à nos habi-
tations rurales un caractère de sévère régularité, et la
vanité malavisée de bon nombre de petits propriétaires
tranchant du châtelain, fortifiait encore cette tendance.
La villa ou maison de campagne, d’importance moyenne,
qu’on rencontrait le plus fréquemment alors, se com-
posait d’un grand cube surmonté d’une sorte de paral-
lélipipède servant de belvédère. Un perron extérieur,
droit ou à double rampe, bordé de vases garnis d’aloès
et surmonté quelquefois d’un porche avec des colonnes
imitées du dorique de Pæstum, y donnait accès. L’ar-
chitecte s’efforçait de jeter sur cette masse un certain
caractère rural, d’abord au moyen du belvédère, qui
devait laisser supposer qu’il y avait de belles perspec-
tives dans le voisinage, des bois, des eaux, des accidents
de terrain, quelque chose enfin de mieux que la forêt de
cheminées qu’offrent aux spectateurs nos grandes villes
vues d’un point élevé; ensuite, par un emploi libéral,
dans les soubassements, de pierre meulière, à la fois
d’un aspect rustique et d’une couleur chaude, et enfin,
par des montants et traverses en charpente adossés à la
construction et destinés à porter de la vigne, comme
dans les « Vignes » d’Italie.
Depuis vingt ou trente années, sous l’influence d’études
et d’observations nouvelles, une réaction heureuse s’est
faite contre cette froideur et cette pauvreté. L’extension
donnée aux recherches archéologiques nous a apporté
des connaissances plus étendues et plus exactes sur les
habitations du moyen âge et de la renaissance, sur les
châteaux et les hôtels des deux derniers siècles, et la
facilité croissante des communications, en rendant plus
fréquente l’habitude de visiter les pays voisins, a élargi
encore le cercle de nos investigations architecturales.
A ces deux ressources récemment ouvertes, l’une his-
torique et l’autre internationale, l’architecte contempo-
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