Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 29.1884

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LES DONATIONS

E T

LES ACQUISITIONS I)U LOUVRE DEPUIS 1880

(deuxième et dernier article'.)

PEINTURES ET DESSINS

II.

es riches galeries et les cabinets de
curieux doivent un jour se réunir au
Louvre. La loi française, en mutilant et
en tronçonnant les héritages, a détruit
les familles de collectionneurs, et désor-
mais il faudra sortir d’un maltôtier en-
richi pour espérer faire souche d’ama-
teurs. La fortune d’un honnête homme
ne suffit plus à satisfaire ses enfants, et,
dans le partage des biens d’une succession, la chose d’art est devenue une
chose à enchères. Le lendemain de la mort d’un collectionneur, les héri-
tiers ne se font aucune conscience de cataloguer au plus vite ses tableaux
et ses objets précieux, comme si le moindre bibelot aimé cl’un parent
n’était pas un souvenir inaliénable. La vente après décès arrive bientôt,
le commissaire-priseur fait son office, et en voilà pour une mémoire de con-
naisseur ! Le plus modeste, le moins jaloux des fureteurs ne peut consi-
dérer avec indifférence cette perspective d’avenir où la passion de toute
sa vie sera banalement changée en billets de banque pour le plus parfait
confort de ses arrière-neveux. Aussi les gens de goût cherchent-ils au
Louvre un refuge certain à leur nom et à leurs collections. Là, du moins,
personne ne dispersera les legs faits au Musée, et les amateurs laisseront
en lieu digne la meilleure partie d’eux-mêmes. Cette assurance les con-

Voir Gazelle des Beaux-Arls, t. XXVIII, 2e période, p. 346.
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