Houel, Jean Pierre Louis Laurent
Voyage pittoresque des isles de Sicile, de Malte et de Lipari: Où l'on traite des Antiquités qui s'y trouvent encore ; des principaux Phénomènes que la Nature y offre ; du Costume de Habitans, & de quelques Usages (Band 1) — Paris: Imprimerie de Monsieur, 1782

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chers, dont la hauteur la garantit des vents du nord : il y fait en été une chaleur insupportaMe , c’ess un
foyer brûlant.
Nous étions à vingt-quatre milles de Palerme, & à un demi-mille de la mer. Voyez la carte. Cette
contrée produit du vin & de la manne, des caroubiers (i), des figues d’Indes, & des grains de différen-
tes espèces.
Le caroubier est peu connu en France. C’est un arbre qui porte un fruit de I’espèce de la casse. Ce fruit
ressemble assez à des cosses de fèves qui seroient desséchées ; large d’un pouce, il en a fîx ou sept de long.
Il forme sur l’arbre des espèces de grappes ou de bouquets, parce que ces fruits sont toujours réunis en-
semble au nombre de cinq ou six. Ces cosses (2) sont remplies d’une substance glutineuse & noirâtre, qui
se sèche & qui se mange : elles renferment aussi des noyaux qui sont d’une extrême dureté.
Ce fruit se mange sec , il s’en fait un grand débit dans toute l’Italie. : il a une saveur sucrée & une odeur
balsamique très-agréable.
L’arbre qui produit.la Manne (3) est un frêne d’une qualité particulière , & est regardé par M. Linné
comme une variété du frêne commun. II a rarement plus de vingt-quatre pieds de hauteur. Au premier
aspeél il n’a rien qui frappe ; on le prendroit pour un jeune ormeau. En l’examinant on lui trouve un ca-
rastère particulier dans la manière dont ses feuilles sont attachées à la branche. J’ai remarqué trois espèces
ou trois variétés dans ces arbres. La première a des feuilles longues & étroites,. telles que celles du pê-
cher. La sécondé a des feuilles assez semblables à celles du rosier. La troisième m’a paru intermédiaire
entre ces deux espèces.
C’est dans le temps des plus fortes chaleurs que cet arbre abonde le plus en sève. Vers le quinze d’août
on commence à faire à cet arbre des incifîons : on lui en fait une chaque jour , en commençant par le
pied, & en continuant jusques aux premières branches. Elles sont à deux pouces l’une de l’autre, & ar-
rangées perpendiculairement : elles ont un peu plus de deux pouces de longueur horizontale., & environ
un demi-pouce de profondeur. Lorsque la saison est favorable, que le temps se maintient au beau , on
continue à faire des. entailles jusques sur les grosses branches; mais comme on n’en fait qu’une chaque jour,
à la fin de septembre il y en a quarante-cinq, qui, à deux pouces de distance, donnent déjà quatre-vingt-
dix pouces d’élévation : il y a peu de tiges qui aient plus de sept pieds &. demi de hauteur ; on ne peut
gu ères aller plus loin.
Dès que la serpette qui pénètre dans l’arbre avec peine a fait son mcifîon, la manne s’en écoule ; ce n’est
d’abord qu’une eau très-limpide, elle se congèle peu à peu en continuant de couler; en se séchant
elle prend de la consistance. La saison des pluies qui arrive à la fin de septembre interrompt ce travail ;
alors l’atmosphère cesse d’avoir assez de chaleur pour sécher la sève, & la pluie qui la délaye l’entraîne
au pied de l’arbre ; ainsi, toute cette opération doit être finie avec les grandes chaleurs du mois de
septembre.

(1) Ceratoris siliqua Un. Sp. pi. Siliqua edulis Bauh. Pin n^.qoo. Siliqua Camerar. Epit. 139. Carob-trée en Anglois.
Cet arbre est divique, c’est-à-dire, qu’il a des individus qui ne portent que des sseurs mâles, & des individus qui ne portent que
des sseurs femelles : il faut le concours des deux arbres de sexe différent pour obtenir du fruit. On cultive cet arbre dans les
orangeries du Jardin du Roi, où il y en a plufîeurs.
(2) Qu’on appelle Siliques.
(3) Fraxinus Calabriensis, Miller.
Calabrian manna ash-trée, en Anglois.
Frêne de Calabre , ou à la manne, en François,


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