La Lune — 2.1866

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LA LUNE

ALLONS, MESSIEURS, EN VOITURE !

Tout Paris est en train de partir... pas pour la Crète.

Les chroniqueurs ne manquent pas de répéter, chaque année,
au mois de juillet, qu'il n'y a plus personne dans le département
de la Seine. Les provinciaux, qui n'aiment pas la foule, se disent :

— Voilà le moment d'aller voir un peu la capitale. Je n'y serai
pas bousculé, puisqu'il n'y a pas un chat.

Us arrivent et sont stupéfaits de ne pouvoir se luire faifrë place
sur le boulevard des Italiens.

Ils demandent alors des explications, et leur étonnertient atteint
les proportions du géant- chinois en apprenant que, taitis auctlii
doute, il n'y a plus personne à Paris.

Dire que la première fois ils s'en retournent'convaincus serait
risqué, mais au bout d'un certain temps ils finissent par' le ewirë:

Eh bien, cette année il y aura si peu de monde dans Pari" au
mois de juin, qu'il ne restera même plus de chroniqueur puni'
l'écrire. Je me fais même un devoir d'en informer mon pays, âflH
qu'on ne suppose pas à 1866 une infériorité quelconque sùr les
nées précédentes.

Affluez, provinciaux de mon âme : pas même de chroniqueurs,
et si ça continue encore moins de boursiers.

Ces derniers vont visiter le royaume de Léopold II.

La baisse leur lit ces loisirs. Virgile vous aurait dit ça en la-
tin. Ne m'en veuillez pas si je vous fais grâce de la langue de
Cicéron.

Quant aux chroniqueurs, ils filent en Italie et en Allemagne.

Vous avez peut-être entendu dire que les plumitifs vont tous
les étés représenter la littérature française dans les villes d'eau, et
perdre au trente et quarante les malheureux cinq cents franc.-; de
leur dernier volume.

Et vous pensez qu'ils vont aller à Monaco ou à Baden-Baden ?

Détrompez-vous, lecteurs naïfs.

Les chroniqueurs partent en guerre comme le sire de Fram-
boisy.

Ne vous alîrayez pourtant pas trop, madame, Timothê Prime
nous reste. Il mourra sur son banc de quart.

Et vous, mademoiselle, si votre cœur s'est laissé aller à quel-
que rêverie, en lisant la prose des courriéristes en vogue, veuillez
voue rassurer, les chroniqueurs Vont à la guerre ; mais ce n'est
pas le moins du monde pour se couvrir de gloire. C'est pour pou-
voir chanter de visu celle des soldats dont ils seront les - historio-
graphes ordinaires.

L'homme de lettres le plus occupé parmi les traîneurs de plume
qui veulent partir demain sera certainement Adrien Marx.

Ah ! par exemple, celui-là courra des dangers, il faut l'avouer.

Mais à écrire sans péril on est imprimé sans gloire, a dit le
vieux Corneille qui s'y connaissait.

Il est évident, en effet, que si Adrien Marx veut être suffisam-
ment indiscret, il sera obligé de monter à cheval, et de suivre
les armées ennemies jusque dans leurs plus insignifiantes contre-
marches.

Un général prussien vient-il à être blessé mortellement? crac!
Marx arrivera, tirera son carnet et son crayon de sa poche. Puis se
penchant sUr le moribond, il lui demandera son nom, le nom de
sa femme, etc.

Je vois ça d'ici.

Pif! une balle dans sa casquette.
■— Ktes-vous parti simple soldat'?
Paf! un obus qui éclate à dix pas.
— Vous êtes général de division?

Driing ! Un boulet qui passe en sifflant à 2 mètres 20 centimè-
tres.

Il quitte le Prussien en lui disant :

— Je vous demande bien pardon, mais je vois un foldzeuu-
înt'slre qui vient de tomber de son cheval, je vais lui demander
quelques renseignements.

Patatras! une batterie démasquée soudain vient d'envoyer treil-
le boulets avec un fracas horrible.

Qu'importe !

Je' vous le dis, en vérité, Adrien Marx reviendra feld-maréchitl,
après avoir eu plusieurs chevaux tués sous lui.

Àli l'ait, cela mb lente, je H\s partir aussi; Si je mëlirs, A \'j,..
gitik>i nt; sème pftl des Heurs ridicules sur iiiaiombe.

Et tlil haut des lieux, nia demeure dernière, je pense que je
mm tout aussi roulent que lu colonel de IM. Scribe

Ors.

EAUX-I'OIUES ET SANGUINES

C'est à vous, gentes clames de Paris, de la province et
de tous pays, que je dédie respectueusement ces portraits.
— Ils sont ceux des beaux fils de ce temps, gens experts en
l'art de la galanterie, grands habitués d'alcôves et de ruelles,
au moins en imagination, auteurs de romans à la mode,
nouvellistes indiscrets qui racontent à tous les carrefours les
amours mystérieuses et les amours bruyantes, poètes ten-
dres et poètes chevelus, aventuriers de plume ou d'épée,
vaudevillistes et rêveurs.

Les uns savent écrire des histoires touchantes que vos
beaux yeux mouillent de larmes; — les autres caressent une
muse gaillarde qui ne craint de montrer ni ses seins, ni sa
jambe : avouez que leurs récits, bien des fois, vous ont ren-
dues songeuses. Ceux-ci rient, aiment et Chantent;—ceux-là
l'ont semblant de rire, d'aimer et de chanter.

Ce sont, mesdames, les papillons de Paris, qui volent de
ci, de là, étalant leurs riches couleurs, à travers tout, et se
cognant aux vitres jusqu'au jour où, s'étant brûlé les ailes, ils
tombent pâmés et meurent loin du bruit et de la lumière
qui étaient leur vie. — Qu'importe ? si une heure, une mi-
nute seulement vous les avez aimés.

Peut-être arrivera-t-il que ma peinture ne répondra pas
toujours à l'idéal charmant rêvé par vos têtes folles et par
vos cœurs au vent; pardonnez-moi, j'ai fait en sorte de tra-
cer des portraits ressemblants.

I

Henri Rochefurt,

Vous avez rencontré parfois un homme jeune encore, d'ap-
'parence chélive, au front rigide, au regard brillant d'un
sombre éclat sous une arcade profonde, au nez tranchant, à
la bouche fine et contractée par l'étrange sourire que Doré
mit sur les lèvres de Méphistophélôs; à sa vue, vous avez
senti courir un frisson dans votre veine; —c'était lui. Ne
vous détournez pas cependant, f-i vous tenez à voir un homme,
chose rare. Au milieu des pourris et des efféminés qui l'en-
tourent, celui-là sent encore battre dans sa poitrine un cœur
viril; sa voix sait trouver des accents d'indignation, et son
ironie laisse des traces sanglantes. Ce n'est pas qu'il com-
batte pour l'idée, pour le bien ou pour le beau; non, sa satire,
sœur de celle de Musset, est fille du doute.

11 ne s'élève au-dessus de l'humanité que par le mépris
qu'il professe pour elle et lui-même; il s'estime si peu, qu'à
ses moments perdus il écrit des vaudevilles insensés.

II

Jnlea Vnlles

Un grand talent, mais un plus grand orgueil. — Grisé
par un succès trop prompt, il- s'est écrié : Le monde est à
moi, je me ferai de la misère un empire, et tous les affamés
S'Tnnl mes sujets ! Puis nous l'avons vu par les champs, par
les nies, Hir les places publiques, dans les faubourgs, chas-
sant l'article sombre. Il nous a fait entrer dans les barraques
des saltimbanques; il a déshabillé pour nous la géante au
(•iriir tendre et l'herCMjle sentimental ; il nous a montré des
entrailles tordues par la faim et nous a dit le froid des mem-
bres sur la ferre; il tt décroché des pendus; il a patronné des
poitrinaires. Tout cela froidement, sans émotion, sans pitié,
ëh chirurgien plutôt qu'en poëte. Peu à peu, revenus de
ttotre première surprise, nous nous sommes détournés avec
dégoût ; mais lui, poursuivant sa route sans se lasser et sans
qu'une voix amie vînt le tirer de son erreur, croyait avoir
allrinl 1rs dernières limites du sublime. Si bien qu'un jour,
Voulant renverser des autels qui le gênaient, il a dit à Ho-
mère : « Vieux, retire toi de là, tu m'embêtes, » et qu'il
nous fût donné, suprême bouffonnerie, d'entendre l'auteur
des Irvégulïers reprocher à Victor Hugo d'avoir écrit la- Lé-
gende des Siècles.

III

Albert Woiir

Si je disais du chroniqueur actuel de Y Evénement qu'il
ressemble à l'Antinous ou à l'Apollon du Belvédère, il au-
rait le droit de se fâcher : on doit la vérité aux gens d'esprit
avant de la devoir aux morts.

La voix grêle d'un djinn dans le corps d'un géant débilité,
des jambes et des bras de faucheux, une tête, un style et des
idées pointus, une gaieté qui sonne comme un grelot, une
sensibilité acquise à VOmbre du vrai, et sous un aplomb arti -
ficiel une timidité virginale: voilà tout Albert Wolfl". — H
est l'Auriol du journalisme, moins la grâce.

44.' '

IV

-lui»-» Claretle

Jeune, plein de cœur, n'ayant de haine pour personne et
ne comptant que des amis, façonné au métier de conteur fa-
cile, toujours souriant, toujours heureux, il travaillait en se- '
cret à une œuvre choyée. Vous vous imaginez qu'épris d'une
belle jeune femme, fille de son imagination, il donnait le der-
nier coup de pinceau au pur visage de quelque Juliette ou de
quelque Marguerite, et s'ingéniait à raconter des amours
bénies ; ah ! que vous connaissez peu les enfants dont le dé-
faut est de vouloir toucher à tout ce qu'ils ignorent: sur une
page vierge, il écrivait : Vn assassin.

G. G.

(A suivre.)

JULES JANIN AU CAVEAU

Eh quoi! Que m'a-l-on dit? Que viens-je d'entendre?
Qu'ai-je entendu? Qu'ai-je appris? Mes oreilles ne m'onl-
elles point trompé? Ne m'avez-vous point trompé, ô mes
oreilles? Non, c'est vrai! Il n'en faut plus douter! N'en dou-
tons plus ! Il en est! Il en fait partie! El c'est Clairville qui
l'a reçu !... Dignus est intrare! Il est digne d'y entrer! Il y est
entré! Dieux tout puissants, merci ! Merci, dieux tout-puis-
sants ! 0 printemps ! il a choisi l'heure de tes premiers sou-
rires pour accomplir ce grand acte de sa vie ! Date manibus

A peine au sortir de l'enfance,
Quatorze ans au plus je comptais.
J'étais simple...

Quand un jour, jour terrible ! la pho-
tographie.!. Oli ! !

Et je me mis à rêver, comme ou rêve
à quinze ans.
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: Ma première jeunesse, Gédéon
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Frankreich  i
Jugend  i
Junger Mann <Motiv>  i
Karikatur  i
Uniform <Motiv>  i
Photographie  i
Satirische Zeitschrift  i
Soldat <Motiv>  i
Schaufenster  i
Beschreibung: Bildbeschriftung: "Paul de Kock" Bildunterschrift: "A peine au sortir de l'enfance, Quatorze ans au plus je comptais. J'étais simple..." "Quand un jour, jour terrible! la photographie... Oh!!" "Et je me mis à rêver, comme on rêve à quinze ans." Signatur: "G" Sonstige Angaben: "Gillot Sc"
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 10, S. 10_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
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