La Lune — 2.1866

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LA LUNE

COMMENT ON DEVIENT ROSIÈRE

D'abord il l'aut rire do Nanterre.

Et, à mon avis, c'est une horrible injustice compliquée d'un
népotisme vertigineux.

Croit-on, en effet, que les vierges de Sainl-Cloud, de Noi-
sy-le-Sec et même d'Asnières les Pieuvres, ne seraient pas
aussi enchantées de toucher quelques centaines de francs que
relies de Nanterre?

Celte couronne de roses blanches panachées de musique
presque militaire, qu'exécutent des pompiers'sans reproche,
devrait-elle être exclusivement réservée aux autoehthonrs?

Non ! non ! cent Ibis non !

C'est tout simplement du monopole" ce que vous faites lft,
peuple de Nanterre.

Et puisque nous avons la liberté des théâtres, la liberté de
la boulangerie et mille autres, pourquoi n'aurions-nous pus
la liberté des rosières?

Savez-vous ce qu'on dit?

On prétend que la vertu — vous m'entendez bien — doit
être une chose bien rare dans le pays des gâteaux insensés
pour qu'on ait été forcé de l'encourager par des laveurs spé-
ciales et une forte somme d'argent.

Ce n'est pas moi qui dis cela; je suis convaincu de l'éton-
nante pudicité de toutes les Nanterroises présentes et fu-
tures.

Mais on ajoute, avec un semblant de raison, qu'en France,
loutes les fois qu'on a institué des prix pour favoriser le dé-
veloppement d'une industrie ou l'amélioration d'un animal,
c'est que cette industrie ou cet animal était tombé dans le
marasme le plus complet.

Exemple: l'amélioration de la race chevaline ou de la race
académicienne. ,

Et, chose bizarre mais regrettable, une tille sage à Nan-
terre paraît être un lait si anormal, si imprévu, si extrasu-
percoquentieux, que les journaux s'en inquiètent autant que
du quadrilatère et de la rente italienne.

Les Parisiens, en apprenant qu'on va couronner une ro-
sière, émigrent en foule par le chemin de fer de Saint-Ger-
main et témoignent un empressement peu flatteur pour aller
admirer ce phénomène.

Et si vous dites à quelqu'un que Chatou renferme plu-
sieurs jeunes filles qui sont des modèles de toutes les vertus,
on vous répondra :

— Ah ! vraiment !

Mais on ne sera pas plus surpris.

Taudis que, lorsqu'il est question de la rosière chaque j
année, et que les feuilles à-cinq centimes ont annoncé urbi et
orbi que la municipalité de Nanterre a mis la main sur l'oi- |
seau race, chacun fait une petite moue d'incrédulité.

On sourit, on chuchote.

Moi, ça me navre parce que je me dis : Nanterre, Nan- |

terre, vous avez donc eu jadis uni' bien mauvaise réputa-
tion !

Reprenons :

Pour se montrer vêtue de blanc et couronnée de roses aux
yeux'd'un public idolâtre, mélangé mais moins odorant que
le jasmin, il faut d'abord, je l'ai déjà dit, avoir vu lé jour à
Nanterre.

. Cependant cela ne suffit pas.

.11 faut encore, dans sa blonde enfance, absorber uni; con-
sidérable quantité de gâteaux du pays. Ils possèdent, dit-on,
des vertus virginisantes comme l'opium des qualités dormi-
tives.

Ensuite il faut qu'une laideur indiscutable vous nielle
à l'abri des tentations du malin ou plutôt des malins... de
l'endroit.

Et sans qu'il soit absolument nécessaire de sauver la France
et d'aller l'aire sacrer Çharles Vil à Reims, il faut pouvoir
entrer dans Orléans, si toutefois vos affaires vous y appel-
lent, dans les mômes conditions que Jeanne d'Arc.

Il faut même en.ressortir dans le même état de grâce.

On ajoute que tonte jeune Nanlerroise qui aurait l'impru-
dence d'inventer une poudre quelconque, ne fût-elle qu'insec-
ticide, ou qui, poussée par un fol orgueil, découvrirait l'art de
diriger les ballons serait exclue du concours.

11 faut, et voilà ce qui me surprend, avoir l'esprit plus
lourd que l'air. Que Nadar arrange cela:

Trop parler nuit, trop gratter cuit; trop d'esprit à Nan-
terre empêche d'être rosière, llest vrai que c'est un peu par-
tout comme ça.

Et quand une jeune Nanlerroise a rempli toutes ces condi-
tions, qu'elle a la protection des autorités du pays, que le
capitaine des sapeurs-pompiers ne s'y oppose pas, on la cou-
ronne,

On la dote,

On la marie.

A qui ?

Souvent à quelque chenapan qui la rosse. Ce qui me fait
penser à la nécessité d'établir aussi un concours de rosiers:

Ce serait nouveau d'abord.

Et j'avoue que j'éprouverais un plaisir sans mélangea
voir un jeune homme timide, vêtu de blanc et couronné de
lleurs comme un vainqueu r des jeux Olympiques ou du dis-
cours latin.

Humblement il baisserait les yeux et fournirait peut-être
un élément de plus à l'histoire de la bêtise humaine.

.le connais une commune oii une société d'encouragement
pour l'amélioration de la vertu des hommes aurait forl à
faire.

C'est le village oh vingt-neuf aimables jeunes gens ont
martyrisé une pauvre fille.

Voilà des animaux qu'il serait indispensable d'améliorer.

On obtiendrait des rosiers au bout de quelque temps, on
les marierait avec les rosières de Nanlcrchin, et, au bout de

cent ou cent cinquante ans, notre beau pays de France
aurait une aristocratie de plus :

L'aristocratie de la rose.

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I>» Lune publiera prochainement :

■-•a Veste de M. Claude, par Hknassit.

Les Timides, par Carlo Giui'i'.

IL.es» ï»ieuvre« parisiennes., put' Valio.

I-.e Salon pour rire (suite), par l in !..

lUa première Jetroeaeei (suite), par Géi>éon,

KAUX-R)RTKS SÎT SANGLMKS

HiiiMifoert Tltïltoiisi'

La prunelle brillante, un peu de K'holsons la paupière, un
grain de vermillon sur la joue, la bouche en cœur: la main
toujours ouverte et tiède sous son .Tonvin gris-perle, paré,
pomponné, musqué, sanglé, ce vaudevilliste h l'aie d'un
rayon de soleil; c'est un éternel sourire. Qu'il est aimable:
disent les hommes; qu'il est charmant! répondent les fem-
mes. Savoir plaire, voilà toute sa science. 11 appartient à la
célèbre tribu des Bémsseurs, et a compris que cent mille
camarades valent mieux qu'un seul intime : quand celui-ci
demande un service, on est tenu de le lui rendre, tandis
qu'il est permis de lâcher tous ceux-là. Une nuit, l'esprit
français courait les rues, après boire, en mauvaise compa-
gnie : — Où vas-tu? lui' demanda Lambert Thiboust, qui
tutoie tout le monde. — A Chaillot! répondit l'autre. — Ce
mol plut au vaudevilliste, qui suivit à C'uaillot l'esprit enca-
naillé. Depuis on les voit toujours ensemble.

VI

Victor Koiiîiïjj;"

Tous les gavroches ne se font pas tuer au pied des barrica-
des, il en est qui prennent un plus triste chemin. Il arrive
parfois que le gamin de Paris, si gai, si spirituel et si bon
entant, jette sa blouse au ruisseau, achète un liabit, un faux
col ët des gants; puis, moitié gandin, moitié tili. il se glisse
dans le bureau d'un journal où l'orthographe #est pas de ri-
Objekt
Titel: La Lune
Detail/Element: Ma première jeunesse (suite) par Gédéon
Künstler/Urheber: Gédéon  i
Inv.Nr./Signatur: S 25/T 14
Aufbewahrungsort: Universitätsbibliothek Johann Christian Senckenberg  i
Schlagwort: Brief <Motiv>  i
Hutmacher  i
Schneider, Hortense  i
Erwachsenwerden  i
Bewunderung  i
Frankreich  i
Blumenstrauß  i
Junger Mann <Motiv>  i
Karikatur  i
Junge Frau <Motiv>  i
Satirische Zeitschrift  i
Statue <Motiv>  i
Tanz <Motiv>  i
Beschreibung: Bildunterschrift: "Les figures de cire me faisaient rêver." "Je tombais en extase devant la moindre statuette." "A l'Opéra, j'aurais donné dix ans de ma vie pour être danseur." "J'osai porter un bouquet et une lettre brûlante à Mlle Schneider." Signatur: "G."
Herstellungsort: Paris  i
Datierung: um 1866
Bildnachweis: La Lune, 2.1866, Nr. 12, S. 12_2
Aufnahme/Reproduktion
Urheber: Universitätsbibliothek Heidelberg  i
HeidICON-Pool: UB Französische Karikaturen  i
Copyright: Universitätsbibliothek Heidelberg
Bild-ID HeidIcon: 204107
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