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Ramée, Daniel; Pfnor, Rodolphe [Ill.]
Monographie du château de Heidelberg — Paris, 1859

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https://doi.org/10.11588/diglit.6151#0010
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uand les idées et les sentiments qui constituèrent le moyen âge arrivèrent à leur déclin, la société, qui
ne meurt jamais, en conçut d'autres, destinés à rendre l'activité et la vie aux nations européennes, et
la phase dans laquelle elles entrèrent est appelée Renaissance. Dès que le croissant brilla, à la place
de la croix, sur le sommet du dôme de Sainte-Sophie de Constantinople, une ère nouvelle s'ouvrit aux
peuples de l'Occident. La prise de la capitale de l'empire byzantin en 1455 par les Turcs, dispersa sur
toute la superficie de notre continent une légion nombreuse de savants grecs qui apportèrent en tous
pays les inappréciables trésors de la littérature de leurs ancêtres. L'antiquité ressuscita. Les richesses du génie hellénique
captivèrent l'esprit de la société du seizième siècle. Dans les œuvres des Grecs anciens des siècles de Périclès et d'Alexandre,
elle retrouva ses traditions et ses sympathies qui avaient été refoulées ou détruites par des idées et des doctrines qui n'étaienl
pas les siennes et qui appartenaient à une race différente de la nôtre. Alors il s'éleva aussi un grand antagonisme entre les
idées nouvelles, soutenues par les plus illustres savants laïques et les prêtres, et les moines dont la science n'était que
nominale. La Renaissance fut une réaction contre l'ignorance et la barbarie du moyen âge.

Dès le commencement du quinzième siècle, une puissante et belle régénération dans l'art eut lieu en Italie, où les
traditions de l'antiquité ne cessèrent jamais d'exercer leur empire. Sous Charles VIII, la renaissance de l'art se fait sentir en
France. En Allemagne, où les évolutions sociales sont plus lentes et plus radicales, cette renaissance ne s'opéra que plus
tard, vers le premier tiers du seizième siècle. Tout à coup, dans chaque pays, l'ogive est abandonnée et remplacée par
l'entablement grec ou le plein cintre-romain. La feuille d'acanthe ressaisit son emploi dans l'ornementation ; le bizarre
introduit au treizième siècle dans les touffes de feuillage des chapiteaux et des frises: ce caractère aigu, anguleux et pointu,
est remplacé par les galbes et les contours sveltcs et gracieux qui charment le sentiment du beau dans les œuvres
monumentales de la Grèce et de Rome antiques. Les monuments se dépouillent, en général, de la physionomie monotone, de
l'aspect de tristesse même que le moyen âge inculqua à toutes ses créations. La vie, l'activité, la joie, rendues à. l'homme
au moyen de la science du monde par l'intermédiaire des lettres classiques, revêtirent de nouveau l'ensemble et les
détails des monuments, et depuis trois siècles et demi l'architecture antique s'est victorieusement maintenue, malgré les
écarts momentanés que la mode lui a fait faire! C'est au moins une des preuves, et une des preuves les plus fortes, de sa
supériorité.

Parmi les exemples primitifs du style de la Renaissance en Allemagne, on doit compter certaines parties du château de
Heidelberg, qu'il ne faut pas confondre avec les constructions élevées au dix-septième siècle. Dans ces parties, l'évolution du
style est formelle, radicale. On n'y retrouve plus aucun vestige de souvenir du moyen âge : tout y est antique, tant dans
l'ensemble que dans les détails. Il va sans dire que l'architecture grecque n'y entre pour rien. L'architecture romaine, cette
imitation de la première, en fait tous les frais. Mais l'architecte du château de Heidelberg a su s'approprier entièrement
l'esprit de l'architecture latine du temps des empereurs, pour ensuite l'adapter avec bonheur et convenance au monument
qu'il avait à élever. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire, c'est peut-être une trop excessive richesse de détails qui
couvre de haut en bas les façades, sans, pour ainsi dire, laisser l'œil un seul instant en repos. Mais ces détails sont si variés,
si mâlement accentués, si divers, si pleins d'imagination et de force, qu'on est involontairement obligé d'observer avec
curiosité, de regarder avec admiration et surprise. La Renaissance allemande n'a pas la légèreté ni l'élégance de la
Renaissance italienne et française. L'Allemagne est restée germanique, sévère, tandis que la France s'est latinisée,
c'est-à-dire qu'elle s'est assimilé le génie de la civilisation romaine.
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