Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Treizieme): Epitres — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793730]

Page: 63
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A MADEMOISELLE DE LUBERT. 63

Vous me répondez doucement
Que les neuf bégueules Lavantes,
Toujours chantant, toujours rimant,
Toujours les yeux au firmament,
Avec leurs têtes de pédantes ,
Avaient peu de tempérament;
Et que leurs bouches éloquentes
S’ouvraient pour brailler seulement,
Et non pour mettre tendrement
Deux lèvres fraîches et charmantes
Sur les lèvres appétissantes
De quelque vigoureux amant.
Je veux croire chrétiennement
Ces histoires impertinentes ;
Mais, ma chère Lubert, en cas
Que ces filles sempiternelles
Conservent pour ces doux ébats
Des aversions si fidelles,
Si ces Déesses sont cruelles,
Si jamais amant dans ses bras
N’a froisse leurs gauches appas,
Si les neuf Muses sont pucelles ,
Les trois Grâces ne le sont pas.
Quittez donc votre faible excuse ;
Vos jours languissent consumés
Dans l’abstinence qui les use:
Un faux préjugé vous abuse.
Chantez, et, s’il le faut, rimez;
Ayez tout l’esprit d’une Muse ;
Mais, si vous êtes Grâce, aimez.
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