L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART

--aïoio----

JAPON1SME

HISTOIRE DE LA POÉTESSE KO MATI

n m'a rapporté du Japon, il y a quelques années, un rouleau, un
makimono, qui offre, en une série de treize compositions, les phases
à la fois horribles par le détail et poétiques par l'idée, de la décom-
position du corps d'une jeune femme exposé au milieu d'une plate-
bande de fleurs. On pense tout d'abord à ces danses macabres que le
dédain de la chair inspira aux artistes chrétiens du Moyen âge. Mais
ici, nulle race de mysticisme, nulle intention railleuse. Une gravité
sereine préside à ce lent retour de la créature humaine à la vie
flottant dans l'espace. Ce corps, qu'on a vu svelte et agissant, s'offre
en hostie aux vers qui pullulent, aux corbeaux, aux loups errants,
aux fleurs qui s'épanouissent plus ardentes sous ses exhalaisons, à la terre qui boit avidement ses
humeurs. Alors seulement que les os ne sont plus que de petits cailloux épars, on les ramasse dans
une urne. Tout est consommé.

Ce poème ne m'intéressait pas seulement,.pard'étrangeté et par la hardiesse de sa donnée. Il me
conduisait à conclure à quelque histoire singulié^e^çâf .les Japonais n'ont point eu en usage suivi de
laisser se dissoudre les corps en plein air. Jadis, ils' l'es bxailaient. Plus tard, ils les ont ensevelis dans de
grandes jarres, dans cette pose, du reste, très-c^a&térijrtique, de l'enfant dans la matrice : les genoux
sous le menton, la tète pliée sur l'épaule, et dans la bouche un petit fragment du cordon ombilical qui,
coupé au moment de la naissance, a été conservé dans la f amille 1.

Un jour on me lut le titre du rouleau : Mémoires de la vie de Ko Mati. Après des recherches
patientes, j'arrivai à apprendre que Ko Mati avait été une poétesse célèbre par ses amours et ses

i. Le russe Henry Schliemann (1867) décrit ainsi le cérémonial des funérailles d'un ya.coun.inCj officier qui taisait partie du corps de
garde de la légation américaine : « Le défunt, revêtu des habits qu'il avait portés lorsqu'il était de service, avec deux sabres et un éven-
tail attachés à sa ceinture et un chapeau noir de bambou laqué sur la tète, fut mis dans un cercueil semblable à un carton à chapeaux de
femme, de quatre pieds de haut sur deux de large, et d'une épaisseur de deux pieds ; on lui plia les bras et les jambes, de sorte qu'il était
assis et exactement dans la position de l'enfant avant sa naissance. Auprès du cadavre furent mises des jattes contenant des fèves et
d'autres légumes. » Puis le cercueil fut cloué, couvert d'une couverture blanche ornée de guirlandes de fleurs de lis et placé sur une
estrade devant le grand autel du temple... « Aussitôt que le service religieux fut terminé, l'un des prêtres sortit sur le perron du temple,
ouvrit une cage dont il était porteur, et donna la liberté à un pigeon blanc. Puis le sarcophage fut entouré de cordes de bambou; on y
passa une perche, et deux Japonais à chaque bout l'emportèrent au pas de course au cimetière qui se trouve près du temple. On Je
descendit ensuite dans la fosse, et chacun des assistants y jeta une poignée de terre... »

Tome II. i
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