L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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JAPONISME. t

Puis, plus rien que des vertèbres, des côtes, des tibias, un crâne, rongés, blancs et épars comme un
jeu de jonchets. Un peu d'herbe verte a poussé, et aussi une plante à tiges et à feuilles rouges comme
le corail...

Nous n'avons osé donner que la dernière de ces peintures, le Tombeau : un grand vase en pierre,
à couvercle et à socle carrés, ombragé par un frêle saule pleureur. Un jeune prêtre buddhiste, la tète
rasée, vin vêtement noir passé par-dessus sa chemise blanche, le chapelet à la main, s'approche, salue

et s'apprête à piquer des branches vertes dans les deux petits tubes en bronze clair posés sur la pierre.
Les caractères peints sur la mince planchette enfoncée à terre, au pied du saule, indiquent que, selon
les rites, les anniversaires de la mort ont été fêtés le 7e et le 49e jour de la première année ; puis le
troisième jour des m", vu", xme xvne, xxve et xxxiii0 années ; enfin, tous les cinquante ans.

Qui fut cette Ko Mati qu'un artiste a suivie ainsi d'un pinceau naïf et dévotieux ? Que faut-il
entendre par cette série d'accidents lugubres succédant rapidement à une image de la beauté parfaite,
de la richesse galante dans les temps reculés ?

Ko Mati est vin personnage complexe que novis allons retrouver éveillant l'imagination d'autres
maîtres. Historique, elle a vécu avi ve siècle, elle a laissé des poésies qui ont l'honneur de figurer dans
le recueil des Cent poètes célèbres. Légendaire, elle symbolise les amours incomplètes, l'abandon. Enfin
à la colère que semble provoquer dans certains esprits son souvenir, on pourrait reconnaître la
prévention qvi'excita en tovis pays et en tovis temps, chez les sages, l'esprit indocile des poètes.

Cherchons-la dans les albums, et remarquons tout
d'abord que cette maladie qui, dans le rouleau qvie nous
venons de décrire, la frappe en pleine jeunesse, est vme
forme tovit à fait isolée.

Ko Mati, novis a-t-on raconté, était une femme noble.
Elle était ambitieuse et aspirait au trône. Elle se fit aimer
d'un jeune prince. Pleine d'un orgueil imprudent, elle
voulut mettre à l'épreuve la force et la constance de son
amant : elle lui imposa de venir passer près d'elle cent
nviits consécutives. L'hiver était venu. L'amoureux s'était
rendu quatre-vingt-dix-neuf fois au rendez-vous. La bise,

la glace, la neige de la dernière nuit f urent telles qu'il hésita et resta avi palais. Le lendemain,
Ko Mati, impitoyable, lui, fit savoir qu'elle ne le verrait plus.
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