L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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HANS HOLBEIN (LE JEUNE). 13

Avec la fortune et les vastes horizons qu'elle donne aux cœurs fiers, était venu l'amour de
l'indépendance et de la liberté; en 1368, Augsbourg s'était soulevé et avait changé les assises de son
gouvernement. Après avoir renversé le pouvoir de ses familles patriciennes, que Charles-Quint devait
rétablir en 1^48, le peuple avait voulu veiller lui-même sur ses destinées; ce fut précisément durant
cette période de liberté qu'Augsbourg parvint au plus haut de ses prospérités et que se montra
l'illustre maison des Fùgger. Rabelais qui, dans ses lettres, les appelle « les Foucquers », disait que
ce n'était qu'après eux que Philippe Strozzi passait pour le plus riche marchand de l'Europe. La
fortune des Fùgger s'était élevée avec une rapidité si prodigieuse qu'on les soupçonnait très-
sérieusement de posséder la pierre philosophale ; cette fortune, elle leur venait de leur génie et des
mines de mercure d'Almaden. Ils n'étaient que d'hier cependant : « Tous les généalogistes de
l'Allemagne, dit Bayle, ne font pas difficulté d'avouer que les Fùgger sont issus d'un tisserand qui
obtint la bourgeoisie d'Augsbourg en 1370; il était du village de Geggengen, à une demi-lieue de
cette ville. »

Le graveur Dominique Custos, d'Anvers, a publié une suite de portraits des principaux membres
de la famille Fùgger. Ces banquiers, qui offraient à Charles-Quint leur magnifique hospitalité, ces
banquiers dont le grand empereur, retiré à Saint-Just, recommandait à son fils Philippe de ménager
soigneusement la bienveillance, ces marchands d'or si chers à ces souverains allemands ou espagnols
qui semblent voués à un incurable besoin d'argent, n'ont point à ce seul titre mérité que leur nom
soit gardé. Il est venu jusqu'à nous parce qu'émules des Médicis, comme eux, ils eurent la passion
du beau, et qu'ils rassemblèrent des tableaux, des marbres précieux et des manuscrits, dépouilles
opimes de l'antiquité. Ils encouragèrent le réveil et l'effort de l'esprit humain, ils avancèrent des
sommes considérables à notre Estienne, et accordèrent de larges aides aux artistes de l'Allemagne.
Ils contribuèrent noblement à ce grand mouvement qui, dans l'art, s'est appelé la Renaissance, et, dans
les consciences, la Réformation ; ils ont eu le bonheur de rattacher leur nom au nom d'Holbein qui
les peignit.

Si la souche des grands banquiers était plébéienne, celle de Hans Holbein le Jeune fut, aussi,
roturière. Son grand-père Michel exerçait la profession de tanneur, il mourut en i486. Il avait eu
un fils, qui est connu sous le nom de Hans Holbein le Vieux, et un autre enfant, peintre également,
qui, quoi qu'inférieur à son frère, n'est point oublié. Sigismond Holbein a laissé des ouvrages non
sans mérite.

Hans Holbein le Vieux, dont nous ne connaissons qu'imparfaitement la vie, semble avoir mené
une existence passablement nomade. En 1499, nous le trouvons à Ulm ; en 1501, à Francfort, où il
peignait le couvent des Dominicains. Rentré à Augsbourg en 1502, il y exécuta une Vierge, une
Passion qui se trouve aujourd'hui à la pinacothèque de Munich ; enfin, dans son chef-d'œuvre, il
s'est représenté avec ses deux fils1, Ambroise l'aîné, Hans le cadet2. La figure de Hans le Vieux
fait vraiment plaisir à voir, elle exprime la douceur et la patience d'un honnête travailleur ; il est
grand, un peu maigre et porte les cheveux longs. Son dernier né, Hans, au second plan, se trouve
devant lui à sa droite; la main paternelle repose doucement sur sa tête et il semble son bien-aimé.
Hans Holbein le Vieux a, dans le pinceau, de l'éclat, de la tendresse, mais son goût est allemand, il
n'a point trouvé le grand style que son fils devait si bien connaître. Toutefois, il a dû lui donner
d'excellents enseignements. Il mourut à Augsbourg en 1^24.

A quelle date est né Holbein le Jeune et où est-il né ? Ce sont deux questions qui ont soulevé bien
des débats, enfanté bien des volumes : Augsbourg, Gronstadt, Bâle, se sont disputé l'honneur de
lui avoir servi de berceau. A cette heure, la question est vidée; dans sa patiente et savante étude sur
« Holbein et son temps, » M. Woltmann fixe la naissance en 1495, et se prononce en faveur
d'Augsbourg; mais, à d'autres titres, Holbein appartient à Bâle. Si ses premières années se sont
passées sur les bords du Lech, ce fut sur ceux du Rhin que son génie se développa et grandit : donc
à chacune des deux cités sa part d'honneur.

1. Gravé dans l'ouvrage de A. Woltmann.

2. Il est probable qu'il eut un troisième fils, mais la certitude manque.
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