L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

Seite: 43
DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1875_2/0052
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
0.5
1 cm
facsimile
L'AFFAIRE FRÉDÉRIC VAN DE KERKHOVE.

43

« Je suis donc crès-étonné du bruit de mauvais aloi que l'on
fait à l'entour de ce petit être si extraordinaire, connu comme
tel par toutes les personnes qui avaient des relations d'amitié ou
d'affaires avec vous. La trace lumineuse que son génie précoce
et hélas! trop éphémère, a laissé et laisse encore sur la terre, ne
sera pas ternie par ses détracteurs et ses envieux.

« Je suis toujours à votre disposition, mon cher ami, pour
affirmer devant qui de droit et en présence de vos contradicteurs
l'entier contenu de la présente.

« En me rappelant au souvenir de votre respectable famille,
je suis bien à vous,

« Fritz Ritter. »

Extrait d'une lettre de M. Devos, ancien procureur du Roi à
Bruges. un des trois magistrats belges choisis par le Gouver- '
nement pour l'organisation des tribunaux égyptiens.

« 28 mars.

« C'est bien dans ce pays que vous trouveriez à étudier et à
crayonner, et que votre Fritz eût été heureux. Pauvre garçon!
il avait le cerveau si plein de tout ce qui est beau ; il aimait si
passionnément les paysages! Je n'ai pas été étonné d'apprendre
que, si jeune encore, il avait déjà si bien rempli sa vie ; on con-
teste son talent précoce! que ne conteste-t-on pas? Bien que
j'aie vu cet enfant si doux et si aimant travailler à ses tableau-
tins d'une manière qu'un peintre n'eût pas récusée, je ne saurais
vous encourager à continuer la polémique dont vous m'entrete-
nez et à l'occasion de laquelle vous invoquez mon témoignage.
Je suis incompétent en la matière; vous seul êtes en mesure et à
portée de discuter en connaissance de cause : votre loyauté et
votre honorabilité personnelle sont conséquemment mises en
jeu, et avec ceux qui ne vous connaissent pas ou qui de parti
pris ne tiennent pas compte de vos affirmations, la discussion
devient nécessairement impossible.............

« N.B. — A mon sentiment, Fritz, qui vous a été enlevé
sitôt et si cruellement, était un enfant vraiment extraordinaire
et exceptionnel. Remarquablement intelligent et capable sous
certains rapports, il l'était sous d'autres beaucoup moins; pré-
cisément pour cette raison, les critiques dirigées contre sa gloire
paraîtront sérieuses aux yeux d'un grand nombre de gens. »

Lettre de M. Héris.

0 Bruxelles, le 26 avril 1875.

« Monsieur,

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire en date du 17 courant, ainsi que la caisse contenant une
vingtaine de ravissants petits tableaux dus au pinceau de feu
votre fibj. Au moment de leur déballage, un de mes amis
M. Noé, artiste peintre, que vous devez connaître, en reconnut un
pour l'avoir vu peindre par Fritç.

« Je conçois, Monsieur, votre orgueil paternel pour faire
survivre cet enfant adoré et doué d'une intelligence rare dans
notre siècle si avancé sous tous les rapports, mais qui n'a guère
progressé en fait de connaissances artistiques.

« Quel intérêt aviez-vous en faisant une exposition des
œuvres du jeune Fritz, sinon de faire partager par le public les
regrets que vous faisait éprouver la perte de votre enfant? Mais,
permettez-moi de vous le dire, vous avez perdu de vue que la

Belgique n'est qu'une petite ville; de là cette polémique dont les
colonnes de nos journaux ne désemplissent pas.

« Deux camps se sont formés : ils se livrent des combats à
coups de plume. Les uns disent que nous ne sommes plus au
temps des miracles et que les œuvres attribuées au jeune Fritz
ne sauraient être l'ouvrage d'un enfant de onze ans; parmi les
autres, la plupart supposent qu'elles émanent de vous. S'il en
était ainsi, Monsieur, je me permettrais de vous en adresser mes
sincères compliments ; mais je viens de comparer de vos tableaux
avec ceux de votre jeune homme, et je trouve qu'ils se res-
semblent à peu près comme un cheval à des cerises.

« Qui donc a peint ces charmants tableautins? Je voudrais
bien le connaître, afin de lui adresser mes félicitations en dépit
des dédains exprimés par des gens qui, sans doute, ne prennent
pas garde que la concurrence, hélas ! n'est plus possible ici.

« Pour combattre la malveillance, les partisans de l'authen-
ticité s'appuient sur toutes sortes de témoignages qui paraissent
irrécusables. Quoi qu'il en soit, je souhaite, Monsieur, voir
accepter par l'Etat votre offre généreuse. Selon moi, ces petits
panneaux, dignes de passer à la postérité, sont bien des œuvres de
votre enfant; ils méritent d'être conservés comme éléments inté-
ressants d'art national.

« En consultant l'histoire, l'on rencontre des exemples de
précocité analogues à celui-ci : Jacob Ruysdael était né en 1635,
ou 1636, et j'ai possédé de ses tableaux signés et datés de 1647 et
1648. Raphaël, mort à trente-sept ans, a commencé bien jeune
à produire, pour avoir laissé les nombreux chefs-d'œuvre que
l'on admire dans la plupart des galeries de l'Europe. Paul Potter,
qui mourut à l'âge de vingt-neuf ans, peignit à dix-sept ans son
fameux tableau connu sous le nom du Jeune Taureau, chef-
d'œuvre qui orne le musée de la Haye.

« Votre fils, Monsieur, avait reçu de la nature un don artis-
tique dont probablement le pauvre enfant ignorait l'importance...
Non initié à la science enseignée dans les écoles de peinture, et
qui est la mort de l'art, en suivant le sentier que la nature lui
avait tracé, il était devenu créateur, et créateur d'un langage
nouveau que nous devons, avant de juger, tâcher de déchiffrer.
Il ne faut pas oublier que sur cent prétendus connaisseurs, quatre-
vingt-dix-neuf ne voient qu'avec les oreilles; du reste, la question
à résoudre appartient, semble-t-il, à l'avenir. Deux portraits,
homme et femme de Frans Hais, qu'il y a quarante ans j'ache-
tai en vente publique à Paris quatre-vingts francs, viennent
d'être vendus soixante-cinq mille francs ; des tableaux de Van
Goyen, de dix florins, sont payés actuellement six à douze mille
francs ; des œuvres de Watteau, Boucher, Pater, de cent écus
aux étalages des quais de Paris, atteignent de nos jours, à la salle
Drouot, cent mille francs et au delà! Que dire de ces faits, sinon
qu'il a fallu plusieurs siècles pour rendre justice aux œuvres et
aux talents de ces grands artistes.

« Encore une fois merci, Monsieur, du plaisir que vous m'a-
vez procuré par votre aimable envoi. Si votre enfant avait vécu
et suivi sans dévier la voie qu'il s'était frayée, nul doute pour
moi qu'il serait arrivé à produire des tableaux où la beauté qui se
rencontre dans ces études se serait affirmée , et par lesquels son
nom eût obtenu un retentissement éclatant dans l'histoire de notre
école de peinture du xixe siècle.

« Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération
distinguée.

« Héris,

« Expert des Musées royaux de Belgique, a
loading ...