L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ DES

AMIS DES ARTS DE BORDEAUX.

Société peu libre échangiste dans la ville où le libre échange est
né, tant pour cent sur le prix de vente de ces œuvres exotiques.
A cette époque, nous lui fîmes la guerre dans les feuilles locales,
et la Chronique des arts et de la curiosité^ sans intervenir directe-
ment dans le débat, ouvrit ses colonnes, pour la réplique, aux
vice-présidents de la Société. Le public jugea, et l'arrêt n'étant
pas favorable à ces Messieurs, ils modifièrent, dès l'année sui-
vante, très-sensiblement le mode de leurs achats. On fit dès
lors, et c'était justice, plus large part aux artistes bordelais; et,
depuis, le sentiment patriotique aidant, les étrangers ont été à peu
près complètement délaissés.

Les artistes bordelais vivant à Bordeaux ne sont pas nombreux ;
il en est cependant qui ont un réel mérite. Sans parler de ce

pauvre Antoine Gibert, ancien second prix de Rome, — le pre-
mier ayant été obtenu par son camarade Hippolyte Flandrin, —
que la cécité a forcé d'abandonner ses pinceaux, il en est d'autres
doués de qualités très-appréciables, dont l'avenir doit être bril-
lant, si peu que- les circonstances les servent, et qu'ils soient
courageux et vaillants.

De ceux-là est M. Chabry, élève de notre école de peinture,
ancien pensionnaire de la ville, né à Bordeaux et y résidant. C'est
un artiste bien doué, ayant de l'originalité, de l'ardeur au travail
et aimant son art. C'est un peintre d'avenir; sa facture est
grasse et solide, son dessin un peu lourd, mais bien en harmonie
avec le ton local et les sujets qu'il choisit. Sa couleur a plus de
justesse que de charme, mais elle révèle un tempérament, une

individualité. M. Chabry aime les sites bizarres, les effets ori-
ginaux, tt il se dégage d'ordinaire de ses œuvres une certaine
poésie d'un réalisme plein de tristesse. Le réalisme est bien plus
dans le sujet choisi que dans la façon dont il est traité.

L'influence de l'école belge, dont il a fréquenté beaucoup les
principaux artistes, est très-sensible dans l'ensemble de son
œuvre. S'il a naguère poussé le réalisme un peu loin et s'est
contenté d'un dessin rudimentaire et de compositions peu dignes
de lui, il n'en est plus de même aujourd'hui ; il soigne son des-
sin ; ses tableaux prouvent qu'il a étudié consciencieusement la
forme, acquis beaucoup et qu'il n'est plus de ceux qui se con-
tentent d'à peu près et de sujets vulgaires, quoique singuliers.

M. Chabry n'est point complètement en possession de tous
ses moyens; mais il a un talent incontestable et son originalité
est bien plus dans le sentiment avec lequel il interprète la nature
que dans sa pratique ou dans le choix des sites. Cet artiste est
en grand progrès, au point de vue du dessin, surtout de la per-
spective linéaire et aérienne qui prêtaient souvent, autrefois, à la
critique. Chaque année, de tous les tableaux qu'il envoie à notre

exposition, six ou huit sont achetés dès les premiers jours par les
amateurs et on s'étonne un peu que le jury de Paris ne l'ait pas
encore distingué et médaillé.

Le tableau que nous reproduisons ici, d'après un croquis de
l'artiste, réunit mieux qu'aucun des autres exposés par lui les
qualités qui distinguent leur auteur : sentiment profond de la
nature, exactitude parfaite, couleur vigoureuse et vraie, facture
large et solide.

Un autre artiste de Bordeaux et habitant Bordeaux, M. Jules
Gcneste s'est adonné, lui, à la marine. C'est un genre qui
trouve ici beaucoup d'admirateurs, et pour lequel notre beau
fleuve, le bassin d'Arcachon, Royan, Soulac et Biarritz four-
nissent les sujets les plus variés et les plus séduisants, surtout
pour un artiste qui, comme M. Geneste, fait le paysage avec
fabriques et personnages.

On ne peut reprocher qu'une chose à M. Geneste, c'est de
manquer un peu de confiance en lui et de ne pas oser aborder
une grande composition. Il se borne, le plus souvent, et en cela
il suit l'exemple d'un trop grand nombre d'artistes, à repro-
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