L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA SCULPTURE ÉGYPTIENNE

(suite

II.

n sait que la doctrine religieuse égyptienne a été fondée de tout
temps sur la croyance qu'après la mort l'âme, se détachant du corps,
allait subir des épreuves dans les espaces célestes, et que si elle
avait été reconnue vertueuse par le juge des enfers, Osiris, elle devait
rejoindre le corps et l'animer d'une vie nouvelle et éternelle. Les
âmes reconnues coupables devaient subir au contraire le supplice
de la seconde mort. De là, chez les Egyptiens, un immense
intérêt à la conservation des dépouilles ; de là les rites d'un
embaumement qui ne durait pas moins de soixante-dix jours, et la
nécessité de déposer le corps, après cette opération, dans des tom-
beaux à l'abri du temps et des événements.

Tels furent le but et l'origine, aujourd'hui incontestables, des pyramides ou tombes royales,
et des sarcophages taillés dans les matières les plus résistantes. On comprend que la peine et le
travail ne comptaient pour rien, eu égard à l'importance du but poursuivi ; on comprend aussi que,
contrairement aux Grecs, qui cherchaient généralement le beau dans des monuments de petites
dimensions, les Égyptiens aient toujours eu l'esprit tendu vers le colossal. Pour donner une idée
du pouvoir royal dont les dépositaires étaient divinisés après la mort, ils croyaient nécessaire de
rendre la proportion matérielle, dans leurs représentations sculpturales, égale à la puissance et au
prestige dont avaient été investis les modèles qu'ils avaient à reproduire. A cela on peut ajouter
l'orgueil des castes dominantes, dont les inscriptions des monuments donnent tant d'exemples, et
la protection qu'on attendait des divinités auxquelles étaient élevées des images éternelles, suivant
l'expression si familière aux Égyptiens. S'il est vrai, comme semblerait l'indiquer la décoration des
tombes de l'ancien empire que le bois ait été primitivement employé, il est à croire qu'on y renonça
de bonne heure. D'autre part, la solidité des constructions en bois n'était pas suffisante; les magni-
fiques carrières de granit, de porphyre, de calcaire et de grès leur offraient en compensation et
à leur portée les matériaux les plus propres à cette solidité et à cette durée qu'on recherchait
avant tout. Le granit surtout obtint la préférence, principalement pour les temples, pour les tombes
et pour tous les monuments qui devaient traverser l'éternité. Tous les obélisques, les sanctuaires,
les colosses qui accompagnaient les obélisques, parfois aussi les plus précieuses stèles historiques,
retraçant les mérites du roi ou ses prières aux divinités, étaient taillés dans le granit. Par exception,
nous trouvons quelquefois le basalte, et au musée du Louvre nous voyons le colosse de Sété II
en grès rouge, matière extrêmement tendre.

C'est peut-être l'unique figure monumentale d'un roi que l'on ait reproduite ainsi; aussi nous
offre-t-elle des particularités dont nous parlerons plus loin.

Dans les parties de l'Égypte où l'on ne trouve que des carrières de calcaire et où il y aurait eu
de grandes difficultés à surmonter pour amener des matériaux plus beaux et plus durables, les
Égyptiens se sont contentés de cette dernière matière ; on en trouve de nombreux exemples à Philce
et dans la basse Egypte; mais souvent, et les pyramides en sont un témoignage, le monument a
été complètement recouvert ou plaqué en quelque sorte de blocs de granit. Trop rares étaient

i. Voir tome II, page 73.
Tome II.

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