L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'INDUSTRIE D'ART A VENISE

D'après le rapport récemment publié du consul Smalhvood, I
une nouvelle industrie vénitienne a- été instituée à cause de la
demande toujours croissante d'imitations de meubles antiques en
ébène et en ivoire, remplacés maintenant avec succès par le bois
de javelot et l'os. M. Guggenheim, un marchand d'antiquités et
maintenant le fabricant de ces imitations de mobilier ancien, a
formé une école d'ouvriers qu'il fournit de dessins et de modèles.
Les élèves ont réussi à produire des contrefaçons si merveilleuses
que leur maître a jeté le masque, s'enorgueillissant de ces imi-
tations avouées, qui feraient illusion à tout le monde, sauf aux
connaisseurs les plus expérimentés. Il paraît que l'Angleterre
encourage ce commerce sur une vaste échelle. L'une des plus an-
ciennes maisons d'antiquités, celle de M. D. Riessi, très-protégée
par des amateurs anglais, a aussi entrepris la fabrication de
l'imitation des meubles antiques.

Les frères Agnino ressuscitent l'ancienne manufacture de tapis-
series de brocart. Cette manufacture a existé avant celle de Lyon;
elle était sous le patronage des Doges, qui lui commandaient leurs '
présents aux potentats de l'Orient, et à cette époque elle employait
14,000 ouvriers. Quelques-unes de ses étoffes étaient d'une
beauté extraordinaire pour la richesse du dessin et la finesse du
tissu, mais le secret de la fabrication des plus rares est mort
avec les inventeurs. On essaye de le retrouver. M. Layard, le
ministre de la Reine d'Angleterre à Madrid, a obtenu un résul-
tat heureux dans une commande exécutée pour lui, et la prin-
cesse Dolgorouky a été fournie d'une .tapisserie de brocart,
digne de sa réputation passée. Quelques-uns des dessins les plus j
riches ont été acquis par des membres de la maison Royale de
Savoie. Le prix s'élève de 12 à 100 francs le mètre.

Dans la fonderie en bronze de Michelli et Cie, non-seulement
les belles œuvres de bronze de l'Italie appartenant aux xive, xv"
et xvie siècles sont reproduites dans toutes les dimensions, mais
aussi des œuvres de l'art moderne sont fondues au choix du
sculpteur, d'après la manière et l'époque de Michel-Ange et de
Benvenuto Cellini. Cette façon de fondre, a cera perduta} offre
l'avantage de laisser à l'idée du sculpteur son caractère entier,

car après le coulage, le bronze est seulement nettoyé, et aucun
ciseau n'est employé qui pourrait faire tort à l'invention pre-
mière du sculpteur. M. Boehm, le sculpteur, a fait couler, il n'y
a pas longtemps, l'une de ses œuvres dans cette fonderie.

La princesse Giovanelli et la comtesse Marcello ont tenté de
ressusciter les dentelles de Burano. La petite île de Burano était
célèbre pour son industrie dentellière, quand l'importation de
ses dentelles fut interdite en France ; c'est de là que le grand
Colbert fit venir quelques ouvriers en dentelles, afin d'introduire
leur point dans la dentellerie française : de là l'origine du « point
d'Alençon ». Une femme âgée, la dernière de son état qui ait
survécu à la manufacture, mais qui se rappelait encore et qui
travaillait cette dentelle, a été dénichée à Burano. Par l'initiative
de ces dames, on a fondé une école ; soixante-sept ouvrières ont
été engagées, mais seulement dix à la fois pouvaient recevoir
l'instruction. La demande immédiate des premiers spécimens a été
extraordinaire. Le coût, qui s'élève maintenant à 100 francs le
mètre pour une largeur d'à peu près 12 centimètres, est considéré
comme inférieur à la valeur réelle. Il faut cent cinquante jours,
à cinq heures de travail par jour, pour un seul mètre fait par
une seule ouvrière, au salaire de 50 centimes par jour. On va
aussi ressusciter à Burano « le gros point de Venise ». Le
Dr Fambri, l'ingénieur distingué, a publié le devis suivant du
travail de fabrique d'un mètre de cette dentelle, d'une qualité qui
n'a jamais été surpassée dans les temps anciens : « Trois mois
d'appointements d'une ouvrière pour le réseau; un mois de salaire
d'une ouvrière pour les fleurs et un mois de payement extra
pour la bordure ornementale. » Le Dr Fambri voudrait que cette
industrie fût développée, ne fût-ce que pour conserver le secret
de cet art.

Les manufactures vitrières de Murano, en activité depuis
douze siècles, continuent à prospérer. Pendant l'année dernière,
l'exportation a atteint 313,200 livres, soit une augmentation de
près de 100,000 livres. Le chiffre de l'exportation en Angle-
terre pendant l'année était de 58,000 livres et aux Indes de
74,400 livres. (Architect.)

FÊTES DU CENTENAIRE DE BOIELDIEU

[Correspondance particulière de /Art.)

Je vous écris à la hâte, car nous n'avons pas eu une minute
de répit depuis notre arrivée ici. Quoique le temps ne leur ait
pas été très-favorable, les fêtes rouennaises sont extrêmement
brillantes, on peut le dire, et elles laisseront un grand souvenir
dans l'esprit de tous ceux qui auront pu y assister. C'est la pre-
mière fois qu'en France on songe à fêter ainsi un musicien, et
aucun nom n'était plus capable que celui de Boieldieu de donner
de l'éclat à de semblables réjouissances.

En réalité, la ville de Rouen a très-bien fait les choses, on
n'eût pas souhaité mieux sous aucun rapport, et si la tempéra-
ture avait bien voulu s'en mêler un peu, on n'eût eu vraiment
rien à désirer. Les fêtes se divisaient en quatre journées. Le sa-
medi 12 était consacré à un grand concert en [b.n air, donné
sur le cours Boieldieu par les musiques militaires, concert à l'is-
sue duquel avait lieu une grande retraite aux flambeaux, rendue
plus brillante encore par l'illumination générale de la ville. En
arrivant, nons avons pu voir combien les préparatifs avaient
été faits et poussés avec activité. Dix portes ou arcs de triomphe j principal du castel, dont les créneaux, « touchent le ciel », comme
avaient été dressés dans les différents quartiers de la ville, les j on dit dans la Dame blanche. Enfin nous avons encore, à l'en-
anciennes portes Saint-Hilaire et Cauchoise étaient reconstituées, trée de la rue aux Ours, au numéro 61 de laquelle est né Boiel-
sur les plans originaux, par les soins de M. Sauvageot. La porte dieu, un autre arc de triomphe avec un médaillon du grand
Cauchoise, située sur la place du même nom, était destinée à être ' compositeur, puis la porte Martainville, l'arc de triomphe de la

Rouen, 14 juin 1875.

le centre d'une fête toute particulière; haute de douze mètres,
flanquée d'un côté d'une tour ronde, de l'autre d'une tour carrée,
toutes deux crénelées et surmontées d'une tourelle, son aspec:
est des plus heureux. La porte Saint-Hilaire comporte deux
tours séparées par une porte centrale, à laquelle attient une
poterne. M. Sauvageot est également l'auteur de l'arc de triomphe
de la rue Jeanne-d'Arc, placé à l'intersection de la rue et du
boulevard. La porte principale de celui-ci n'a pas moins de
dix-huit mètres de hauteur, tandis que celle des portes laté-
rales est de dix mètres ; sur le sommet on voit une statue de
Boieldieu, ayant comme supports deux grandes figures allégo-
riques.

Rue de la République, près de la place de l'IIôtel-de-Ville et
de la rue de l'Hôpital, nous voyons un autre arc de triomphe, de
style mauresque, dû à M. Lorsel, et merveilleusement décoré.
Entre les deux halles du Vieux-Marché se dresse le château
d'Avenel, avec ses bastions de charpente, qui supportent le corps
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