L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.

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rue Beauvoisirfe, celui de la Madeleine, construit par M. Paul
d'Arras, et d'autres encore.

Toutes les maisons sont pavoisées, des mâts vénitiens s'élèvent
partout avec d'immenses banderoles, des cordons lumineux sont
établis sur toutes les façades, et les lanternes à gaz ont reçu des
appareils qui décuplent la lumière à l'aide d'un nombre infini de
globes éclatants. Enfin, sur la ligne des quais, on a établi des ap-
pareils lumineux qui donnent les titres de toutes les œuvres de
Boieldieu, avec la date de leur représentation.

Malheureusement la pluie diluvienne qui est tombée samedi
soir a fait tort à la fête. Et cependant, il fallait voir la foule
énorme qui se pressait de toutes parts et se répandait sur tous les
points de la ville. Mais, il faut bien le dire, pour le moment
c'était la fête des parapluies. Néanmoins les rues out été encom-
brées toute la nuit. Hier matin on espérait que le temps allait se
remettre. Le monde officiel s'est mis en marche à neuf heures,
pour aller s'installer cours Boieldieu, sur l'estrade élevée auprès
de la statue ; là, M. Nétien, député de la Seine-Inférieure et
maire de Rouen, a prononcé un discours bien fait, mais un peu
trop long. Puis les sociétés musicales ont défilé devant l'estrade,
s'en allant ensuite, chacune à leur tour, déposer une couronne au
pied de la statue de Boieldieu. C'est à la suite de ce défilé qu'on
a procédé à l'exécution de la cantate écrite pour la circonstance
par M. Ambroise Thomas, sur des paroles de votre serviteur.
A ce moment juste, la pluie s'est mise à tomber avec une vio-
lence et un entêtement rares. Pourtant nos courageux exécutants,
fort bien dirigés par M. Charles Colin, n'ont pas voulu en avoir
le démenti, et en dépit de la pluie battante ont chanté avec un
ensemble merveilleux la belle et noble composition de M. Am-
broise Thomas, qui a été vivement applaudie par une foule com-
pacte que n'avaient pas effrayée les rigueurs célestes.

A midi avait lieu, sur différents points de la ville, le grand
concours orphéonique qui a été fort brillant, 235 sociétés musi-
cales y prenant part, qui formaient un ensemble de plus de
7,000 exécutants. A l'issue du concours, distribution solennelle

CHRONIQUE

Allemagne. — Le masque de Shakespeare. Existe-t-il un mas-
que véritable de Shakespeare ? Cette question a été souvenc
débattue, sans avoir abouti jusqu'ici à une solution. Voici qu'un
professeur de l'Université de Bonn, le docteur Schaathausen,
croit avoir mis la main sur le masque authentique du grand tra-
gique. Il consacre à l'examen du spécimen qu'il suppose véri-
table un long article dans le Jahrbuch de la Société allemande de
Shakespeare. Ce masque doit avoir été pris sur un cadavre ; il
ne peut y avoir de doute à ce sujet : des cheveux adhèrent au
plâtre. Ces cheveux d'un brun roux correspondent à la couleur
des cheveux attribués à Shakespeare, notamment dans le buste
peint qui orne son tombeau à Stratford. Le plâtre imbibé d'une
huile jaunâtre paraît remonter à plus d'un siècle. Sur le revers
du masque se trouve d'ailleurs l'inscription : « Ao. Dm. 1616, »
l'année de la mort de Shakespeare. Les caractères employés dans
cette inscription, qui a été gravée sur le plâtre pendant que
celui-ci était encore humide et mou, sont bien les mêmes carac-
tères employés au commencement du xvne siècle pour ces sortes
d'inscriptions. Le front mesure 115 millimètres ; le masque, s'il n'est
celui de Shakespeare, est en tout cas celui d'un homme extraordi-
naire. Mais indépendamment de tout cela il y a la ressemblance
des traits avec le portrait de Shakespeare gravé par Droeshout
et placé en tête de l'édition des œuvres du poète par son contem-
porain Ben Johnson. Cette gravure représente, il est vrai, Shake-
speare avec une barbe pleine, tandis que le masque indique une
moustache. Mais le buste de Shakespeare à Stratford porte éga-
lement une moustache. Si la ressemblance des traits du masque
et de la gravure est grande, celle du buste et de la gravure est

des prix sur la superbe place de l'Hôcel-de-Ville. La pluie avait
enfin cessé, de telle sorte que le coup d'œil était superbe, les
estrades étaient chargées de monde, toutes les sociétés, bannières
en tête, s'étaient groupées en pelotons serrés, et plus de
2o,oco personnes assistaient à la cérémonie. Là, comme le
matin, le monde officiel, militaire et administratif était réuni, et
la députation de l'Académie des Beaux-Arts, composée de
MM. De laborde, secrétaire perpétuel, Ambroise Thomas,
Charles Garnier, Baudry, François, de Cardaillac, s'était jointe
à ce haut personnel.

Le soir, tandis qu'un banquet de 300 couverts réunissait à
l'Hôtel de Ville tous les invités, la ville était en liesse, comme la
veille, le mouvement était énorme et les illuminations étaient
superbes. A voir l'aspect de Rouen, on croirait que ses habitants
ne se sont pas couchés depuis deux jours et deux nuits. Il est
vrai qu'il se trouve ici plus de 50,000 étrangers.

Aujourd'hui, tandis que des régates avaient lieu sur la Seine,
un très-beau carrousel était donné au Champ de Mars par le
12e régiment de chasseurs. Un ballon devait s'élever le matin,
mais le vent l'a fendu dans toute sa longueur, et l'ascension n'a
pu se faire. Ce soir, grande représentation de gala au théâtre
des Arts, où l'on joue les deux premiers actes de la Dame blanche
et le Nouveau Seigneur de village, avec MM. Léon Achard,
Barré, Barnolt, Neveu, Nathan, MlnM Brunct-Lafleur, Ducasse
et Revilly pour interprètes. M. Maubant, de la Comédie-Fran-
çaise, déclamera des stances à Boieldieu, de M. Frédéric Des-
champs. Demain, grand festival musical au cirque de Saint-
Sever, dont le programme, cela va sans dire, est complètement
composé de fragments d'oeuvres de Boieldieu, suivies de la can-
tate de M. Ambroise Thomas. Le personnel des chœurs et de
l'orchestre est celui de la Société de l'Harmonie sacrée, dirigé
par son habile chef, M. Charles Lamoureux. Je vous rendrai
compte de cette dernière partie des fêtes dans une prochaine
lettre.

Arthur Pougin.

ÉTRANGÈRE

moindre. Mais cela s'explique : l'artiste qui a confectionné le
buste de Stratford a eu sans doute pour modèle le masque pris
sur le cadavre. Pour rendre leur apparence vitale aux traits
amaigris et défigurés par la souffrance, il a exagéré les chairs,
si bien que le buste ne ressemble plus guère que par les traits
généraux à celui qu'ils veulent représenter.

Telles sont en résumé les considérations qui militent en faveur
de l'authenticité du masque examiné par le docteur Schaafhauscn.
Ce masque avait appartenu au peintre Louis Beeker qui l'avait
découvert à Mayence chez un brocanteur. M. Beeker le déposa
un certain temps chez le célèbre anatomiste anglais R. Owen,
qui ne doutait pas de son authenticité. A la mort de M. Beeker
il retourna à la famille de celui-ci, qui le conserve encore actuel-
lement à Darmstadt. C'est là que le docteur Schaafhauscn l'a
découvert et qu'il fait les recherches les plus minutieuses pour
arriver à constater son authenticité. Il faut bien avouer que sa
conclusion ne repose pas encore sur des faits positifs et des preu-
ves certaines. Mais les recherches ne sont pas terminées. Le doc-
teur Schaafhausense propose, dit-on, de comparer le masque avec
le crâne de Shakespeare conservé à Stratford.

— La restauration des fresques et tapisseries de la salle de
l'IIûtel-de-Ville à Cologne vient d'être achevée avec succès par
M. Mock et la salle a été ouverte le 5 juin.

Angleterre. — La Société Royale des artistes à Birmingham
vient de clore son exposition annuelle, l'une des plus réussies qu'elle
ait organisées. Oa a vendu des œuvres d'art pour 3,350 livres
sterling et 350 livres viennent s'y ajouter pour les prix acquis
par VArt Union.
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