L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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194 L'ART.

nom, n'entra pas plus que son père à l'Académie royale; mais c'est lui qui fut chargé, en 1750,
comme garde des peintures du Roi, de disposer dans le palais du Luxembourg les vingt et une toiles
de Rubens formant la galerie de Médicis et une partie des collections royales dont l'accès fut alors
ouvert au public pour la première fois. Un catalogue de cette exposition partielle fut dressé par les
soins de Bailly et imprimé avant l'ouverture des salles. Le livret du Musée du Luxembourg donne
la bibliographie détaillée des divers livrets de la collection ouverte au public dans le Luxembourg
depuis 17^0 jusqu'à la Révolution.

Jean Silvain Bailly, fils de Jacques II, né en 1736, conserva les fonctions de garde des tableaux
du Roi, sans suivre la carrière de ses ancêtres. Avant d'occuper le poste dangereux de maire de
Paris pendant la première période de la Révolution, il s'était fait connaître comme érudit et comme
savant. Il appartenait à l'Académie française et en même temps à celle des Sciences et à celle des
Inscriptions et Belles-lettres. En 1789, il n'était plus que garde honoraire de la collection royale \
Son âge, ses nombreuses occupations, ses multiples travaux, l'empêchaient d'exercer une fonction
qui réclamait chaque jour plus d'application et d'activité.

Il nous faut maintenant revenir au chef de la famille, au peintre en miniature du commencement
du règne de Louis XIV, à l'artiste enfin qui fit la réputation et la fortune de son nom.

On connaît par les gravures de Sébastien Le Clerc une magnifique suite de tapisseries exécutées
aux Gobelins sur les dessins de Charles Le Brun. Cette suite représente les quatre Eléments et les
quatre Saisons. Les planches de Sébastien Le Clerc ont été sauvées de la destruction; elles appar-
tiennent aujourd'hui à la calcographie du Louvre2. A la suite de chaque Élément et de chaque
Saison se trouvent quatre Emblèmes destinés à célébrer les vertus du Roi sous tous leurs aspects.
C'est notre Bailly qui fut chargé de l'exécution de ces emblèmes ou, comme on disait alors, de ces
devises. Les quatre Vertus, qui reviennent invariablement à la suite de chaque Élément, sont la
Piété, la Magnanimité, la Bonté et la Valeur. C'est ce thème insipide que l'artiste a été chargé de
varier par d'ingénieuses inventions, tandis qu'un poëte de cour recevait la délicate mission
d'expliquer en vers les compositions énigmatiques de l'artiste.

Les devises de Bailly, comme les grandes compositions de Le Brun, destinées à servir de
modèles aux ouvriers des Gobelins, nous ont été conservées par les gravures de Sébastien Le Clerc.
Ces dernières planches font également partie de la collection de la calcographie où elles sont
inscrites à juste titre sous le nom de Bailly 3. Mais ce n'est que dans les exemplaires anciens qu'on
retrouve au bas des sujets les vers que Perrault, Chapelain, Cassagne et Charpentier avaient été
chargés de composer à la louange du Roi. Le nom de Félibien doit être aussi associé à cette œuvre
complexe. L'historiographe des bâtiments royaux eut la mission de composer la préface de l'ouvrage
et le commentaire en prose placé en tête de chaque partie. Si sa signature ne se trouve pas au bas
des morceaux qui lui appartiennent, nous avons une preuve certaine de sa collaboration par un livre
publié en 1689 et qui porte ce titre : Recueil de descriptions de peintures et d'autres ouvrages faits pour
le Roi (à Paris, chez la veuve de Sébastien Mabre Cramoisy, 1689, in-12). Le nom d'André Félibien,
il est vrai, ne figure pas au titre, mais le privilège placé à la fin du volume constate formellement
que toutes les pièces qu'il renferme sont dues à la plume officielle de l'historiographe. Or, dans ce
volume, se trouvent reproduits les commentaires qui accompagnent les gravures de Le Clerc. L'auteur
a même ajouté à son texte primitif une description détaillée des devises imaginées par Bailly, sans le
nommer jamais, avec les vers qui accompagnent chaque devise, suivis du nom du poëte.

Si nous entrons dans tous ces détails, qui peuvent paraître au premier abord étrangers à notre
sujet, c'est pour faire mieux comprendre l'importance qu'on a attachée à ces suites de tapisseries
auxquelles le nom de Bailly se trouve indirectement associé. Dans un des plus récents numéros de
r'Intermédiaire 4, le savant administrateur de la manufacture des Gobelins nous apprend que la suite
des Éléments a été recopiée jusqu'à six fois, tant en haute qu'en basse lisse dans le xvn" siècle

j. Hubert Robert l'avait remplacé comme garde titulaire.

2. Nos 853 à 860 du catalogue delà calcographie.

3. N0' 2123 à 215:8 du catalogue.

4. N° 163, 2J février 1875.
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