L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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JACQUES BAILLY. 195

seulement. Il pense même qu'elle fut encore reproduite dans le siècle suivant et qu'on la fit exécuter
à Aubusson et dans les Flandres. Il signale plusieurs pièces dépareillées appartenant à cette suite qui
se trouvent à Paris et à l'étranger, notamment au Mobilier national et dans la salle des thèses à
l'École de médecine. Nous ne nous appesantirons pas plus longtemps sur ces tapisseries; leur
importance nous est d'ailleurs démontrée par un autre témoignage auquel nous devons maintenant
nous arrêter quelques instants.

Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale possède un fort beau volume sur
vélin1 qui paraît être l'original des compositions reproduites par Sébastien Le Clerc. Huit grandes
peintures à la gouache sur papier, occupant toute la largeur du livre ouvert, représentent les quatre
Éléments et les quatre Saisons, tels que nous les connaissons par les gravures, avec leurs riches encadre-
ments de fruits, de fleurs et d'attributs analogues au sujet. Ces grandes peintures ne portent pas de
signature ; leur exécution un peu lourde nous empêche de les attribuer à Bailly, car nous avons tout à
côté des œuvres authentiques, signées, d'une délicatesse et d'une richesse de ton bien supérieures.
Sauf ces huit pages doubles, en papier, consacrées à la reproduction des tapisseries, le volume est
formé de feuillets de peau vélin couverts de peintures d'une finesse et d'une fraîcheur exquises. Toutes
ne sont pas signées ; mais la plupart portent la mention J. Bailly pinx. Il y a une telle ressemblance
entre toutes ces peintures qu'il est impossible d'y voir la main de plusieurs artistes. Comme nous avons
quatre devises à la suite de chaque Elément et de chaque Saison, un frontispice en tête du volume, et
enfin un titre particulier pour chacune des deux séries, nous trouvons là réunies trente-cinq peintures
originales parfaitement conservées de notre miniaturiste.

Le frontispice porte ce titre en lettres d'or sur un fond de marbre : « Devises pour les tapisseries du
Roy où-sont représente^ les quatre Elémcns et les quatre Saisons de l'année. » Ce titre seul n'indique-t-il pas
que l'œuvre de Bailly a ici le rôle important et que les reproductions des tapisseries n'en sont en
quelque sorte que l'accessoire obligé ? — Ce frontispice nous donne un renseignement précieux, la date
de l'exécution; il est signé : J. Bailly pinx. 1668. Le volume gravé par Le Clerc porte, lui aussi, une
date : 1679; il n'a donc été terminé que onze ans après l'exécution du manuscrit.

Si l'on veut avoir une idée de la manière ingénieuse et galante dont notre artiste savait tourner
l'allégorie, nous allons essayer de décrire une de ces devises, avec son accompagnement obligé d'in-
scription latine et de poésie. Il s'agit d'exalter la Bonté du Roi à propos de l'Élément de l'Eau. L'artiste
représente dans un encadrement de roseaux soutenu par trois énormes grenouilles fantastiques un large
fleuve arrosant une vallée. Si la métaphore vous paraît obscure, lisez l'inscription latine placée sur une
espèce de potence en bois qui surmonte le cercle de roseaux. Elle est ainsi conçue : Facit omnia lœta.
La comparaison de Louis XIV et d'un fleuve ne vous semble-t-elle pas encore suffisamment claire? Les
vers de-l'académicien Perrault, inscrits au bas de la page, nous en apprendront peut-être davantage.
Les voici :

Loin de moy tout périt} tout languit de faiblesse
Et sèche de tristesse.
Faute de mon secours.
Près de moy tout fleurit} tout profite et s'avance ;
Et l on me voit porter la joie et l'abondance
Partout où je porte mon cours.

Préférez-vous, pour plus de clarté, la prose à ce pathos vide et redondant? Voici la glose que le
docte Félibien a placée en tête de la planche : Les grands fleuves portent Vabondance et la fertilité
partout où ils passent ; de mesme les bons princes tels que Sa Majesté font le bonheur et la richesse des peuples
qui leur obéissent. Thomas Diafoirus n'eût pas mieux dit. Et songez qu'il y a trente-deux devises, trente -
deux pièces de vers, trente-deux commentaires de cette force !

Toutefois ne rendons pas Bailly responsable des ridicules de son temps. Si le sujet insipide et
monotone qui lui est imposé nous fait sourire, il faut convenir que toute la partie qui relève de l'artiste
a droit à la plus sincère admiration. Faites abstraction du sujet, ne vous occupez que de la composition

1. Ce volume de format in-40, porte le n° 7819 du fonds français. Il est placé dans la Réserve.
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