L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

pas seulement pour ce dernier du « respect », mais une vive admiration, et mes lecteurs savent que
je ne laisse point échapper une occasion d'en témoigner.

Quant à respecter ce qui n'est point respectable, — je parle des œuvres et non des hommes, —
ce qui est profondément mauvais et excessivement nuisible, c'est en vain qu'on espérerait m'y amener.
Libre à chacun de s'incliner devant les castrats de l'intelligence, j'ai le droit de préférer et de ne me
découvrir que devant les hommes qui produisent des œuvres sérieuses.

Y aurait-il d'ailleurs lâcheté plus grande que de ménager ceux qui sont impuissants à instruire
d'une façon virile notre jeunesse artistique, et de dire sans détours la vérité à des hommes d'une bien
autre valeur, à M. Carolus Duran, par exemple J? J'ai en trop haute estime Ta dignité professorale
pour ne pas la tenir pour insultée par la création en sa faveur d'un privilège d'inviolabilité et d'éloges
mensongers.

A ce compte l'Art ne tarderait pas à passer pour une officine d'encensement de commande, et
ceux qui y auraient été une fois loués regarderaient comme un droit de l'être toujours, et je ne pour-
rais aujourd'hui m'exprimer hautement sur MM. Auguste Lançon, Pierre Gavarni et Le Goaësbe de
Bellée, parce que cette revue s'est honorée en s'efforçant de les mettre en lumière, comme nous avons
à cœur de le faire pour tous les jeunes talents ignorés ou peu connus.

Il n'en sera certes pas ainsi, et, précisément parce que j'ai foi en l'avenir de ces trois artistes, je
tiens d'autant plus à leur dire par où ils pèchent. Les trois paysages de M. de Bellée : — Les Piliers
du Scome'e, à Belle-Ile-en-Mer, Chaumière sur la lisière d'une foret et Un Hameau (n° 134 à 136), — con-
firment ses remarquables qualités de dessinateur : il a du goût et il compose bien ; mais sa peinture est
mince, très-mince, sèche et dure, et d'une couleur sans vibration ; puis je n'aime pas à voir les jeunes
gens peindre des hivers, cela se fait la plupart du temps avec des ficelles qui courent les ateliers, et cela
donne l'illusion de la réussite au lieu de la réalité.

M. Pierre Gavarni a exposé une toile importante et deux aquarelles (n0s 2318 et 2,319) : Rendez-
vous, élégante réunion d'amazones, de cavaliers et d'équipages, a tout le charme, toute la distinction,
toutes les qualités qui ont fait le grand succès de ses aquarelles de l'an dernier; il y a toutefois une
tendance à tomber dans les tons de vieilles tapisseries contre laquelle j'engage M. Gavarni à se mettre
en garde.

Rustiques. — De robustes chevaux attelés à une charrette et fouettés par des paysans, — c'est là
une note qui détonne et qui ne me va guère5 je ne parle pas d'un des chevaux qui n'est pas en équi-
libre, négligence que quelques coups de pinceau feront disparaître; non, c'est le sujet qui ne répond
pas du tout à ce talent si fin, tout énamouré des plus mondaines élégances parisiennes.

La toile envoyée par l'artiste sous ce simple titre Etude, a été baptisée Le Repos, — (n° 884) — par
le rédacteur du catalogue; — de quel droit? — Etude indiquait ce qu'avait voulu faire M. Gavarni : —
s'essayer à une étude de nu et rien de phis; — Le Repos annonce au contraire des pi-étentions au tableau
qui n'ont jamais existé. Ceci n'est pas dit pour absoudre l'auteur d'avoir exposé cette erreur, — car c'en
est une absolue que ce pastiche à l'air vieillot des Vénus couchées du Titien; je ne retrouve le jeune
artiste dont le talent est si sympathique que dans la suivante qui relève un pan de draperie.

M. Auguste Lançon, — allez à la section de la gravure et vous ne vous lasserez pas d'admirer ses
vingt eaux-fortes2 dont quelques-unes ont été publiées par l'Art, dont plusieurs autres ne tarderont
sans doute pas à y paraître. Si vous tenez à voir ensuite deux mauvais tableaux, deux tableaux exé-
crables, dois-je dire pour les qualifier comme le fait justement sa modestie, étudiez sa Lionne terrassant
un nègre (n° 1216) et Les EchappJs de Sedan; route de Mou\on, le 1" septembre i8jo, le soir (n° 1215).
Nous avons publié un dessin de l'auteur d'après cette vaste composition3, afin qu'on pût jugar à quel
point elle est vraie, bien entendue, bien établie; mais tous les mérites de M. Lançon dans ces deux
ouvrages disparaissent aux yeux de quiconque les voit en peinture; ils sont en effet complètement
enterrés sous le plus abominable coloris que vous puissiez rêver. J'en avais jugé ainsi dans l'atelier,
mais on était à la veille du délai fatal pour les envois, et le vaillant artiste en était arrivé à cette période

1.

2.

Voir tome II,page 1J4.
Voir tome I, pages 80 et 84.
Voir tome II, page 184.
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