L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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226 L'ART.

d'assister à sa création du Prophète, tous vous diront que Pauline Garcia, la grande artiste, dans ce
rôle de Fidès si peu favorable aux grâces féminines, trouvait le secret d'être plus que belle. Il n'y alà ni
exagération, ni flatterie, c'est un fait qui appartient à l'histoire de l'art et il en a été ainsi toutes les
fois que Mme Viardot s'est chargée d'interpréter une œuvre de génie.

En quoi l'œuvre de M. Harlamoff laisse-t-elle soupçonner seulement cette magnifique organisation
d'élite? L'attention, attirée par l'habileté vraiment remarquable de la cuisine picturale, s'arrête sur la
profusion des bijoux russes dont le chatoiement atteint les dernières limites du trompe-l'oeil, bien plus
qu'elle ne songe à se fixer sur la tête où elle chercherait en vain ce rayonnement intellectuel qui tient
sous le charme tous ceux qui ont l'honneur d'approcher Mme Viardot.

Le portrait du digne vétéran delà critique artistique vaut certes mieux, mais c'est encore toujours
là l'homme matériel bien plus que l'homme d'esprit.

Bref, M. Harlamoff, dont le dessin se livre à plus d'un écart, — voir les bras et les mains, —
possède une brosse robuste mise au service d'une coloration d'une certaine harmonie composée d'une
gamme à base brique et roussâtre ; cela n'est pas bien distingué, c'est même assez lourd, mais on a
affaire à un homme jeune que l'on dit travailleur et qui a entre les mains les éléments d'un brillant
avenir.

M. Delaunay me met de très-mauvaise humeur; le voilà fort inférieur à Fan dernier! Son portrait
d'homme (n° 622) est pénible; sa virile Mmc T... (n° 620) aggrave une allure peu sympathique par de
sérieuses hérésies de dessin qui passent toute mesure dans l'interprétation florentine de Mrae Galli-
Marié (n° 621), et cependant ce peintre si bien doué était incapable de produire une œuvre vulgaire
en présence de cette jeune femme qui a le diable au corps et semble dévorée du feu sacré. Il l'a
dessinée à la diable, rien de plus vrai, et néanmoins cela vous a tout plein de tournure, et il n'y a pas
à dire nenni, vous vous sentez empoigné, quitte à en enrager comme votre serviteur. Décidément si
les deux autres portraits sont de gros péchés capitaux, celui-ci est tout au plus un péché véniel.

Le Général Billot (n° 805), de M. Feyen-Perrin, est d'une grande ressemblance, mais le fond a le
tort grave de prêter par trop à la discussion ; j'ai entendu prétendre qu'il s'agit des bords de la mer,
d'autres soutiennent que l'artiste a voulu peindre de la neige, je suis de ces derniers.

M. François Flameng, le fils de l'éminent graveur, est un tout jeune homme qui s'affirme à la
fois comme portraitiste et comme peintre de genre ; les deux prétentions sont légitimement fondées ;
Mme de M... (n° 813) se charge de nous rallier à la première; quant à la seconde, mieux justifiée
encore, — grâce à l'aimable attention que l'on a eue de jucher le plus haut possible l'importante toile :
Un Lutrin (n° 814), —les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des visiteurs ne se doutent même pas que
le Salon de 1875 révélait un coloriste d'autant de puissance que de distinction. Nous ne sommes certes
pas en présence d'une œuvre irréprochable ; la composition absente ou peu s'en faut, tant elle est
divisée, suffit à démontrer l'inexpérience de la jeunesse, un beau défaut celui-là, et dont on se corrige
vite quand on est aussi bien organisé.

L'éclat de la couleur, sa justesse, ses modulations harmonieuses sont tels, que de ce côté il est
difficile d'être plus brillamment doué. Les attitudes, l'expression de chaque tète indiquent de leur côté
de l'esprit d'observation. Il y a donc là un ensemble de si belles promesses qu'on ne saurait trop encou-
rager un pareil début; il faut que M. François Flameng continue à travailler ardemment; son dessin,
l'anatomie, les lois de la composition doivent surtout être l'objet de ses sévères études, et il ne tardera
pas à occuper aux yeux de tous une des premières places parmi les artistes de sa génération et à
illustrer une seconde fois le nom qu'il porte.

M. Giacomotti maintient sa légitime réputation *. Il en est de même de M. Liévin de Winne, un
portraitiste belge dont le Salon de Paris a depuis longtemps consacré le talent2. Les trois envois de
son compatriote, M. Lambrichs, méritent aussi d'être signalés bien que leur facture soit un peu
lourde

Je regrette fort de ne pouvoir adresser à MIIes Nélie Jacquemart et Cécile Ferrère les compliments

1. Portraits de M"" G. Z... (n° 907) et de Mml G. F... (n° 908).

2. Portraits de S. A. le prince d'Arenberg (11° 1994), de M. A. S... (n° 1995) et de M"" R. J...

3. Portraits de M"' M. P... (n° 1209), de M11' A. V... (n° 1210) et de M. F. B... (n° 1211).
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