L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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CHRONIQUE

Angleterre. — M. Ruskin, l'émincnt esthéticien qui fut,
il y a déjà longtemps, la plume du préraphaélisme, fait sa ren-
trée dans la critique militante après un silence de quinze années.
C'est là un véritable événement que la presse anglaise salue avec
joie, et dont l'exposition de la Royal Acadcmy a été l'occasion :
« Notes sur quelques-unes des principales peintures exposées
dans les salles de la Royal Academy, » tel est le titre de l'opus-
cule de rentrée de M. Ruskin. « Pendant les quinze années qu'a
duré sa retraite, dit VArchitect, le nombre des critiques de
profession s'est considérablement accru, mais il faut bien avouer
que dans la multitude de leurs appréciations l'on cherche vaine-
ment cette force de pénétration qui se retrouvait à chaque page
des anciennes « Notes » et qui s'emparait si vigoureusemenc des
qualités et des défauts d'un tableau. Qu'on accepte ou non les
conclusions de l'écrivain, c'est un plaisir d'être appelé à lire une
fois de plus des jugements fondés sur des principes, et qui ne se
bornent pas à l'expression du désappointement ou de la satisfac-
tion, résultat d'un coup d'ceil rapide jeté sur une œuvre par des
gens complètement incapables de dessiner ou de peindre la plus
simple forme. » M. Ruskin déclare qu'il n'a pas l'intention de
renouveler régulièrement ses « Notes, » mais on espère qu'il n'y
aura plus d'interruption dans leur publication.

— Une exposition de dessins et de gravures modernes (Exhi-
bition of ivorks in black and white) est ouverte à Londres dans la ■
Dudley Gallery. Elle comprend plus de 500 numéros, parmi
lesquels plusieurs envois d'artistes français, notamment MM. Le-
gros, Mongin, Rajon, Flameng, Bida, Détaille, Du Mau-
rier, J. Jacquemart, Lalanne, A. de Neuville, C. Waltner et
M"« G. Niel.

— Le 10 juin, à la Société pour l'encouragement des Beaux-
Arts, N. Thomas Gilks a donné une conférence dont le Printing
Times publie une courte analyse. Le conférencier avait choisi
pour sujet la gravure sur bois à l'époque actuelle et les illustra-
tions de sir John Gilbert. Le mois dernier il donnait une confé-
rence dont celle-ci est le complément et qui portait sur Bewick et
la renaissance de la gravure sur bois. Le passage le plus piquant
de la conférence du 10 juin a été une comparaison entre Sir John
Gilbert, qu'on appelle en Angleterre le Doré anglais, et Gustave
Doré, qu'on appelle — toujours en Angleterre —le Gilbert fran-
çais.

— Le South Kensington Muséum a fait récemment l'acqui-
sition d'un grand bronze japonais, un aigle de mer, œuvre d'un
artiste'célèbre du xvr siècle, nommé Myôchin Munéharu, celui
dont on a dit (au Japon) : « Jamais il n'y eut sous le ciel ciseleur
comparable à Myôchin Munéharu. » Peut-être y a-t-il là, dit
l Athenœum} un peu d'exagération, mais on se rend compte de
cet enthousiasme, on est bien près de le partager, en admirant
l'élan de cette statue d'oiseau de proie prêt à prendre son vol du
haut d'un rocher. L'exécution est très-travaillée, très-soignée,
mais sans minutie ; elle est remarquable par une certaine largeur
de style, — et un sentiment fin des différentes espèces, formes et
tissus des plumes de l'oiseau.

— Un comité s'est formé à Londres sous la présidence de
M. B.-W. Richardson, pour acheter au célèbre dessinateur et
caricaturiste, Georges Cruikshank, la collection de ses gravures
au prix de 3,000 livres sterling, et en faire don à un musée
public. C'est une façon d'offrir à l'artiste un don national sans
froisser sa légitime susceptibilité, car il s'est toujours refusé à
tout hommage qui eût pu avoir le caractère d'une récompense
pécuniaire. La somme qu'on lui offre de son œuvre n'est pas
trop élevée, si l'on tient compte du prix qu'atteignent aujourd'hui
ses dessins, et de l'importance de la collection comprenant plus
de i, 100 pièces (peintures, aquarelles et eaux-fortes, épreuves
d'artistes) produites depuis 1799 jusqu'en 1875. George Cruik-
shank est l'un des phénomènes les plus extraordinaires de longévité
en de fécondité artistique. Malgré son grand âge (plus de quatre-

ÉTRANGÈRE

30 juin 1875.

vingts ans) il manie encore avec beaucoup de vigueur le crayon
et la pointe. Parmi ses dessins qui reproduisent avec une exacti-
tude presque photographique les événements et les scènes de tout
genre dont il a été le témoin durant sa longue carrière, il en est
un grand nombre qui offrent un intérêt historique incontestable,
notamment les Funérailles de Nelson, 1805 ; VArrestation de su
Francis Burdett. 1810; la Conspiration de Cato street; 1820; et
des Vues de Londres au commencement du siècle. Nous n'en fini-
rions pas si nous voulions énumérer tous les sujets qui ont excité
la verve inépuisable de l'artiste. Citons seulement avec l'Architect
les croquis humoristiques que lui ont inspirés les absurdités du
costume anglais à partir de 1805. On compte que les souscrip-
teurs répondront en grand nombre à l'appel du Comité.

Chili. — Le Comité de l'Exposition internationale de 1875
annonce qu'une médaille de ire classe et une somme de 250 pesos
sont destinées à la meilleure peinture exposée par un étranger ;
indépendamment de la médaille, la somme sera doublée pour la
meilleure sculpture étrangère.

Italie. — Voici, d'après le Giornale di Roma, quelques
détails sur les principaux résultats des dernières fouilles romaines.
On a trouvé notamment, tout près de la station du chemin de
fer, quatre colonnes grises cannelées, de 3 mètres de haut ; —
derrière l'église de Saint-Eusèbe, au pied d'un mur orné de
grandes niches, deux statues de femme, malheureusement déca-
pitées, mais admirablement drapées, d'un bon travail et de
dimensions presque colossales; tout à côté une tête de Minerve
à casque. — Dans les jardins de Vezius Agorius Prestabus, qui
occupaient l'emplacement actuel entre la place Manfredo Fanti et
la station, trois piédestaux bruts, près desquels deux statues en
marbre, chacune de im,2o de haut; la première représente une
jeune fille vêtue d'une tunique légère ; son attitude exprime
l'étonnement ; la seconde est celle d'un pâtre courbé par l'âge,
vêtu de peaux de chien et de mouton, et portant un agneau sous
le bras ; — à la place Manfredo Fanti, au revers d'un mur déjà
découvert depuis l'année passée, de petites tuiles (latercolï) et des
briques gravées, sur lesquelles on a déchiffré au delà de soixante
inscriptions plus ou moins complètes; ce sont des tablettes votives
de soldats prétoriens des contrées du bas Danube, contenant des
appels aux divinités demi-barbares, pour leur propre bien ou
pour celui de la dynastie impériale régnante ; — plusieurs urnes
funéraires d'un beau travail italo-grec; les unes couvertes d'un
vernis noir à la colle, les autres avec des ornements rouges et des
figures sur fond noir, d'autres encore avec ornements violets sur
fond jaune; trois vases de terre qui méritent une mention spéciale
parce qu'ils appartiennent à l'espèce qu'on a trouvée enfouie dans
les montagnes albanaises, sous des éruptions volcaniques ; —
enfin un bain en marbre pentélique en forme de coupe; une chi-
mère ailée, les cheveux épais entortillés autour du cou, en forme
le pied; la partie supérieure, plus large, est cannelée et ornée de
bas-reliefs gracieux représentant le culte de Bacchus; elle res-
semble à une corne d'abondance. L'œuvre entière repose sur un
buisson de plantes aquatiques à feuillage. Au pied, le nom de
l'artiste grec qui l'a exécutée.

— On mande de Naples, à la date du 15, qu'on a fait à
Pompéi des fouilles très-fructueuses en présence de la reine
douairière de Suède.

Pays-Bas. — Dans sa dernière livraison, la Kunstkronijk de
Leyde publie un article de M. C. Vosmaer sur Corot.

— Le ministre de l'Intérieur a demandé à trois architectes,
M. Cuypers d'Amsterdam, M. Vogel de La Haye, et M. Eberson
d'Arnhem, de lui présenter chacun un plan pour la construction
du nouveau Musée royal d'Amsterdam. Entre ces trois plans, le
ministre fera son choix. On sait que le nouveau Musée est des-
tiné à remplacer le local actuel, tout à fait insuffisant, du Trip?
penhuis. L'emplacement désigné est situé près de la porte de
Wetering, au sud de la ville.
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