L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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FÊTES DU CENTENAIRE DE BOIELDIEU.

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Dès que j'ai été appelé à la direction des Beaux-Arts, je me
suis efforcé de faire ce que je vous propose ici, c'est-à-dire
d'appliquer les fonds de mon administration et le talent des ar-
tistes à des œuvres patriotiques et historiques. Deux ministres
de la confiance desquels je m'honorerai toujours, M. de Fourtou
et M. de Cumont, ont bien voulu approuver mes efforts en ce
sens, et j'ai obtenu d'eux qu'ils contribuassent à compléter par
les figurines des premiers ducs de notre Normandie le monument
de Guillaume le Conquérant, à Falaise; que les statues de Tan-
crède de Hauteville et de ses fils, qui décoraient jadis la cathé-
drale de Coutances et avaient été abattues au dernier siècle,
fussent refaites et reprissent leur place traditionnelle ; j'ai pu
obtenir, enfin, que les marbres nécessaires au monument que
l'on projetait à Bayeux pour M. de Caumont fussent accordés
à la commission qui avait pris l'initiative de son monument.

Tout cela, messieurs, c'est bien peu, je le sais, et je n'ai
prétendu donner là qu'une indication de la voie qui me semblait
utile à suivre. Les personnages de renommée contemporaine ou
quasi contemporaine, on peut laisser à l'enthousiasme de leurs
concitoyens le soin d'honorer leur mémoire par une statue ou un
buste ; mais il est dans les âges lointains des illustrations plus
considérables peut-être, oubliées aujourd'hui du vulgaire, et
dont il vous appartiendrait de raviver la mémoire, la reconnais-
sance et le respect dans l'esprit des multitudes qui les ignorent
et sans vous peuvent les ignorer toujours. Il est tel de nos ducs,
le premier de tous, par exemple, notre Rollon, — tel de nos hé-
roïques aventuriers de terre et de mer qui ont porté au bout du
monde la gloire du nom normand, tel de nos grands saints qui
furent les plus grands des hommes parce qu'ils en furent les
plus dévoués à l'humanité, auquel il vous semblera profondément
injuste de refuser le monument accordé à des services moindres,
mais plus modernes. N'est-ce pas à vous, messieurs, qu'il revient
de signaler cette ingratitude et de dresser l'une,deces informations
solennelles dont use l'Eglise pour préparer la canonisation de ses
bienheureux ; puis, l'information terminée, de prendre résolument
en main la conduite du monument qu'elle aura démontré bien
acquis }

Messieurs, ce monument à M. de Caumont, à l'incomparable
et infatigable boute-en-train de l'archéologie et de la science dans
nos provinces, ce monument dont le modèle existe déjà dans
l'atelier de son fidèle ami, M. Leharivel, et que nous pouvons
compter voir inaugurer à Bayeux avant la fin de l'année pro-
chaine, me fait penser à une entreprise dont on peut dire qu'il
semble avoir fourni le premier cadre dans ses statistiques monu-
mentales de nos départements. C'est à l'un des congrès scienti-
fiques provoqués par lui à Paris en 1856 qu'en fut émise la pre-
mière idée ; je veux parler de l'inventaire général des richesses

d'art de la France, projet approuvé l'an passé par M. de Four-
tou, et pour lequel nous avons déjà, grâce à Dieu, d'immenses
matériaux amassés. J'ai le désir et le besoin d'intéresser la Société
des antiquaires de Normandie, comme toutes les Sociétés savantes
des départements, à cet immense travail. Je réclame instamment,
. messieurs, votre aide à tous ; il y a là un but à vos notes et à
vos recherches, chacun chez vous, chacun à votre porte : vos
églises, vos musées, vos hôtels de ville, vos bibliothèques, sont
autant de dépôts d'œuvres d'art, dont la description simple et
consciencieuse sera l'un des chapitres du livre le mieux fait pour
honorer la France aux yeux des étrangers et de ses propres
enfants. La direction des Beaux-Arts vous sera profondément
reconnaissante, messieurs, de la part que vous voudrez bien
apporter à cette œuvre, soit comme corporation, soit comme
travail individuel. Il y a là, ce me semble, une tâche digne de
votre érudition et qui peut résumer en un monument unique et
gigantesque le résultat des recherches poursuivies depuis cinquante
ans par tous les archéologues et tous les curieux qui composent
la féconde et généreuse armée des sociétés savantes de France.

Publier les premiers volumes de cet inventaire, c'est-à-dire
assurer le souvenir des arts du passé, puis préparer avec l'aide de
mon collègue, le directeur de l'enseignement primaire, l'organisa-
tion du dessin dans les écoles de l'enfance, c'est-à-dire assurer les
premières bases des arts de l'avenir, c'est là, désormais, je vo.is
l'avouerai, messieurs, ma grande ambition, toute mon ambition, ec
vous voyez qu'elle n'est pas mince. Je sais que le temps ne paraît
pas propice aux entreprises de long cours; mais est-ce une raison
de n'aimer point assez son pays pour ne pas le servir ardemment
dans ce qu'on croit juste et profitable? Si notre pays, notre
pauvre et cher pays, est plus troublé que jamais par le tourbil-
lonnement des idées contraires, n'est-ce pas le moment de le
raffermir de toutes nos forces par le travail salutaire et par l'ac-
tion? Agissons, agissons, messieurs, et ne nous décourageons
pas. La Normandie, terre de sapience, c'est-à-dire à la fois de
science et de sagesse, n'a jamais été favorable aux rêves malsains
et énervants. L'histoire, messieurs, qui est votre domaine, est
la grande école du bon sens pour les nations, et le bon sens nor-
mand ne connaît pas de rival. Le bon sens de notre race, qui a
brillé ici même par une si indomptable modération dans les
époques néfastes, en avait fait jadis le guide et l'avant-garde de
la France dans les chemins glorieux de la civilisation universelle ;
gardons précieusement cette double vertu : c'est par le bon sens
et par l'action que les peuples abattus se relèvent. Si notre pro-
vince pouvait jamais l'oublier, la Société de ses antiquaires serait
là pour lui rappeler que son ancienne devise était : Dieu aide,
ce qui en langage chrétien voulait dire et voudra toujours dire :
En avant!

FETES DU CENTENAIRE DE BOIELDIEU

(Correspondance particulière de l'Art1.)

Rouen, 21 juin 187J.

Elles sont terminées depuis plusieurs jours ces belles, intelli- I l'anniversaire de Haendel, de celles dont Bonn fut le théâtre, en
genres et nobles fêtes, consacrées à la mémoire d'un artiste glorieux, 1845, lorsqu'il s'agit d'inaugurer le monument élevé à la mémoire
et la France, entrée à ce sujet dans une voie nouvelle où depuis de Beethoven, de celles enfin qui, du vivant même de Rossini,
longtemps d'autres pays l'avaient devancée, peut dire qu'elle sait j en 1864, attirèrent toute l'Italie artistique à Pesaro, ville natale
maintenant comment on honore le souvenir d'"un grand musicien. ! du maître, lors de l'érection de la statue que venaient de lui éle-
Ce que Dijon n'avait pas pu faire il y a dix ans, malgré l'initia- I ver ses compatriotes. Nous ne savons encore comment le théâtre
tive et les efforts d'un homme convaincu, M. Charles Poisot, en de l'Opéra-Comique, dont Boieldieu a fait pendant tant d'années
l'honneur de Rameau, qui méritait bien, lui aussi, d'être l'objet la fortune, entend célébrer à sa véritable date, le 16 décembre
d'une grande manifestation nationale, Rouen l'a réalisé à souhait j prochain, le centième anniversaire de sa naissance ; mais ce dont

cette année, et tout nous fait espérer que le centenaire de Boiel-
dieu ne restera pas un fait isolé en ce genre. En tout état de
cause, les fêtes célébrées à Rouen, en 1875, ne sont nullement
au-dessous de celles qui eurent lieu à Londres, en 1787, pour

nous sommes sûr aujourd'hui, c'est que la ville de Rouen a
rendu dignement l'hommage qu'elle devait à l'un de ses enfants
les plus illustres.

Il est bien entendu qu'en faisant ici le compte rendu som-

1. Voir tome II, page 190.
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