L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

musique jusqu'à ce travail insignifianc d'ébénisterie et de quin-
caillerie qui s'appelle le piano. Là aussi, tout est retardataire, en
même temps que peu désintéressé. L'éditeur s'obstine à employer
les gothiques procédés de gravure qui semblent l'autoriser à
débiter à environ un franc la page ce que les nouveaux moyens
typographiques le forceraient de donner à un sou la feuille ; le
bénéfice ainsi réalisé se décuple, pour le moins, par la persévé-
rance de ce même éditeur à n'exploiter que les auteurs classiques,
dont la misère d'antan n'a plus besoin d'être secourue et par sa
timidité vis-à-vis des modernes, avec lesquels il ne communie
volontiers qu'aux cas pressants de succès de vogue dans les
théâtres d'opérette ou dans les pensions de demoiselles. Sur ce
terrain, les résistances contre les musiciens d'avenir ou de l'avenir
s'expliquent le plus souvent par le souci d'écouler au prix fort le
stock des compositeurs consacrés. Ce chapitre serait trop long et
nous ne voulons pas moduler ici la tant plaintive élégie des parti-
tions qui jaunissent en portefeuille.

L'histoire nous objectera que d'aucuns se laissent parfois
devenir doucement millionnaires à ce somnolent métier. Nous
resterions atterré sous cet argument si l'on ne pouvait y opposer
que des considérants artistiques, mais il nous semble réfutable,
même au point de vue commercial. On gagnerait bien plus sur la
quantité si l'on subvenait par les ressources de l'industrie actuelle
à tout ce qui manque dans la bibliothèque musicale des artistes
et des étudiants. Les partitions d'orchestre surtout sont d'une
rareté singulière. Les ouvrages du répertoire, les drames lyriques
de Meyerbeer, de Rossini, de Verdi, de Gounod, de Berlioz, de
Wagner, d'Halévy, d'Ambroise Thomas, forment d'énormes
volumes dont le prix est en rapport avec la cherté de la gravure
sur acier et les droits d'exploitation de l'éditeur. Dans Tordre
classique même, c'est généralement par des réductions au piano
qu'il faut analyser les modèles les plus intéressants et le jeune
musicien qui veut prendre ces ouvrages pour exemple, après les
avoir entendus au théâtre et au concert, ne se rend pas suffisam-
ment compte de la simplicité des moyens à l'aide desquels les
grands compositeurs produisent leurs magistrales sonorités. Une
autre pénurie non moins fâcheuse est celle des livres d'enseigne-
ment, traités d'harmonie, de composition, de fugue, d'orchestra-
tion dont la plupart ont été jusqu'ici tirés sur planches métal-
liques, sous prétexte des exemples intercalés dans le texte, ce qui
peut se comparer à des cours de physique et de chimie, qu'on
graverait tout entiers sur bois, en raison des figures.

Nous n'avons pas besoin, croyons-nous, d'en dire davantage
pour justifier les tentatives de réforme que nous allons nous per-
mettre de signaler.

Les éditions Peters et Littolf, de Berlin et de Leipzig, sont
déjà célèbres et courent l'univers musical; on les vend aujour-
d'hui jusque sous les classiques galeries de l'Odéon. Ces deux
collections réalisent ce progrès, la musique imprimée devenue un

article de librairie ; elles renferment des ouvrages de longue
haleine en volumes compactes, élégamment brochés, qui se vendent
au taux des livres ordinaires.

Les commerçants qui voudraient introduire le même perfec-
tionnement en France auraient, jusqu'à nouvel ordre, à compter
plus que ceux d'outre-Rhin avec l'impôt sur le papier et ne pour-
raient pas profiter d'autant de procédés typographiques spéciaux,
mais leur entreprise, conduite sérieusement, n'en joindrait pas
moins au mérite de l'audace la perspective de pouvoir devenir
fructueuse.

Nous avons eu pour premier essai, je crois, les petites éditions
bijoux de la maison Leduc; c'étaient des réductions plus ou moins
exactes au piano des opéras les plus connus du domaine public;
cela ne s'adressait qu'aux amateurs.

On a vu depuis, chez M. Félix Mackar, du passage des
Panoramas, un recueil intitulé : La musique pour tous ou archives
du piano (toujours!), éditions de poche à 50 centimes le volume.
Les archives se composent naturellement des plus vénérables
pages du classique, mais on y trouve une ou peut-être deux
œuvres du temps présent, c'est déjà du courage. On retiendra
surtout de l'expérience de M. Mackar que ses éditions véritable-
ment de poche et plus que minuscules sont pourtant fort lisibles et
pourraient convenir aux partitions d'orchestre donc il faut, comme
on sait, lire l'ensemble de chaque page d'un seul coup d'œil.

Mais ceux des éditeurs qui ont suivi le moins timidement la
voie ouverte par les Peters et les Littolf, ce sont, nous semble-
t-il, MM. Jhelmer et Cie, du boulevard Poissonnière, lesquels,
indépendamment de leur Bibliothèque universelle du pianiste de
rigueur, se sont mis à publier des ouvrages pour divers instru-
ments. Le format qu'ils ont adopté n'est ni microscopique ni
démesuré et rappelle celui des petites partitions piano et chant
qu'on devrait bien enfin adopter sans exception.

On vient de voir à quelles conditions le genre de progrès que
nous indiquons pourrait s'imposer et devenir la règle. Les jeunes
artistes, dont les conceptions symphoniques s'oublient après une
ou deux auditions de concert, et qui ne se font connaître en
dehors de leur cercle d'admirateurs intimes que par quelques
mélodies ou quelques morceaux de piano, devraient les premiers,
et en dépit de la tradition, rechercher la publicité que le com-
merce ainsi transformé pourrait leur procurer plus largement.
Quant aux éditeurs, je le répète, ils ne perdraient rien à recourir
au fameux principe : « Vendre bon marché pour vendre beau-
coup, » et à faire de leur négoce l'annexe de la librairie ; leur
clientèle se multiplierait à l'infini le jour où il lui serait possible
d'acquérir une bibliothèque musicale au lieu d'en être réduite,
comme maintenant, dans toute la province et même à Paris, à
ressasser, par voie d'abonnement, le fonds de magasin graisseux
! et démodé des marchands de musique.

LOUIS MULLJSM.

LA CALCOGRAPHIE DU LOUVRE

Nos lecteurs se rappellent que nous avons demandé que l'on
s'occupât de tirer la Calcographie du Louvre de l'oubli auquel
elle semble condamnée depuis plusieurs années1. M. Reisct, dont
l'intelligente direction est décidément entrée dans la voie des
améliorations, s'est inquiété de la même question. Nous appre-
nons qu'il va faire ouvrir prochainement au public deux salles
situées au rez-de-chaussée de la cour du Louvre, dans lesquelles
seront exposées les plus belles gravures du dépôt de la calcogra-
phie. Cet établissement contient plus de 6,000 planches gravées
dont les tirages rapportent annuellement à l'État une somme de
30,000 francs. Il est surtout connu des éditeurs et des iconophiles,
mais fort peu du public. L'ouverture de ces deux salles, en don-

nant de la publicité aux principales œuvres de la gravure fran-
çaise depuis deux cents ans, augmentera infailliblement le nombre
des acquéreurs et le chiffre des sommes versées à l'Etat. Une
bonne œuvre artistique deviendra une excellente affaire financière.

L'on dispose, en outre, la grande galerie du rez-de-chaussée
qui relie le pavillon Denon au pavillon Colbert, pour y placer
les groupes et statues en bronze de la Renaissance qui décoraient
précédemment le jardin des Tuileries et qui en furent enlevés
pendant le siège de Paris.

Cette galerie, ainsi décorée, formera un magnifique vestibule
au grand escalier du Louvre encore inachevé, et dont les travaux
vont être repris dans la campagne de 1875-1876.

1. Voir tome II, pages 127 et 189.
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