L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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UN TABLEAU DE DAVID. — LE TAMBOUR BARRA. 327

scènes où on le voit tomber sous les baïonnettes vendéennes. La Convention chargea David de peindre
ce fait mémorable. « Ce sont de telles actions que j'aime à retracer, répondit-il de son banc de Con-
ventionnel, dans la séance du 9 nivôse an II. Je remercie la nature de m'avoir donné quelques talents
pour célébrer la gloire des héros de la République. C'est en les consacrant à cet usage que j'en reçois
le prix. » Il commença peu de temps après le tableau qu'il s'était engagé à faire. Nous ne savons pour-
quoi il ne le termina pas, s'il obéit à l'influence des événements, ou s'il se trouva retenu par la préoc-
cupation des sujets antiques, qu'il jugeait plus importants.

Toute la scène est conçue avec une grande simplicité. L'enfant est étendu à terre, serrant contre
son cœur la cocarde tricolore, sans vêtements, dans une nudité classique en rapport avec la manière
de David; il a la tête appuyée au bas d'un rocher. Le ventre ensanglanté montre la blessure. Dans
l'attitude où il est, les yeux fermés, les genoux serrés l'un contre l'autre, on voit que la vie vient à
peine de disparaître, et que l'agonie a parcouru le corps en y laissant la marque du dernier frisson.

L'enfant n'a rien perdu de son caractère juvénile. Il a de longs cheveux blonds qui encadrent son
visage. Pour être un volontaire de la Révolution, il n'en a pas moins gardé sous le pinceau de David
je ne sais quoi de naïf et de touchant qui est rendu à merveille. Ce tableau, malgré le sujet, donne
une impression de grâce. On se croirait presque en face d'une œuvre de Girodet ou de Prudhon.
L'idéal qui a présidé à la conception du tableau est irréprochable ; il n'a rien de banal ni de froid ;
la noblesse de l'attitude est parfaite.

Peut-être la composition n'est-elle pas exempte d'une certaine sentimentalité. Mais à l'époque où
nous nous rapportons, l'idée tient dans Fart plus de place qu'elle n'en a conservé aujourd'hui.
Chez les successeurs de David on trouve une recherche plus accusée du sentiment élégiaque ou de
l'effet dramatique. Chez Géricault, au milieu d'une vigueur exceptionnelle, il y a quelquefois un
accent mélodramatique. Ici, au contraire, nous sommes en présence d'une inexprimable émotion.
L'impression de douleur que donne cette mort est profonde ; elle inspire tous les regrets qui accom-
pagnent une fin précoce. L'art est magistral, il a montré à la fois la beauté de la jeunesse et la
beauté de la souffrance.

On a depuis longtemps remarqué combien la nature de David était tourmentée en sens contraires;
il se trouvait entraîné vers les choses de son temps et pourtant dominé par l'histoire et la tradition
classiques. Le tableau dont nous nous occupons a son intérêt pour toute étude générale où l'on considé-
rera chez David les deux tendances qu'il a subies. On peut le placer parmi les scènes de la Révolution
française, à côté du Serment du Jeu de Paume, de la Mort de Lepelletier Saint-Fargeau, et de quel-
ques tableaux où il a retracé le monde révolutionnaire, le peuple sous la Convention et parmi lesquels
nous ne voulons pas oublier de citer une femme au visage énergique, une tricoteuse, dit-on sans que
ce soit bien prouvé, que possède le Musée de Lyon.
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