L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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338 L'ART.

Dans la planchette rouge, le nom du jeune homme qui se promène sous les cerisiers en fleur,
agitant son éventail et tenant des vers qu'il vient de composer, et qu'il va suspendre aux branches :
Sono Bé Saé Mon. Puis à gauche, le sommaire d'un roman : « L'histoire de Usu Uki et de Sono Bé
Saé Mon est, dit-on, mal connue. Quelques-uns disent qu'ils vivaient du temps d'Asi Kaga. La fille du
seigneur du lieu (Neige légère) pendant le temps où l'on contemple les fleurs (les fleurs de cerisier,
printemps, amour] l'entrevit (par-dessus ou à travers une de ces toiles qu'on voit tendues à droite,
derrière l'arbre). Elle se sentit imprégnée d'amour (comme si l'amour était un vêtement qui la prît tout
entière dans ses plis). Les événements qui suivent se trouvent dans la petite histoire de Usu Uki (petite
neige, légère couche de neige). » Tout à gauche, le nom de l'homme de lettres qui a écrit ce résumé :
« Luou Ka Té, composé par ma plume, » et au-dessous son cachet, rond.

Puis, la signature de l'artiste (qu'on me lit de deux façons fort différentes) : « Ko Tio a dessiné » ou
a Hiro Sigé. » Au-dessous, son cachet, en rouge. Ces cachets sont fort utiles pour classer ces
estampes, dont la signature en caractères cursifs entre difficilement dans la mémoire.

Enfin, en dehors, le chiffre de la pagination, ix : le nom de l'éditeur et de l'imprimerie, Tiba et
S in Pan.

Nous reviendrons vin jour sur la classification de ces livres illustrés, grands ou petits, dont un
certain nombre de dessinateurs nous sont déjà connus. C'est en les feuilletant, en les reprenant, en les
comparant, qu'à défaut des lectures des japonisans, on pénètre peu à peu dans l'histoire, la
mythologie, la vie intime de ce peuple prodigieusement artiste.

La gravure à pleine page qui, dans le numéro précédent, montrait Ko Mati errant mélancolique
sur le bord d'un ruisseau, fournit une pièce d'elle, où les vers sont si ingénieusement disposés,
qu'on prendrait presque les caractères pour la continuation des feuilles du saule pleureur. Ko Mati,
répondant à une lettre d'amour d'un seigneur qui la voudrait pour maîtresse, lui demande : « Songez-
vous au sort de ces herbes liées du hasard et flottant de vague en vague? » Allusion subtile à sa vie aussi
errante que celle de ces petites lentilles d'eau qu'emporte le courant, et qui, comme elles, voudrait
trouver le port où l'eau est tranquille (en un mot, le mariage pour assurer sa vie sans but). On voit
combien tout est strictement allégorique dans le détail de ces images dont les linéaments forment, en
soi, des arabesques si charmantes I

Pendant un récent séjour à Londres, nous avons rencontré chez M. Franks, un des savants
conservateurs du British Muséum, une statuette de Ko Mati, laquelle est un chef-d'œuvre de travail et
de sentiment. Cette statuette, haute d'environ 20 centimètres, en bois, est traitée avec la largeur qui
caractérise dans toutes les écoles la décision et la main d'un maître. La vieille poétesse, drapée dans
un manteau qui laisse à nu ses seins flétris, est agenouillée sur son manteau de paille de riz étendu à
terre. Peut-être allait-on la voir ainsi déguenillée pendant les derniers temps de sa vie, dans le maré-
cage désert des environs d'Osaka?

Peut-être est-ce dans cette pose caractéristique qu'elle accueillait les visiteurs et leur récitait ses

derniers vers; les cheveux épars sur le front, les deux mains sur un genou,
la bouche contractée par un rire amer et les yeux pétillants de malice, Job
femelle psalmodiant la fragilité des affections et des attraits : « Comme la
fleur qui le matin est fraîche et brillante et le soir passée et sèche, j'étais
belle et radieuse et déjà me voilà fanée et flétrie... »; image de la vieillesse
sans foyer qui a été transcrite en distique avec croquis explicatif dans la
petite Encyclopédie qui enseigne aux enfants les substantifs avec la morale :
Ko Mati vieille. (i Quand on est en haut, il ne faut pas oublier ce qui est eu bas, — car

Fac-similé d'un dessin de H. Soram celui qui était haut d'abord s'est trouvé bas plus tard. »

d'après un netzke en ivoire. Cette statuette offre un curieux détail. Ko Mati a posé à terre, près

de son grand chapeau de paille usé, sa corbeille aux provisions. Quand
on retire le couvercle de la corbeille, on amène une petite chapelle en forme de tube, laquée d'or
et qui, s'ouvrant à deux battants, laisse voir une minuscule déesse Kouannin assise dans une pose
méditative et douce. Sur l'extérieur est gravé un distique dont le sens général est « qu'il serait à
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