L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

Seite: 364
DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1875_2/0403
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
0.5
1 cm
facsimile
364 L'ART.

En 1820, quoiqu'il ne suivît que depuis un an l'école de Bosio, Barye se présenta pour le concours
de statuaire. Le sujet donné était Gain entendant la voix de l'Eternel. Non-seulement le novice
sculpteur fut admis en loge, mais il faillit l'emporter sur ses rivaux. La tète de son Caïn, pleine de
honte et d'une impuissante colère, était fort belle, et le corps du fratricide dans un bon mouvement.
Encore une fois, la voix publique se prononça en sa faveur, les juges officiels ne lui donnèrent cepen-
dant que la seconde couronne ; ils placèrent au-dessus de lui M. Jacquot.

Dans l'année 1821, nouveau concours; Barye fut encore sur la brèche, mais, nous l'avouons, nous
n'avons pas cherché à retrouver son Alexandre dans la ville des Oxidraques, non que nous ne soyons
assuré qu'il doive, s'il existe encore, offrir de belles parties, mais à cause de l'étrangeté môme du sujet
infligé aux concurrents. N'est-il pas bizarre, en effet, de voir des hommes qui professent que le beau
idéal de la sculpture est dans la majesté du calme, charger leurs élèves de reproduire une scène qui
aurait demandé toute la furie de Puget, de Rude, de David d'Angers, ou de Barye enfin, dégagés des
liens de l'école, rompant avec elle et en pleine possession d'eux-mêmes? Voyez-vous le Macédonien

ayant, lui troisième, toute une ville furieuse à combattre, arrondissant le bras avec une grâce
académique, et balançant son javelot comme le Romulus de David, tandis qu'une flèche lui entre de
quatre doigts dans la poitrine, et, qu'au dire de Pmtarque, il reçoit « un coup de pilon sur le col »,
qui le force à s'appuyer contre la muraille. En vérité il n'y a que les jurys brevetés et patentés pour
imaginer des programmes aussi appropriés aux énervantes leçons de leur enseignement. M. Lemaire
remporta le prix.

Barye n'était point découragé : en 1822, il s'agissait de traiter un sujet qui ne brillait pas par
la nouveauté, la Robe de Joseph rapportée par ses frères à Jacob. Barye échoua de nouveau, la palme
fut donnée à M. Seurre jeune. En 1823, il se présenta encore; le concours fut jugé si faible qu'aucun
prix ne fut décerné. Enfin, l'année suivante, notre sculpteur ne fut pas môme admis parmi les logistes,
et peut-être lui conseilla-t-on alors d'abandonner la sculpture. Qu'y aurait-il d'étonnant à cela?
Guérin engageait bien Géricault à quitter la peinture! En tout cas, Barye ne se présenta plus aux
concours. L'art doit-il regretter qu'il ne soit point allé à cette école romaine où se sont perdues tant
d'espérances? Qu'en ont rapporté Jacquot, Seurre jeune, Vatinelle et les autres qui avaient triomphé

1. Nous aurions voulu présenter à nos lecteurs un autographe de Barye. Sa famille, ses amis n'en possèdent pas. Barye n'écrivait
jamais. Nous avons dû nous contenter d'une signature.

*
loading ...