L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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A. L. BARYE. 387

Ieuse : cavaliers, chevaux, vêtements, harnachements, meurtriers, victimes. Barye pour ses drames,
comme Shakespeare pour les siens, peut écrire : « Ici, tout est vrai. »

La Chasse à l'élan n'est pas moins prodigieuse : môme furie de mouvement sans désordre de lignes,
même vie dans les personnages, même fidélité scrupuleuse des détails, même exécution libre et
savante. Qui l'ignore? on ne sait bien une langue que lorsque la pensée dans son éclosion se sert des
mots de cette langue ; en art, quelque chose de semblable se passe, il faut que l'artiste conçoive son
sujet dans ses termes i-éalistes, avec la forme et le vêtement des êtres qui doivent y jouer un rôle.
Tous les peintres, tous les sculpteurs nous comprendront; Barye n'avait pas d'autre règle.

Les révolutions, qui tantôt respectent les chefs-d'œuvre, tantôt les détruisent, n'atteignirent pas le
magnifique surtout, mais après 1852 vinrent les confiscations de l'empire, et, dans la semaine même
où Napoléon III se mariait, en février 1853, la veuve du duc d'Orléans vendait à Paris sa galerie;
l'œuvre de Barye fut dispersée. Les enchères donnèrent la Chasse au tigre, 4,100 francs, à M. Demi-
doff; au même, la Chasse à l'élan, 4,900 francs; la Chasse à l'ours, 7,100 francs, encore au même; la
Chasse au taureau ou au buffle, 4,500 francs, à M. Lutteroth; la Chasse au lion, 3,000 francs, à M. Mon-
tessier. D'autres œuvres de Barye passèrent en même temps sous le marteau : VAigle et l'Elan,
1,200 francs, à M. Gambard, de Londres; le Lion et le Sanglier, 1,005 francs, à M. X. ; Léopard et
Biche, 900 francs, à M. Béjot; Buffle et Serpent, 950 francs, à M. A. d'Hautpoul.

Avant d'en finir avec le fameux surtout, que l'on nous permette une anecdote; elle est caractéris-
tique : quand le duc vit les chefs-d'œuvre que lui livrait l'artiste, il fut frappé d'admiration, et voulut
que Barye portât ses chasses à l'Exposition ; Barye, comme nous le verrons bientôt, ayant justement
à se plaindre du jury, refusa de faire les démarches nécessaires pour en obtenir l'admission. « Eh bien,
je m'en charge, » répondit le prince royal. Les bronzes admirables ne furent pas moins refusés. Le
duc courut à Louis-Philippe : « Que voulez-vous, lui dit le roi, j'ai créé un jury, je ne peux pas le
forcer à accepter des chefs-d'œuvre. » Plus tard, il devait arriver à Barye une histoire plus rare encore :
il venait enfin d'être admis à l'Institut, en 1865. Un de ses nouveaux confrères lui dit avec toute
la politesse possible : « Monsieur, vous voici un des nôtres, je m'en félicite, mais qu'avez-vous produit?
Je vous avoue que je n'ai jamais vu aucun de vos ouvrages, je vous serai donc reconnaissant de me
permettre de visiter votre atelier. » Barye, sans froncer le sourcil et du ton le plus aimable, se mit à
la disposition de cet académicien de la section des Beaux-Arts qui n'avait jamais vu le Lion au serpent,
le Lion au repos, Thésée et le Minotaure, pour ne parler que des bronzes que le plus Velche des Pari-
siens avait admirés.

Un mot encore sur les Chasses; nous voulons exprimer un vœu. Il serait digne du duc d'Aumale
de faire exécuter en grand les cinq œuvres capitales du surtout. Ce serait un hommage à la mémoire
de son frère; des mains pieuses s'associeraient à cette noble entreprise, et, à côté des merveilles qu'il
renferme déjà, Chantilly posséderait certainement les bronzes les plus originaux et les plus superbes
du monde entier.

Mais revenons sur nos pas. Nous avons laissé Barye après son exposition de 1833, c'est-à-dire
hors de pair. Tout en travaillant pour le duc d'Orléans,. l'artiste infatigable envoya à l'Exposition
de 1834 la Gabelle morte, l'Ours dans son auge, appartenant, comme nous l'avons dit, au prince royal;
VEléphant, au duc de Nemours ; un Jeune lion terrassant un cheval, au duc de Luynes ; une Panthère et
une Gabelle/un Ours; le Cerf et le Lynx; et une série d'aquarelles, études d'animaux. En 1835, il donna
un Tigre qui, exécuté en pierre, doit être à Lyon, et dont M. Thiers possédait le bronze fondu à cire
perdue; enfin, en 1836, ce bronze célèbre, connu sous le nom du Lion assis ou au repos. C'est celui qui
se trouve à gauche de la porte des Tuileries donnant sur le quai; l'autre, n'est qu'une reproduction
retournée à la mécanique, au grand chagrin du statuaire. Je défie l'homme le moins sensible aux
choses de l'art de passer sans s'arrêter devant cette image vivante de la force dans sa majesté tran-
quille. C'est un pur chef-d'œuvre ; il ne lui a manqué que d'être fondu à cire perdue comme l'avait été
le Lion au serpent. En mettant à part les travaux qu'il devait effectuer plus tard pour l'achèvement du
Louvre, aux yeux de beaucoup d'amateurs éclairés, le Lion au repos est l'ouvrage capital de Barye.
Qu'ils nous permettent de n'être pas de leur avis. Personne ne l'admire plus que nous, nous ne tari-
rions pas en parlant de son imposante beauté, de sa fierté, de sa grandeur; si la vieille Rome l'eût
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