L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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4i6 L'ART.

pour savoir si elle serait signée par Guibal ou par Cyfflé. L'affaire fut portée en conciliation devant le
roi Stanislas, qui proposa, en riant, l'inscription suivante : « Cette statue a été faite par Guibal d'un
coup de sifflet. »

On attribue généralement à Cyfflé la plupart des statuettes connues des amateurs sous le nom de
terres de Lorraine. Elles sont faites avec une pâte très-fine, très-ferme et très-lisse, dont le secret

paraît perdu aujourd'hui. Cyfflé est en effet le créateur du genre,
9Bl mais il est loin d'être l'auteur de toutes celles que le commerce fait

passer sous son nom. C'était réellement un artiste fort habile et un
fM^j'i [ de ceux qui résument le mieux l'esprit vif et enjoué de l'école fran-

.^m^C^^^^I^ çaise au xvme siècle. L'Exposition montre un assez grand nombre de

Kwl^ ses ouvrages, représentés généralement par de fort bonnes épreuves.

nri^^it^/\L Parmi les plus gracieux, nous citerons la Fontaine, Y Agréable leçon,

v> £ ~jQ^ le Baiser donné et le baiser rendu, Y Oiseau mis en cage. Il y a aussi de

jÊ^r/'T]J " ^fifflti petites ligures représentant les types d'une profession, par exemple :

^Bi^^^^^i^^^^S le Rétameur, le Savetier et la Ravaudeuse, le 'Tailleur de pierres, qu'on

"""^^ll^ppW* dit être le portrait de l'artiste lui-même, et le Patineur, qu'on prétend
La Fontaine. être cemi de son fils. Au reste Cyfflé a fait quelquefois des portraits,

Groupe de Cyfflé, en terre de Lorraine, et nous avons, entre autres, le buste de Voltaire et la curieuse sta-
Dessin de Montalan, gravure de Hotelin. tuette de Panpan Deveau, qui est une pièce fort rare. Ce Deveau, qui

fut surnommé Panpan, je ne sais pour quelle raison, était le lecteur
ordinaire du roi Stanislas, et comme il passait pour l'homme le plus laid de la cour de Lorraine, il
était en butte à mille quolibets. Le chevalier de Boufflers avait fait sur lui le couplet suivant :

Si Monsieur Deveau

Etait un peu beau.

Que Monsieur de Beauveau

Fut un peu moins beau ;

Ce Monsieur Deveau

Serait un beau veau

Et Monsieur de Beauveau

Ne serait qu'un veau.

Le sculpteur Lemire, venu après Cyfflé, s'est fait aussi une réputation pour ses statuettes. Il y a
d'ailleurs une grande différence entre Lemire et Cyfflé, et le style de ces deux artistes affirme
très-nettement la distance qui sépare le goiit du XVIIIe siècle et celui de l'époque suivante. 11 y a une
évidente parenté entre les pastorales de Boucher et les petites figures de Cyfflé; ce sont toujours des
paysans de fantaisie, des bergères au minois chiffonné, tout un petit monde pétillant de gentillesse, de
malice, et se souciant fort peu de ce qu'on nomme la grande tournure et l'art monumental. Lemire
est encore fort éloigné assurément de l'école académique et des réformes que Chaudet et Cartellier
ont apportées dans la statuaire, mais ce n'est pas non plus un retardataire comme Clodion, qui, sous
le règne tout-puissant de David, faisait encore ses petites terres cuites si librement exécutées.
Son style mixte, qu'on pourrait appeler style Marie-Antoinette, est une sorte de transition entre le
maniérisme élégant de l'école précédente et la raideur voulue de celle qui vient ensuite, époque char-
mante qui, tout en s'impreignant d'antiquité, gardait encore toute l'amabilité de l'ancien art français.
Lemire est très-brillamment représenté à l'exposition de Nancy, où nous voyons le Pâtre et la bergère,
Vénus fouettant V Amour, le Jugement de Paris, Y Amour lançant une flèche et Y Amour silencieux.

René Mlward.

(La fin au prochain numéro.)
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