L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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EAUX-FORTES D'ANTOINE VAN DYCK. 429

devant sa décision. Je signalais tout à l'heure l'utilité que les graveurs contemporains pourraient
retirer de l'étude de ces merveilleux modèles, et je tiens à insister sur ce point. Maintenant, en effet,
on cherche les effets de lumière par de violentes oppositions de noir et de blanc. Les ombres ne sont
jamais assez foncées, tandis que les parties éclairées sont à peine modelées. On obtient ainsi des anti-
thèses qui frappent au premier abord l'amateur novice, mais qui sont obtenues aux dépens du goût,
du modelé, de la délicatesse du travail. Comme de pareils artifices paraissent grossiers, quand on les
compare aux procédés des maîtres de l'art! Au lieu de cacher les vêtements et les fonds sous de
grandes plaques de noir, Van Dyck indique en quelques traits justes et larges les accessoires, réser-
vant toutes les finesses de sa pointe pour la tète. Le vêtement, sommairement dessiné, reste à
l'état d'esquisse, tandis que les traits du visage sont repris, modelés, achevés avec une délicatesse
extrême. Ainsi terminée sur un fond seulement indiqué, la tête se détache en vigueur, et le personnage
devient vivant. Je sais bien qu'il faut tenir compte de la science, du génie de l'artiste, qu'on courrait
grand risque, en voulant imiter Van Dyck, de rester toujours inférieur au modèle. Et pourtant le gra-
veur qui s'inspirerait de ces procédés pour reproduire soit un personnage vivant, soit un tableau, serait
dans une meilleure voie, j'en suis convaincu, que celui qui recherche les contrastes violents et les
oppositions heurtées.

M. Duplessis a raconté dans sa préface l'histoire des vingt-deux planches de Van Dyck et leurs
vicissitudes successives. Il nous a dit comment, après avoir passé des mains de Martin van den
Enden, leur premier éditeur, à celles de Gilles Hendricx, puis de Jean Meyssens et enfin des
Verdussen, elles ont trouvé une retraite honorable et sûre à la calcographie du Louvre. L'énu-
mération de ces anciennes éditions explique très-bien la succession des différents états de chaque
planche. L'eau-forte originale qu'on a sous les yeux remplace avantageusement les descriptions
toujours imparfaites pour rendre des œuvres aussi simples et aussi vivantes en même temps ; on peut
aisément, grâce au texte placé en regard de la planche, suivre sur la gravure elle-même les
modifications introduites par chaque éditeur dans la nouvelle édition qu'il a donnée.

Ces reproductions peuvent même servir à une comparaison des plus intéressantes. Nous venons
de rappeler qu'un certain nombre des cuivres gravés par Van Dyck appartiennent aujourd'hui à la
calcographie du Louvre. Il est donc facile à chacun de se procurer le dernier état des portraits de
Van Dyck et de posséder en même temps la première épreuve et l'état actuel et définitif de la
planche.

Le recueil des eaux-fortes de Van Dyck a été, comme nous l'avons dit, le début d'une série de
publications analogues qui paraîtront à des intervalles rapprochés. L'œuvre de Paul Potter est
entièrement gravée et est publiée aujourd'hui. Les éléments d'un travail analogue sur Claude
Lorrain et Albert Durer sont déjà rassemblés. On comprend l'importance et l'intérêt de la
vaste entreprise dont MM. Duplessis et Amand Durand ont formé le plan et poursuivent l'exécution.
Elle ne saurait être trop recommandée et trop encouragée ; car elle est destinée à rendre à l'art de la
gravure à l'eau-forte, si répandu aujourd'hui, un service signalé, en mettant à la portée de tous, des
artistes comme des amateurs, les plus beaux spécimens de Fart de tous les temps et de tous les
pays.

J. J. GuiFFREY.
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