L' art: revue hebdomadaire illustrée — 9.1883 (Teil 4)

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L'ART.

exécution; on lisait au-dessous un éloge des Borromée gravé en lettres gothiques dorées sur un
fond bleu avec la date de 1422. Auprès des degrés à balustres de l'autel était placé le tombeau
de Fra Pietro di Venezia, qui avait sans doute fait faire à ses frais le dallage ou quelque autre
partie de la chapelle.

La sacristie, très remarquable par sa beauté et sa richesse de décoration, contenait aussi un
curieux dallage; il était d'émail bleu d'azur et blanc à carreaux vermiculés; clans chaque carreau
se trouvait un aigle bleu turquin avec le mot Giustiniani en lettres de forme française; ce travail
en effet avait été exécuté aux frais du patricien Giovanni Giustiniani qui fut administrateur des
eaux, accompagna le roi de Dacie à Jérusalem et l'empereur Sigismond à Bâle, et à ceux de son
fils François qui fut envoyé comme ambassadeur auprès d'Alphonse II d'Aragon, d'Hippolyte
Sforza, de l'empereur Frédéric III, etc. Leur tombeau se trouvait au pied d'un autel dit del
Crocifisso. Les armoires et les meubles étaient de merveilleux travaux de Fra Sebastiano da
Rovigno, avec des marqueteries fort estimées.

Dans le cloître, encore intact en 1845, s'ouvrait une porte d'une belle architecture, avec de
précieux ornements du xve siècle, donnant accès à une chapelle dédiée à sainte Françoise. On y
voyait une Madone en relief à mi-corps, et sur la bordure une inscription rappelant que cette
ornementation avait été faite en mémoire d'un certain Gabriel Haygel, qui avait tout près de là
sa sépulture et son épitaphe.

Sur la façade extérieure de l'église on lisait une inscription en caractères semi-gothiques à
la louange d'Alessandro Borromeo ; une autre en l'honneur des trois architectes déjà mentionnés ;
une troisième relative à la consécration de l'église; une quatrième, du xivc siècle, concernant ser
Nicolo Roso, mercier et confrères, était restée dans des lieux d'aisance, où on l'avait reléguée après
la démolition de l'ancien campanile. Des matériaux dispersés subsistaient quelques épaves qu'on
voyait encore en 1827 dans la rue Saint-Apollinaire, enfoncées dans le sol d'un magasin, chez le
droguiste Jacopo Rossi. Le groupe de Vettor Cappello fut transporté dans l'église des SS. Giovanni
e Paolo, mais on laissa l'inscription. La porte monumentale fut adaptée à la façade de l'église
de Saint-Apollinaire. Le couronnement qui dominait son arc sous forme de vase d'un excellent
style, après avoir été détaché et placé ailleurs, échappa enfin à la destruction, grâce à l'idée
qu'on a eue d'en décorer l'autel de l'Oratoire du séminaire patriarcal; après quoi il fut remis à
sa place. Le célèbre tableau de Palnia Vecchio fut transporté à Milan dans la galerie Brera.
On ne sait pas jusqu'à présent ce qu'est devenu tout le reste.

II

Santa Marta. — Dorsoduro est le dernier des Sestieri de Venise. Ce nom lui vient soit de
la forme de l'île, sorte de rocher en forme de croupe {dorso)1 soit de la famille Dosduri, ou de
deorsum turris (au delà de la tour), à cause d'une tour qui aurait existé à l'entrée du Sestiere,
près du château fort de Saint-Roch. Quoi qu'il en soit, ce fut ce quartier de la ville qui reçut
le dernier des habitants, parce que les incursions auxquelles il était exposé du côté de la mer
empêchaient d'y élever aucune construction. Mais au vine siècle le doge Orso Partecipazio, dès son
avènement, forma le projet de le mettre en culture et y choisit des terrains pour construire les
maisons de ses écuyers. De plus, à la suite de discordes civiles, les familles exilées, puis rappelées
à la prière de l'empereur Louis, s'établirent dans cet endroit par l'ordre du même doge. Le
Sestiere ainsi peuplé se remplit bientôt de maisons et d'églises.

On y voit encore aujourd'hui l'ancienne église de San Nicolo de' mendicoli et les maisons
voisines sont habitées par des pêcheurs et de pauvres gens, autrefois gouvernés par un chef élu
et appelé le Doge des Nicolotti. Au delà du pont, près de l'église on arrivait à une petite place,
sur laquelle se dressaient une colonne surmontée du lion de Saint-Marc, et un mât destiné, au
temps de la République, à porter l'étendard de l'État. C'était un privilège de ce quartier, à cause
de la résidence du Doge des Nicolotti, qui avait le droit de se revêtir du costume des patriciens
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