Cagnat, René
Carthage, Timgad, Tébessa et les villes antiques de l'Afrique du Nord — Paris, 1927

Page: 92
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92 TIMGAD

Dougga par un sol de mosaïque continue, assez commune. On n'y a pas
trouvé la trace de trous et de rainures pour le jeu du rideau. Sans doute
se contentait-on de ces sortes de paravents ou de tentures, appelées
siparia, qui se repliaient de chaque côté de la scène au début des diffé-
rents actes; mais on voit très nettement l'ouverture des trappes par où
pouvaient paraître et disparaître les ombres et les fantômes.

La partie postérieure de la scène n'a pas, comme à Timgad, entière-
ment disparu. Elle se présente sous l'apparence d'un grand mur recti-
ligne, coupé par trois enfoncements, deux quadrangulaires et un, celui du
milieu, disposé en demi-cercle. Chacun d'eux est percé d'une porte qui
s'ouvre sur les coulisses. On sait que toute scène antique possédait, au
lieu de toiles de fond, pouvant être changées suivant la donnée de la
pièce, une muraille avec trois portes : la porte royale, au centre, par où
entraient les grands personnages venant du palais, et deux portes laté-
rales, supposées communiquer avec la campagne ou les rues de la ville,
réservées par suite aux étrangers. Ici, en avant de ce grand mur, court
une petite plate-forme, qui en épouse les sinuosités et où reposaient trente-
deux colonnes, faisant une sorte d'avant-corps ornemental. De l'autre
côté, c'est-à-dire sur le devant du théâtre, il y avait, comme en bien d'au-
tres endroits, comme à Timgad, une colonnade où les spectateurs venaient
se promener pendant les entr'actes. De là le regard s'étendait au loin sur
la plaine de l'Oued-Khalled, aujourd'hui verdoyante sous les bouquets
d'olivier, les blés et les pâturages qui la couvrent, couverte autrefois de
villas, de fermes, de bourgades et encadrée à l'horizon par une ligne de
hautes montagnes aux sommets estompés par la brume ou dorées par le
soleil, suivant l'heure du jour ou la saison. Une inscription surmontait la
colonnade, ainsi conçue :

« Publias Murcius Ouadratus, fils de Ouintus, de la tribu
Amensis, flamine du Dieu Auguste, pontife de la colonie de Car-
tilage, appelé par l'empereur Antonin Auguste à siéger dans les cinq
décuries de jurés a, en l'honneur de son flaminat perpétuel, cons-
truit pour sa patrie tin théâtre avec basiliques, portique, prome-
noir, scène, rideau, ornements de toute sorte; le jour de Vinaugu-
ration il a donné une représentation et des jeux gymniques, fait
une distribution et ojfert un repas au peuple. »

Là encore, il y avait place pour 3.000 ou 3.500 spectateurs.

L'Algérie et la Tunisie possèdent bien d'autres théâtres, plus ou moins
ruinés; celui de Djemila par exemple, dont le mur de la scène, très sem-
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