Cagnat, René
Carthage, Timgad, Tébessa et les villes antiques de l'Afrique du Nord — Paris, 1927

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I 10

TIMGAD

piles fondées sur le rocher même où la rivière s'est frayé un passage.
On ne recourait au système des siphons que lorsque la vallée était trop
large pour pouvoir être aisément franchie par un aqueduc.

Certaines de ces conduites d'eau traversaient les montagnes au lieu
de les contourner. La plus fameuse, dans ce genre, est celle qui menait
à Bougie l'eau de Toudja sur 21 kilomètres de longueur. Au village d'El-
Abel elle s'engageait dans un tunnel de 428 mètres de long, dont l'histoire
nous a été conservée par une inscription. Le tracé fut établi sur le terrain,
vers 137 de notre ère, par un ingénieur militaire, Nonius Datus, que le
général en chef de Numidie avait mis à la disposition de celui de Mauré-
tanie. Cet ingénieur, après avoir fait les études préparatoires, regagna son
poste. Le travail ne commença que onze ans plus tard : Nonius Datus
revint à Bougie pour le mettre en train ; mais il tomba malade et dut repar-
tir à la hâte. On espérait que tout irait à souhait, malgré cette com-
plication : il n'en fut rien. Pour percer le tunnel on avait eu l'idée de
commencer le travail par les deux bouts à la fois ; le tracé théorique était
parfait, le jalonnement bien dressé : mais pratiquement les dispositions
avaient été mal prises, si bien que les deux ateliers, au lieu de marcher
l'un vers l'autre pour se rencontrer à mi-route, prirent chacun une direc-
tion oblique et continuèrent à cheminer parallèlement à travers la lon-
gueur de la montagne. Le découragement commençait à s'emparer des
travailleurs ; on parlait d'abandonner le travail. Nonius Datus fut rappelé
pour la troisième fois. Mais cette fois ce ne fut pas sans peine qu'il put
arriver à Bougie; il fut attaqué en route par les brigands, blessé,
dépouillé de ses vêtements, lui et ses compagnons. Il put, néanmoins,
s'échapper ; un coup d'ceil lui suffit pour deviner le mal ; on prit les
mesures nécessaires pour y remédier.

Constantine était alimentée pareillement par deux aqueducs, l'un
venant de la source de Bou-Merzoug, à 35 kilomètres environ au sud, où
il y avait un sanctuaire, comme à Zaghouan, le second, de Sidi-Mabrouk,
à 1.800 mètres à l'Est. L'eau d'Aïn-Bou-Merzoug était légèrement magné-
sienne ; cela n'empêcha pas les Romains de l'utiliser et d'en user
largement.

Une fois amenée dans la ville, l'eau était emmagasinée dans de
grands réservoirs de distribution, d'où elle était répartie entre les fon-
taines, les châteaux d'eau monumentaux comme celui qu'on vient de
découvrir à Sétif, les établissements de bains et les maisons particu-
lières.

Si abondante, d'ailleurs, que fût l'eau de source, elle n'aurait assuré-
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