Mondrian, Piet
Le néo-plasticisme: [principe général de l'equivalence plastique] — Paris, 1920

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LE NÉOPLASTICISME

Principe Général de V Equivalence Plastique

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Quoique l’art, d’une part, soit l’expression plastique de notre émotion
esthétique, nous ne pouvons pas en conclure que l’art ne serait que
« l’expression esthétique de nos sensations subjectives ». La logique
veut que l’art soit l'expression plastique de tout noire être : qu’il doit donc
être également l’apparition plastique du non-individuel qui en est l’oppo-
sition absolue et annulante — que, d’autre part, il doit être Vexpression
directe de l’universel en nous, c’est-à-dire l’apparition exacte de l’universel
en dehors de nous.

L’universel ainsi compris est ce qui est et reste toujours : pour nous
le plus ou moins inconscient, en opposition du plus ou moins conscient
— l’individuel, qui se répète et se renouvelle.

Tout notre être est aussi bien l’un que l’autre : l’inconscient et le
conscient, l’immuable et le muable, naissant et changeant de forme sous
leur action réciproque.

Cette action contient toute la misère et tout le bonheur de la vie :
la misère est causée par la séparation continuelle, le bonheur par la
renaissance perpétuelle du changeable. L’immuable est au-dessus de toute
la misère et de tout le bonheur : c’est l’équilibre.

Par notre immuable, nous nous confondons avec toutes les choses,
le muable détruit notre équilibre, nous limite et nous sépare de tout ce
qui est autre que nous. C’est de cet équilibre, de l’inconscient, de l'immuable
que l’art vient. Il atteint son expression plastique par le conscient. Par cela,
l’apparition de l’art est l’expression plastique de l’inconscient et du conscient.
Elle montre le rapport de l’un et de l’autre : elle change, mais l’art reste
immuable.

Il est possible que dans « la totalité de notre être », l’individuel ou
l’universel domine, ou bien que l’équilibre entre ces deux soit approché.
C’est cette dernière possibilité qui nous permet d’être universel en tant
qu’individu : c’est-à-dire d’extérioriser l’inconscient consciemment. C’est
alors que nous voyons et entendons universellement car nous nous sommes
élevés au-dessus de la domination du plus extérieur. Voyant la forme de
l’apparition extérieure, écoutant les bruits, les sons, les paroles, ceux-ci
nous apparaissent autres que par notre vision et audition universelles.
Ce que nous voyons ou entendons réellement est la manifestation directe
de l’universel, tandis que ce que nous apercevons en dehors de nous
comme forme et son, se montre affaibli et voilé. Si nous cherchons l’expres
sion plastique nous exprimons notre perception universelle et par cela
notre être universel, comme individu : donc, l’un et l’autre en équivalence.
Se trouver au-dessus de la forme limitative, et employer néanmoins la
forme délimitée et la parole matérialisée, n’est pas une véritable mani-
festation de notre être, cela n’en est pas la pure expression plastique :
une nouvelle expression plastique est inévitable, une apparition équivalente
de l’un et de l’autre, donc une expression plastique en rapport équilibré.
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