Viollet-le-Duc, Eugène-Emmanuel
Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne a la renaissance (Band 6) — Paris, 1875

Page: 175
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/viollet1875/0179
License: Creative Commons - Attribution - ShareAlike Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
— 175 — [ J1A.NCHE ]

« Voit Amanfrois , s'a la coulor changie ;

« Piesa li a donné sa druerie,

« Et par amors out sa manche envoie '. »

Cette inanche — car les dames donnaient habituellement une
manche et non une paire de manches — était portée à l'un des bras.
C'était une sorte de longue écharpe brodée, attachée sur l'épaule et
qui tombait jusqu'à terre. Voici une description pittoresque extraite
du Roman de Foulque de. Candie. C'est à la suite d'une bataille
pendant laquelle le héros s'est bravement comporté :

« De la bataille de fait Guillaume liez :

« Sarrazins a desconfit et chaciés.

« Bertran apele : — Biax niés, or sui liaitiés.

« Le chans est nostre : Dex en soit graciés !

n Nos anemis avons melt domagiés.

« Prudoms est Foulque ; molt s'i est bien aidiés.

« Mien esciantre del roi nos a vengiés.

« Ou il est molt navrés, ou méhaigniés,

« Ouar de ses homs le duel cet renforciés.

« Et Ion vint Fouques par le champ eslessiés.

« Sist sur Rufin 2, bien fut apparilliés

« Ferrans obscurs, les crins longs et delgiez.

« Assez fu biax et de bonté preisiés.

« La teste ot maigre et les coslés turchiés.

« Et le valiez fu de joie aflichié :

« De sos helme fu tains et camoissiés.

« S'ot une manche de cendal dus qu'as pies,

« Tote sanglante ; et ses brans fu oschiés.

« Les jambes droites, les pieds vo!z et ploies.

« Tex .M. s'esgardent, qui ont le chief dréciés.

« Dist l'un à l'autre : — Tiébaut est essiliés ! 3 »

Foulque porte donc une manche dans la bataille.

Plus loin, le Povre-Véu, le secondhéros du roman, et qui se con-
vertit à la foi chrétienne, est montré aussi le bras orné d'une
manche :

« Li converti en la presse repère :

« Sus le voir sist li enfés débonnaire :

« Porte penon et une manche vaire

« D'un cendal d'André, qui reluist et esctaire. »

Cet usage de porter une manche au bras fut maintenu jusqu'au
xv° siècle. Dans la chronique de J. de Lalain " on lit ce passage. Il

1 Gai/don, vers 8250 et suiv. (xuie siècle).
- C'est le nom de son cheval.

3 Roman de Foulque de Candie, par Herbert Leduc de Dauitnarliii.

4 Par George Chastelain, cliap. xvm.
loading ...