Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dixieme): La Henriade: Poeme — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793692]

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NOTES

Mé^eray , dans sa grande histoire , dit que le jeune Caumont, Ton
père et Ton frère, couchaient dans un même lit; que Ton père et son
frère furent mass’acrés, et qu’il échappa comme par miracle etc. C’est
sur la foi de cet historien que j’ai mis en vers cette aventure.
Les circonstances dont Me[cray appuie son récit ne permettaient
pas de douter de la vérité du fait, tel qu’il le rapporte ; mais depuis,
M. le duc de la Force m'a fait voir les mémoires manuscrits de ce même
maréchal de la Force, écrits de sa propre main. Lè maréchal y conte
son aventure d’une autre façon ; cela fait voir comme il faut se fier aux
historiens.
Voici l'extrait des particularités curieufes que le maréchal
de la Force raconte de la St Barthélemi.
Deux jours avant la St Barthélemi, le roi avait ordonné au parlement
de relâcher un officier qui était prisonnier à la conciergerie ; le parlement
n’en ayant rien fait, le roi avait envoyé quelques - uns de ses gardes
enfoncer les portes de la prison , et tirer de force le prisonnier ; le lende-
main le parlement vint faire ses remontrances au roi : tous ces meilleurs
avaient mis leurs bras en écharpe, pour faire voir à Charles IX qu’il
avait estropié la justice. Tout cela avait fait beaucoup de bruit; et au
commencement du massacre, on persuada d’abord aux huguenots que
le tumulte qu’ils entendaient venait d’une sédition excitée dans le peuple
àl’occasion de l’affaire du parlement.
Cependant un maquignon , qui avait vu le duc de Guise entrer avec des
satellites chez l’amiral de Coligny, et qui, se glisiàntdans la foule , avait
été témoin de l’alsaslinat de ce seigneur, courut aussitôt en donner avis au
sleur de Caumont de la Force, à qui il avait vendu dix chevaux huit
jours auparavant.
La Force et ses deux fils logeaient au faubourg St Germain , aullï - bien
que plusieurs calvinistes. Il n’y avait point encore de pont qui joignît ce
faubourg à la ville. On s’était saisi de tous les bateaux par ordre delà cour,
pour faire palier les assassins dans le faubourg. Ce maquignon se jette à
la nage, passè à l'autre bord, et avertit M. de la Force de son danger.
La Force était déjà sorti de sa maison ; il avait encore eu le temps de se
sauver : mais voyant que ses enfans ne venaient pas, il retourna les
chercher. A peine est - il rentré chez lui que les assassins arrivent: un
nommé Martin à leur tête entre dans sa chambre, le désarme lui et ses
deux ensans, et lui dit, avec des sermens affreux, qu’il faut mourir.
La Force lui proposa une rançon de deux mille écus ; le capitaine l’accepte :
la Force luijure de la payer dans deux jours; et aussitôt les assallins,
après avoir tout pillé dans la maison, difent à la Force et à ses enfans de
mettre leurs mouchoirs eh croix sur leurs chapeaux, et leur font retroullèr
leur manche droite sur l’épaule : c’était la marque des meurtriers. En cet
état ils leur font passer la rivière et les amènent dans la ville. Le maréchal
de la Force assiire qu’il vit la rivière couverte de morts : son père, son
frère et lui abordèrent devant le louvre ; là ils virent égorger plusieurs de
leurs
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