Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Dixieme): La Henriade: Poeme — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen. Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90793692]

Page: 373
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LE CAMOUENS.

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Camouens n’accompagna point Vajco de Gama dans
son expédition, comme je l’avais dit dans mes édi-
tions précédentes ; il n’alla aux grandes Indes que
long - temps après. Un désir vague de voyager et de
faire fortune, l’éclat que fesaient à Lisbonne ses galan-
teries indiscrètes , ses mécontentemens delà cour, et
sur-tout cette curiosité allez inséparable d’une grande
imagination,l’arrachèrent à sa patrie.Il servit d’abord
volontaire sur un vaisseau, et il perdit un œil dans-
un combat de mer. Les Portugais avaient déjà un
vice-roi dans les Indes. Camouens étant à Goa en fut
exilé par le vice-roi. Etre exilé d’un lieu qui pouvait
être regardé lui-même comme un exil cruel, c’était-
un de ces malheurs smguliers que la destinée réservait
à Camouens. Il languit quelques années dans un coin
de terre barbare sur les frontières de la Çhine , où les
Portugais avaient un petit comptoir, et où ils com-
mençaient à bâtir la ville de Macao. Ce fut là qu’il
composa son poème de la découverte des Indes, qu’il
intitula Lusiade ; titre qui a peu de rapport au sujet,
et qui , à proprement parler , signifie la Portugade.
11 obtint un petit emploi à Macao même , et de là
retournant ensui te à Goa, il fit naufrage sur les côtes
de la Chine , etsesauva, dit-on, en nageant d’une
main et tenant de l’autre son poëme , seul bien qui lui
restait. De retour à Goa , il fut mis en prison ; il n’en
sortit que pour esfrayer un plus grand malheur, celui
de suivre en Afrique un petit gouverneur arrogant et
avare: il éprouva, toute l’humiliation d’en être pro-
tégé. Enfin il revint à Lisbonne avec son poëme pour
toute ressource.il obtint une petite pension d’environ
huit cents livres de notre monnaie d’aujourd’huijmais
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