Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Deuxieme): Précis du siècle de Louis XV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90795482]

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PHILIPPE V. H
même une rétractation du cardinal de Nouilles. Le
régent de France dans cette intrigue se trouva lié
quelque temps par les mêmes intérêts avec le jésuite
Daubenton,
Philippe V commençait à être attaqué d’une mélan-
colie , qui jointe à sa dévotion le portait à renoncer
aux embarras du trône et à le résigner à son fils
aîné dom Louis , projet qu’en effet il exécuta depuis
en 1724. (2) Il confia ce secret à Daubenton. Ce
jésuite trembla de perdre tout son crédit quand son Révélation
pénitent ne serait plus le maître, et d’être réduit à^0^7pjfl
le suivre dans une solitude. Il révéla au duc d’Orléans lippe V.
la confession de Philippe P, ne doutant pas que ce
prince ne fit tout son possible pour empêcher le roi
d’Espagne d’abdiquer. Le régent avait des vues
contraires: il eût été content que son gendre fût
roi , et qu’un jésuite qui avait tant gêné son goût
dans l’affaire de la conslitution ne fût plus en état
(a) PhilippeV était attaqué d’une mélancolie profonde qui le rendait quel-
quefois incapable de tout travail. Ce fut pour dérober cet état aux yeux de
la nation que ceux qui le conseillaient se prêtèrent au projet d’abdiquer
qu’il avait formé. Il se retira au château de Balsain avec la reine , son
cenfesieur et son ministre de confiance; mais le jeune roi dom Louis n’eut
d’abord que les honneurs de la royauté; c’était à Balsain que se déci-
daient toutes les affaires. Cependant quoique ce règne n’ait duré que
quelques mois , les ministres du nouveau roi, tous nommés par Philippe,
tentèrent de brouiller le père et le fils. On proposa dans le conseil de
Louis de retrancher la moitié de la pension du roi Philippe, sous le
prétexte du désordre des finances. Louis rejeta cette proposition avec l’in-
dignation qu’elle méritait. Philippe en sut inliruit; et lorsqu’il remonta sur
le trône à la mort de son fils, il dit au marquis de Leide, l’un de ceux
qui avaient opiné pour le retranchement, et qui lui devait sa fortune:
/Vs. le marquis de Leide, je n’aurais jamais cru cela devons. De Leide se
retira de la cour et mourut de chagrin peu de temps après. Nous verrons
bientôt un exemple plus frappant encore de l'ingratitude des ministrçs à
l’égard des rois deseendus du trône.
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