Voltaire; Thurneysen, Johann Jakob [Oth.]; Haas, Wilhelm [Oth.]
Oeuvres Complètes De Voltaire (Tome Vingt-Deuxieme): Précis du siècle de Louis XV. — A Basle: De l'Imprimerie de Jean-Jaques Tourneisen, Avec des caractères de G. Haas, 1785 [VD18 90795482]

Page: 374
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374 DE LA CORSE.
Génois , et les haines particulières cédaient à la
haine générale. Les Corses avaient plus que jamais
besoin d’un chef qui sût diriger leur fureur, et la
faire servir au bien public.
Le vieux Hiacimhe Paoli qui les avait commandés
autresois, et qui était alors retiré à Naples, leur
envoya son fils Pajcal Paoli en 1755. Dès qu’il
parut il fut reconnu pour commandant général de
toute l’île , quoiqu’il n’eût que vingt-neuf ans. Il ne
prétendit pas le titre de roi comme Théodore , mais il
le fut en effet à plusieurs égards en se mettant à la
tête d’un gouvernement démocratique.
Quelque chose qu’on ait dit de lui , il n’est pas
possible que ce chef n’eût de grandes qualités. Etablir
un gouvernement régulier chez un peuple qui n’en
voulait point ; réunir sous les mêmes lois des hommes
divisés et indifeiplinés ; former à la fois des troupes
réglées , et instituer une espèce d’université qui pou-
vait adoucir les mœurs , établir des tribunaux de
j ossice, mettre un frein à la fureur des assassinats et
des meurtres , policer la barbarie, se faire aimer en
se fesant obéir , tout cela n’était pas assurément
d’un homme ordinaire. Il ne put en faire assez ,
ni pour rendre la Corse libre , ni pour y régner
pleinement ; mais il en fit assez pour acquérir de la
gloire.
Deux puissances très - dissérentes l’une de l’autre
entrèrent dans les démêlés de Gènes et de la Corse.
L’une était la cour de Rome et l’autre celle de
France. Les papes avaient prétendu autrefois la
souveraineté de l’île, et on ne l’oubliait pas à Rome.
Les évêques corses ayant pris le parti du sénat
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