L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

fres. Au verso, deux études nues pour un

homme qui porte une épée........ 400 1,000

Beau dessin à la plume.

Haut., 25s mill.; larg., 18s mill.

Acquis par le British Muséum.

WATTEAU (Antoine). .

172. — Deux femmes assises, l'une tournée à

droite, regardant le spectateur ; l'autre est vue

de profil, dans le sens contraire...... 500 1,420

Au fusain et au crayon rouge, rcliauseé de blanc, sur
papier gris.

Haut., 250 mill.; larg., 190 mill.

Les simples titres des œuvres d'art appartenant à une collec-
tion célèbre, suivis des prix d'adjudication, constituent des ren-
seignements d'une nullité presque absolue pour les connaisseurs
avides de suivre les fortunes diverses des pièces remarquables,
des morceaux de choix. C'est pourquoi nous nous efforçons tou-
jours de donner le plus de détails possible, en y ajoutant les
observations que nous suggèrent l'étude du catalogue et l'examen
des objets d'art mis en vente. La collection de M. Emile Gali-
chon est de celles qui ont surtout droit à cette façon sérieuse de
procéder ; ce que nous venons de faire pour les dessins, nous le
ferons dans nos prochaines Chroniques pour les gravures, réunies
avec autant de goût que de passion et de savoir par l'éminent
iconologue.

— La vente des Tableaux. Aquarelles. Dessins. Bronzes, etc.,
offerts par divers artistes à Henry Monnier, a eu lieu le 20 mai,
par les soins de Me Boussaton, assisté de M. Durand-Ruel,
expert. Il est profondément regrettable qu'elle n'ait produit que
28,450 francs brut. Notre collaborateur, M. Champfleury, a
écrit pour le catalogue de cette manifestation sympathique, dont
la généreuse initiative appartient à MM. Léon Cogniet, C. Dau-
bigny, Gérôme, Ch. Jalabert, P. J. Mène, Ph. Rousseau et
Ad. Y von, une excellente notice que l'on nous saura gré de re-
produire. La figure d'Henry Monnier, son influence, y sont
appréciées avec un rare talent d'observation :

« Le caricaturiste Cruikshanck, après avoir déridé pendant cin-
quante ans l'humeur de ses compatriotes, arriva à la vieillesse dans
un état voisin du dénûment. Aussitôt l'Angleterre s'émut et une
souscription fut ouverte qui, en peu de jours, s'éleva à une centaine
de mille francs. Dès lors, le vieil artiste put finir ses jours en paix,
sans les appréhensions de la misère qui gratte à la porte, plus
impérieuse que la mort.

« Je pense à Henry Monnier en écrivant ces lignes, au remar-
quable artiste, si préoccupé de faire marcher de front ses trois
facultés d'écrivain, de peintre et de comédien, que lui, moins qu'un
autre, put se préoccuper de penser à ses intérêts, à ceux de sa
famille.

« Des trois facultés dont Henry Monnier lut doué, une seule
eût suffi à lui faire occuper une place à part dans l'époque actuelle.
Il excelle dans les trois formes, y apporte des qualités personnelles
et jouit du précieux don d'encadrer chacune d'elles dans les arêtes
vives qui font que si le talent de l'acteur ne peut être jugé par la
suite, une scèn; populaire, un croquis colorié témoigneront par leur
netteté de relief, de celle qui s'efface forcément avec le comédien 1
disparu.

« Henry Monnier est resté et restera toujours une individualité
des plus étranges, si on le rapproche des aspirations du roman-
tisme. Du premier coup, il prend sa place avec un trait de crayon
dans les dernières années de la Restauration, et sa réputation ne se
poursuivrait-elle que jusqu'en 1852, époque où il posa la dernière

pierre du socle sur lequel se dresse M. Prudhomme triomphant,
que déjà vingt-deux ans d'un exercice constant de ses trois facultés,
sont l'expression d'un observateur doué d'une méthode excellente
qui lui permet de promener ses regards sur diverses classes de la
société et d'en retirer un enseignement comique, c'est-à-dire sérieux.

« Henry Monnier a la gaieté grave, celle de Molière. J'entends
qu'il est lui-même bourgeois comme l'auteur des Femmes savantes,
qu'il ne se laisse pas prendre aux modes du jour, qu'il juge en
homme de sens la race d'où il est sorti, et que, fils de la bour-
geoisie et en ayant conservé l'empreinte, cette caste n'a pas de plus
dangereux adversaire.

« Balzac avait bien pressenti la rancune que la bourgeoisie con-
serverait contre le peintre et la meule que son talent le conduirait
à faire tourner toute sa vie, au prix d'une modique rémunération.
« Henry Monnier, écrivait Balzac en 1832, a tous les désavantages
« d'un homme supérieur, et il doit les accepter parce qu'il a tous les
« mérites...Il s'adresse à tous les hommes assez forts et assez péné-
« trants pour voirplus loin que ne visent les autres, à tous ceux qui
« trouvent en eux quelque chose après le désenchantement, car il
0 désenchante. Or, ces hommes sont rares, et plus Monnier s'élève,
« moins il est populaire. »

« Il appartenait à l'auteur de la Comédie humaine d'apprécier si
magistralement une délicate nature d'artiste dont on a voulu faire,
pour rabaisser l'homme, le type du mystificateur. Sous sa froideur,
son flegme apparent, Henry Monnier dut souffrir plus d'une fois
du contact des êtres grossiers qui sont en majorité dans la vie.
C'est à ces contacts qu'est due son œuvre imperturbablement
comique. Si un chimiste pouvait en analyser l'essence, que de sco-
ries resteraient au fond du creuset, témoignant que c'est à travers
les désillusions que coule une parcelle de métal sarcastique!

« Nombre de gens, même des amis du caricaturiste, se sont
étonnés, s'étonnent encore que l'homme qui cultiva avec bonheur
trois arts, n'eût pas amassé une certaine aisance. Si déjà l'exer-
cice d'un art est coûteux, trois arts sont ruineux. Tout écrivain qui
ne fait pas métier de sa plume, tout artiste qui étudie sans cesse
la nature, tout comédien qui ne joue qu'à la condition qu'un rôle
fait corps avec son tempérament, sont condamnés à vivre stricte-
ment et modestement. Ces hommes achètent leur indépendance, la
volonté de bien faire à leur fantaisie, au prix de sacrifices que per-
sonne ne soupçonne, pas même ceux qui les connaissent. Ces
gagne-petit veulent exercer leur art longtemps. Tout ce qui sort
de leurs mains étant traité avec conscience, ils ne regardent pas
au temps pour la parfaite réalisation de détails que le vulgaire
traite de minuties.

« Ce sont des êtres singulièrement organisés dans les milieux
industriels. Ils travaillent le cœur content, et ne songent au len-
demain qu'au jour où l'âge et la maladie les clouant sur place, ils
s'aperçoivent qu'avec leur économie ils n'en ont pas moins agi eu
prodigues.

« Heureusement il est rare qu'une vie bien remplie soit absolu-
ment inconnue. L'esprit d'association qu'a développé, il y a trente
ans, un homme doué d'une initiative et d'une persévérance saa<
trêve, a appris aux écrivains, aux peintres, aux comédiens, que
parmi leurs pairs seulement, ef non parmi les gens préoccupés
d'intérêts matériels, ils trouveraient aide et protection. La plupart
des journaux ont mentionné quelles sympathies excitait la nouvelle
du vieil artiste malade : les diverses sociétés auxquelles Henry
Monnier avait prêté son concours firent leur devoir.

« Les peintres veulent plus faire encore. Ils organisent une vente
en souvenir de celui qui, pendant plus de cinquante ans, s'est mon-
tré excellent comédien, créateur d'un genre littéraire, spirituel des-
sinateur.

« Que le produit de cette vente assure la tranquillité à Henry
Monnier, qu'elle lui permette de vivre modestement sans penser
aux exigences du lendemain, que l'artiste puisse prendre son crayon,
sa plume, aux heures qui lui conviendront, et les peintres auront,
ce jour-là, lait preuve, une fois de plus, de la torce et de la puis-
sance de la confraternité1' ;>

NOTRE EAU-FORTE

Cette livraison est accompagnée d'une planche gravée pour
l'Art, par MUe Marie Louveau, d'après le tableau de Philippe

i- Voici les prix les plus élevés de cette vente, avec les n09 du catalogue :

25. Ecolier jouant aux billes, par Edouard Frère........ 2,^.20 fr.

27. Tête d'odalisque, par Gérôme............... 4.,000

34. Moutons au pâturage, par Charles Jacquc.......... 2,610

56. Chatte et ses petits, par Lambert.............. 1,220

j Rousseau : l'Importun^ qui fait partie du Musée du Luxem-
■ bourg.

61. Une figure, par Alfred Stevcns............... ',520 fr.

62. Intérieur, par Toulmouche................. ii5<>D

66. Le Messager, par Florent Willems............. 1,900

Le Gérant, HIPPOLYTE HEYMANN.
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