L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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BOIELDIEU

'est dans peu de jours que vont avoir lieu, à Rouen, les fêtes
brillantes du centenaire de Boieldieu. Les 12, 13, 14 et 15 juin, la
ville natale du célèbre compositeur fêtera de la façon la plus solen-
nelle l'anniversaire séculaire de sa naissance. Bien que Boieldieu soit
né le 16 décembre 177^, on a cru devoir avancer l'époque de ces
réjouissances afin de leur donner tout l'éclat qu'elles comportent, de
semblables manifestations ayant besoin de lumière et de soleil, et la
saison d'hiver ne leur étant nullement propice. Le théâtre de l'Opéra -
Comique, dont Boieldieu a fait pendant tant d'années la fortune,
vewa comment il doit, à sa véritable date, rappeler le souvenir du
maître immortel. Quant à la ville de Rouen, qui convie la France entière à la glorification d'un de
ses fis les plus illustres, et qui aura ainsi l'honneur d'inaugurer chez nous une coutume depuis long-
temps pratiquée en Allemagne à l'égard des grands musiciens, elle a voulu, en cette circonstance,
faire en quelque sorte œuvre à la fois artistique, nationale et patriotique. Elle nous semble avoir été
bien inspirée en en fixant la date d'une façon arbitraire, et de telle sorte que les fêtes du centenaire,
par l'éclat dont elles seront environnées, soient dignes en tout point de celui qui en est l'objet.

Mettant à profit la circonstance, nous allons en quelques pages rapides rappeler ce que furent la
vie et la carrière de Boieldieu.

L'auteur de la Dame blanche, celui qui devait être l'un des musiciens les plus glorieux de ce siècle
qui en vit surgir tant d'illustres, est issu d'une famille extrêmement honorable. Son père était secré-
taire de l'archevêché de Rouèn, et sa mère, fille d'un maître boucher de la même ville, tenait dans la
rue aux Ours un magasin de modes fort achalandé1 ; un de ses oncles paternels était un avocat dis-
tingué au Parlement de Paris, et un autre, qui avait embrassé l'état ecclésiastique, fut successivement
vicaire de l'église Saint-Nicolas, à Rouen, puis curé de l'église d'AUouville et plus tard d'une paroisse
du Havre.

Dès ses plus jeunes années, Boieldieu montra pour la musique un penchant invincible. A l'encontre
de tant d'autres, pour qui la noble carrière de l'artiste est comme une sorte d'épouvantail, ses parents
ne crurent pas devoir contrarier ses goûts, et l'encouragèrent au contraire dans la voie que lui-même
s'était tracée. Ils songèrent donc à lui choisir un maître, et ce maître, nommé Broche, était un musicien
de premier ordre, organiste extrêmement distingué et à ce point réputé qu'aux jours de grandes
solennités les artistes les plus fameux n'hésitaient point à accourir de Paris à Rouen pour lui entendre
toucher l'orgue de la cathédrale.

Malheureusement, si Broche était un grand musicien, il n'était pas un moins grand buveur, et ce
vice, poussé chez lui jusqu'à l'excès, influait d'une façon fâcheuse sur sa conduite et sur son caractère.
Les parents du petit Boiel, — c'est ainsi qu'on appelait familièrement l'enfant, — ignoraient ce fait sans
doute, car autrement ils se fussent bornés à lui faire prendre des leçons du vieil organiste. Au lieu de
cela, l'enfant fut placé chez lui à demeure, vivant de la vie de son maître, devenant son commensal,
se trouvant livré à ses caprices, à ses accès de colère, en butte aux mauvais traitements qu'il lui plai-
sait de lui infliger, et n'ayant pour défendre son corps et son esprit qu'une bonne vieilfe servante, qui
l'avait pris en affection pour sa gentillesse, son bon naturel et sa câlinerie enfantine.

Homme dur, brutal et violent, Broche ne se faisait pas faute d'infliger à son élève des corrections
corporelles, qui le faisaient d'autant plus redouter de celui-ci qu'elles étaient le plus souvent immé-

I. Sur la maison qui porte aujourd'hui le n° 61 de cette rue, on a placé, depuis longtemps déjà, une plaque de marbre qui porte
cette inscription : « Boieldieu, François-Adrien, esc né dans cette maison h 16 décembre 1775. » Cette plaque est fautive en ce qu'elle altère
l'orthographe du nom de Boieldieu, qui ne doit porter sur l'i qu'un point, et non un tréma.

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