L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LES DESSINS DE WILLIAM BLAKE. 171

Donc, comme résultat de l'éducation qu'il s'était donnée, nous trouvons dans le génie de Blake
une forte impression de Fart italien, particulièrement de l'art de Michel-Ange.

Ce souvenir de la première éducation technique de Blake comme graveur et de sa prédilection
pour le dessin italien nous permettra de mieux comprendre le cours de sa carrière.

En 1778 Blake quitta son maître le graveur et suivit l'école de dessin de l'Académie royale, nou-
vellement fondée. De ses progrès nous savons peu de chose, mais il est acquis qu'il exposa son premier
tableau en 1780, et qu'il avait déjà commencé à dessiner des illustrations pour les éditeurs. En 1782
il se maria. Sa femme était d'humble origine et avait peu d'éducation, mais Blake l'instruisit lui-même;
elle devint une excellente compagne et le soutien de son mari. Elle apprit à l'aider dans ses gravures,
et elle acquit même un certain talent pour le dessin. De plus, elle pourvut aux nécessités domestiques
sans négliger le bien-être et sans faire de dettes, ce qui ne dut pas être facile, si l'on considère la
position très-modeste de l'artiste. Poète autant que peintre, il n'avait encore tiré que peu de profit
de ses deux talents ; ses poèmes n'étaient pas publiés et son talent artistique ne lui avait valu que
quelques commandes irrégulières, soit pour graver, soit pour dessiner des illustrations de livres. Mais
en l'année 1787, le peintre-poëte tenta un essai qui était destiné à avoir une importante influence
sur sa carrière. Il conçut l'idée de publier ses propres poèmes avec ses propres illustrations. Cette
association de l'art à la littérature n'était point chose ordinaire. L'espèce d'illustration qu'il se pro-
posait n'était pas la simple insertion de quelques gravures entre des pages imprimées. Le vers, de
même que son interprétation artistique, devait être gravé par la main même du poète. Chaque page
devait être un dessin séparé dans lequel le texte et la décoration seraient combinés en vue d'un seul
effet; et ce fut de cette manière que le peintre-poëte donna au monde le premier volume de ses
poèmes. The Songs of Innocence, les Chants de l'Innocence, sont vraiment un volume de brillantes
enluminures : au centre de chacune des pages, Blake a lui-même gravé les mots du poème, tandis
qu'autour d'eux il a placé les emblèmes à l'aide desquels l'art peut rendre les mêmes pensées. Tout le
dessin, vers et décoration, était alors gravé et imprimé en une teinte quelconque, puis colorié en bril-
lantes harmonies par la main du peintre. Il est difficile de donner une impression juste de la beauté et
du parfait accord obtenus par ce procédé original ; il est impossible de décrire le plan et la variété
des dessins qui donnent à cet ouvrage sa valeur, et le rendent aussi précieux qu'un ancien manuscrit.
Nous parlerons plus tard de l'imagination et du génie si purement artistiques qui se révèlent dans
cette œuvre ; pour l'instant il suffit de donner quelque idée de la nature de l'ouvrage, afin de pouvoir
comprendre l'une des manières par lesquelles s'exprima le talent de Blake. Ce plan une fois découvert
et perfectionné, l'artiste le suivit pendant toute sa vie. Dans la même année il publia un second volume,
illustré de cette façon ; et l'année suivante encore un autre. Ces livres, dans lesquels tout, excepté le
papier, était l'ouvrage de l'artiste, donnent quelque idée de la prodigieuse industrie de Blake. Jamais
invention ne fut plus fertile ni ouvrier plus dévoué à son labeur. « L'invention, » écrivait Blake, « dépend
entièrement de l'exécution. Dans la mesure où l'exécution sera bonne ou mauvaise, l'inspiration sera
parfaite ou imparfaite. L'art de Michel-Ange dépend entièrement de son exécution. » Certainement
Blake, dans l'art qui lui était propre, ne s'épargna aucune peine pour rendre son invention parfaite ;
s'il ne réussit point, ce ne fut pas par manque de travail; ses fautes ne furent jamais celles d'un homme
négligent des difficultés techniques.

En dehors de la publication de ses poèmes illustrés, Blake grava de temps à autre les ouvrages
d'autres artistes. De bonne heure il s'était lié avec Flaxman et Stothard, qui tous deux conquirent la
popularité ; Fuseli aussi était un de ses amis, et nous avons leurs opinions sur son génie. « Un temps
viendra, » disait Flaxman, « où les meilleurs dessins de Blake seront aussi recherchés pour les collec-
tions et aussi appréciés que le sont à présent ceux de Michel-Ange. » Fuseli, dans la préface d'un
des livres illustrés, écrivait que : « tant que le goût pour les arts du dessin continuerait à exister,
l'originalité de conception et la hardiesse magistrale d'exécution de cet artiste ne pourraient rester
sans admirateurs. » On doit rappeler ceci à cause d'une certaine tendance à prendre légèrement ces
louanges contemporaines. Le biographe s'est peut-être étendu avec trop d'emphase sur l'indifférence
dont le génie de Blake a souffert. Qu'il ait vécu sans obtenir de récompense proportionnée à son
talent, cela est en effet incontestable ; mais il est important de savoir que ses amis plus heureux
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