L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

Seite: 309
DOI Artikel: DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1875_2/0346
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
LA MUSIQUE A BON MARCHÉ. 309

grande et sèche, jeune encore, à la parole cassante, s'avance pour connaître la cause du mouvement
qui se produit dans le groupe mâle, et le plus âgé des bambins, avec un regard où se lit déjà toute la
fatuité de son sexe, lui répond :

« Madame, il y a là-bas une jeune fille qui me fait signe.

— C'est bien! dit la maîtresse, il ne faut pas y faire attention. »

Et le gamin de répliquer :

« Oui, mais si je ne la regarde pas, elle fera signe à un autre. »

Voici une autre école où un groupe de petites filles est interrogé par une maîtresse, gracieuse
celle-ci, et dont la physionomie a quelque chose du type parisien; elle pose cette question :
«' Dites-moi, Mary Jones, savez-vous ce que c'est que le devoir ? »

L'enfant, qui n'est pas familiarisée avec les abstractions de la philosophie, répond sans hésiter :
« Oui, mademoiselle, c'est un policeman avec sa bande blanche au bras qui vous emmène en
prison. »

Ces exemples suffisent pour donner une idée de la manière dont le Punch comprend la caricature
de mœurs. Les sujets sont nombreux et variés, comme on voit; mais comme on le voit aussi, ils ne
sont jamais traités qu'avec un crayon d'une indulgence calculée. Les ridicules sont indiqués, à la
vérité, mais avec une sorte de mollesse; ils ne sont pas vigoureusement blâmés. On trouve çà et là
de piquantes allusions aux travers de la société anglaise, mais jamais à ses vices. Ce qui domine, en
un mot, c'est le tableau de genre, les scènes de salon ou les épisodes de la vie du monde ; et sans
revenir sur ce que nous disions en commençant, nous exprimerons franchement notre opinion. Tout
cela est d'un dessin soigné, d'une composition agréable et distinguée, d'un comme il faut auquel il
n'y a rien à reprendre; mais tout cela semblerait peut-être insuffisant en France où l'on donne le
nom de caricature, non à des images plus ou moins élégantes, mais à la satire en action, qu'elle soit
rapide comme un bon mot, pétillante comme du Champagne ou plaisamment morale comme une fable
de La Fontaine.

Victor Champier.

LA MUSIQUE A BON MARCHÉ

1 le nombre des artistes s'est singulièrement mul-
tiplié depuis bientôt un demi-siècle, cela ne doit
pas seulement être attribué aux sollicitudes budgé-
taires de l'Etat, ni au caprice ou à la fièvre de
spéculation dont s'est épris le public riche pour le
produit des beaux-arts ; il faut aussi considérer la facilité apportée
aux études de ces mêmes artistes par les innombrables moyens
qu'on utilise aujourd'hui à reproduire les œuvres des maîtres et
à les mettre à la portée de toutes les bourses. Les gravures, les
lithographies, les photographies, les réductions en plâtre et en
terre cuite vulgarisent toutes ces œuvres, et les murs du moindre
atelier sont une école. Pendant qu'il cherche d'après le modèle
vivant, le peintre a sous les yeux une composition, un trait, une
ligne, une indication, voire même un tâtonnement de Raphaël,
d'Ingres, du Titien ou de Delacroix. Le sculpteur, en fouillant sa
terre glaise, interroge un torse, un membre, un muscle, une
expression, un pli de Phidias, de Michel-Ange, de Rude, de

Carpeaux ou de quelque autre grand artiste. L'architecte, dès
qu'il rêve d'autre chose que de M. Haussmann, retrempe son
imagination à la représentation exacte des monuments de partout
et de toujours, dont la photographie lui donne, à souhait, le
dedans, le dehors, les angles, les recoins, les arêtes toutes fraîches
ou les ruines éventrées, le morceau le plus fouillé, ou l'aspect le
plus lointain.

Tout cela est l'objet d'un commerce multiple, actif, intelli-
gent, aventureux même, car il se tient très au courant des inves-
tigations de la critique : il s'alimente de la gloire du passé, mais
tire aussi profit de ce qu'on découvre de nouveau, d'original,
d'osé, ou seulement d'un peu réussi. On comprend, sans plus de
démonstration, combien pareille industrie doit contribuer à
l'émulation des artistes et à l'éducation du goût chez le public.

Il est malheureusement difficile d'accorder les mêmes avan-
tages à la branche de commerce qui exploite l'art musical. Là
tout se débite à des prix exagérés, depuis le simple papier à
loading ...