L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LE GOUT DE L'ART

UN PURITAIN DU XVII' SIÈCLE

ne des plus heureuses manifestations de Y Art, la plus accessible à tous,
est sans contredit celle qui, tout en léguant à la postérité des œuvres
d'un mérite inestimable, fait revivre en même temps pour les généra-
tions nouvelles la vive et parfaite ressemblance de ceux qui ont marqué
leur place dans l'histoire de l'humanité ou dont le nom éveille des sou-
venirs de beauté évanouie. Cet art du portrait n'eut jamais de plus
glorieux épanouissement qu'au xvnc siècle. En Angleterre, les aimables
cavaliers de la cour de Charles Ier seront peints par Van Dyck; quelques
années plus tard, Lely fixera sur la toile les traits vaporeux et souriants des fragiles beautés de la
Restauration. Se faire peindre est alors une des préoccupations de la vie intime, dans certaines posi-
tions sociales presque un devoir; hommes, femmes, jeunes et vieux obéissent à cette mode, et cette
mode donne naissance à des chefs-d'œuvre d'un intérêt peut-être supérieur à ceux qui sont moins
humains. Les personnalités du xvne siècle sont très-vivantes et très-entières, les traits aussi ont quelque
chose de plus accentué, et la seule contemplation de portraits peints alors à des années différentes
suffirait presque à un esprit observateur pour deviner le changement de mœurs et d'allures qui
distingue les nobles lords qui entouraient Charles 1er des gentlemen puritains de l'armée du Parlement,
et ceux-ci des courtisans débauchés et des femmes légères de la Restauration. Le peintre s'est con-
tenté de représenter son modèle, mais la seule sincérité du pinceau raconte toute une influence morale,
car ces yeux expressifs, regardant du fond de leurs vieux cadres, ont conservé leur expression de vie
et cette expression est le reflet même de leur âme.

Assez généralement on croit que dvi jour où la sévérité puritaine devint à la mode, au même moment
le goût de l'art a disparu; on oublie trop que, sous quelque drapeau qu'ils s'enrôlent, les hommes d'un
siècle et d'une époque portent le cachet indélébile de leur temps, et qu'aucune influence ne peut
l'effacer entièrement. Parmi ces iconoclastes puritains qui dépouillaient les églises de tout tableau, il
se trouva des hommes d'une trempe à la fois sévère et aimable, puritains militants de foi, d'allure et
de fait, mais gardant cependant intact l'amour du Beau qui s'accorde si admirablement avec l'amour du
Bien. Et puis il faut bien reconnaître que, si le changement de mœurs et de ton surtout fut grand, il
fut cependant bien moins radical qu'on ne le pourrait supposer. Tous les puritains, à beaucoup près,
n'adoptèrent point le ju'staucorps de peau de buffle et les habits grossiers qu'il pouvait plaire à un
Cromwell d'endosser; costume du reste noble et mâle et qui soutient la comparaison avec les pour-
points tailladés d'un Buckingham. Quoi qu'il en soit, le goût de la parure, si général au xvne siècle, ne
s'en alla nullement avec les Stuarts ; nombre de ceux, — et parmi les plus marquants, — qui favori-
sèrent et adoptètent le nouvel ordre de choses, n'en conservèrent pas moins leurs longues boucles
flottantes et leurs habits de velours chamarrés d'or et d'argent. De même l'amour de l'art continua à
subsister chez les puritains, et quand vint le jour où l'on vendit à vil prix la belle collection du feu
roi, ce fut un puritain qui en recueillit la meilleure partie, et cela, non par esprit de spéculation,
mais mû par un sincère désir de conserver à son pays tant de chefs-d'œuvre. Le colonel Hutchinson,
consacra à ce rachat une somme de 2,000 livres sterling, et si l'on réfléchit que Van Dyck reçut
pour son admirable portrait de Charles Ie' une rémunération de 25 livres, on comprendra mieux
la munificence dont fit preuve le gentilhomme puritain. Les riches épaves de la collection royale
furent transportées par lui à Oivthorpe, résidence du colonel dans le Nottinghamshire. Il vivait là en
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