Bulletin du Musée National de Varsovie — 8.1967

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Toute la tete du cheval, telle qu'elle est: le chanfrein, la narine gonflee avec le naseau, la
ganache et 1'auge sont modeles avec une exactitude remarquable; 1'oeil grand ouvert est presąue
carre, 1'oreille est posee k piat sur la tete, la bouche est ouverte, les Ievres pliees en grimace.
La criniere n'est indique que par ses contours. Le harnais est complet et tres decore: une cocarde
lie le frontal avec toute la tetiere et le sous-gorge, une autre, la muserolle et les fausses renes
richement ornees de boutons et d'un long pompon. Autour du cou de 1'animal passe un ruban;
une sonnette y est attachee. Au-dessus de la criniere se dresse un ornement en formę de panache
arrondi. Dans la partie superieure du fragment on peut aisement distinguer certains clous isoles
de signes cuneiformes. II y aurait eu une inscription, si le bas-relief avait ete acheve. Mais aucun
signe n'est acheve et donc — lisible, quoiqu'on puisse en distinguer quelques traits. Dans cette
situation, nous n'avons pas un seul indice concernant le contenu du texte. Cest une preuye
de plus qu'en generał 1'artiste qui executait une inscription, ne savait pas ecrire.

II est tres vraisemblable que le fragment en question puisse etre date de l'epoque du roi Asur-
bani-aplu. Cette datation est suggeree surtout par la manierę de faęonner le cheval qui prouve
une parfaite connaissance du modele et la maitrise avec Iaquelle le. traite 1'artiste assyrien de
cette epoque (fig. 4).

II semble bien que quelque chose ait terrifie 1'animal: cette tete exprime un effroi terrible.
Bien que seule la partie anterieure du cheval soit visible, le reste faisant defaut, on serait tente
de supposer qu'il etait au galop, la tete tendue en avant. Son riche harnachement semble indiquer
qu'il appartient a 1'ecurie royale. A cette ćpoque, les cbevaux du roi portaient, sous le panache
arrondi, une petite couronne; elle n'est pas executee sur notre fragment, mais il en reste justement
une formę non modelee encore.

Le visage humain exprime une preoccupation forte et soutenue, une hardiesse et une passion,
qui contrastent avec 1'effroi de Fanimal. Ce cavalier, nieme s'il n'est pas le roi, doit etre un
dignitaire: sa barbe longue i'indique. Notre fragment presente cependent un sujet etrange plutót,
douteux, qui pourrait etre mis en question justement en ce qui concerne la coiffure. On serait
tente d'y voir une tiarę, dont le sommet fait defaut ici, mais dont la partie visible est d'une
hauteur assez considerable (fig. 5).

II y a, pourtant, une petite patte en formę d'oreillon. Cependent, on peut aisement en expli-
quer la presence par le fait que le bas-relief ne fut jamais acheve. On aurrait donc raison de sup-
poser ici l'existence d'un espace suffisant pour y ciseler 1'oreille. Et, si Ton prenait cette coiffure
pour une tiarę, alors ce cavalier devrait etre le roi. Ce serait donc un cas tout particulier, parce
qu'en generał, le roi galopant sur son cheval est coiffe d'un bandeau. Vetu d'une tiarę, il est
represente, le plus souvent sur un char ou a pied. Le fait que la sculpture ne fut jamais terminee
explique aussi 1'absence de ciselure des boucles de la barbe, des cheveux, ainsi que de 1'ornement
de la tiarę, dont la broderie d'ailleurs decorait les manches, et — peut-etre — des bracelets.

Les bas-reliefs qui — comme celui-ci — ne furent jamais executes completement, sont d'un
interet tout a fait particulier: ils nous renseignent sur la methode de travail des artistes assyriens.
On la connait trop peu eucore. Mais, grace a la Porte de Balauat du roi Sulmanu-asaridu III (859—
824 av. J-C), on sait que le sculpteur se servait d'un ciseau et d'un instrument oval — en pierre
ou en bois — qui sans doute devait etre un marteau.5 Ce sont justement ces traces de ciseau
qu'on distingue nettement sur le fond non lisse de notre fragment. Quant a la methode de la
decoration du palais royal, il faut se rendre compte du fait que toute une pleiade de sculpteurs
prenaient part au travail: les artistes du premier rang reglaient la composition du decor en
distribuant les themes pour chaque salle. Ces sujets, on les mettait au carreau, puis on les
confiait aux artistes du seeond rang qui, tout d'abord degrossisaient la pierre pour la travailler

5. Cf. R. D. Baraett, Assyrische Palastreliefs, Praguc, pl. 145; C. J. Gadd, The Assyrian Scłilptures, British Museuni, 1934, p. 20.

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